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Politique

El Hadji Daouda Faye : « Seul un référendum peut régler la durée du mandat présidentiel »

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El Hadji Daouda Faye : « Seul un référendum peut régler la durée du mandat présidentiel »

Ancien ministre des Sports et ex-maire de Kaolack, El Hadji Daouda Faye dit Vava revient, dans cet entretien, sur les questions brulantes de l’actualité nationale. Sans faux-fuyant, celui qui vient de mettre sur pied sa propre formation politique est d’avis que seul le référendum peut régler la question de la durée du mandat présidentiel.  

 

Vous avez effectué récemment une sortie en faveur du report des locales. Est-ce un clin d’œil à Macky Sall ? 

 

Moi, j’ai saisi l’appel de Jean Paul : j’ai dit que c’était une opportunité pour faire des réformes avant l’élection. Mais en réfléchissant, je pense que nous avons le temps de faire des reformes d’ici les élections. C'est-à-dire que si on a encore treize mois, même douze, on peut faire des réformes importantes sur le code électoral, mais aussi sur le mode d’élection, etc. Donc, maintenant, je pense que si la volonté du gouvernement se confirme, ce n’est pas la peine de se précipiter. On peut accélérer le processus de réformes, parce qu’en réalité si nous voulons réformer les institutions, il faut commencer par les institutions de la base. C’est à partir de la base qu’on peut réformer le sommet. Donc, je pense que c’était ma seule préoccupation. Maintenant que la date est fixée et semble être définitive, il faut simplement souhaiter que les gens acceptent de faire des réformes avant les élections. On a suffisamment de temps pour le faire. Voilà, mais je n’ai pas parlé de report pour report. 

 

Vous n’êtes pas alors tenté par l’idée de migrer vers les prairies marron-beige ? 

 

Si, si ! Dès le début, j’avais fait une interview dans laquelle je disais que tous les libéraux devaient accompagner Macky Sall dans sa mission, parce que c’est un libéral. Sous quelle forme ? Pas forcément en allant dans son parti. Mais sous forme de collaboration, de coalition, etc. Je ne trouve pas décent qu’au moment où un libéral est au pouvoir, les libéraux soient dans l’opposition. C’est cela mon idée première. Mais vous savez, un parti au pouvoir est difficile à intégrer, parce qu’il y a la concurrence, des querelles de positionnement, entre autres. En plus, ce n’est pas aider Macky que d’aller dans son parti. Aujourd’hui, il a des gens qui sont déjà en poste et qui, à priori, ne veulent pas que les gens viennent. Mais au début, j’avais dis que nous devions marquer notre disponibilité, mais dans la différence. Par exemple, Idrissa Seck est  libéral. Il est avec lui, mais avec son parti. Moi aussi, je viens de créer mon parti Alliance pour le développement et la démocratie avec comme crédo Agir ou subir. J’ai mon récépissé de dépôt. J’attends le récépissé définitif. Alors donc, c’est dans ce cadre-là que je ferai toute alliance, mais pas dans le cadre d’une dissolution. 

 

Donc, si Macky Sall vous invite à venir travailler à ses côtés, votre réponse sera positive ?  

 

Avec tout le monde.  Avec tous les partis libéraux. Les autres, on n’est pas du même camp. J’y compte des amis tout de même. Mon meilleur ami dans le champ c’est Ousmane Tanor Dieng. C’est mon copain. Mais il est socialiste, je suis libéral. Et chacun fait son chemin. Ce ne sera jamais possible…En tout cas, jamais ne se dit pas politique, mais je ne pense pas pouvoir aller un jour avec lui. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’aujourd’hui, Macky Sall est le Président de tous les Sénégalais. Ce n’est pas le Président d’un clan. Donc, s’il a besoin d’une collaboration, sous quelque forme que ce soit, sauf pour entrer dans son gouvernement, je suis là. Parce que, moi, je ne veux plus être dans un gouvernement, ni dans une assemblée nationale ou locale. Pour moi, c’est du passé. Je veux me rendre disponible, pour faire des missions spécifiques. Travailler pour mon pays et aider les gens de mon parti à accéder aux fonctions que j’ai déjà occupées : voilà mon champ politique actuel. Maintenant, nous pouvons aller en alliance avec les libéraux qui veulent travailler avec nous, des mouvements avec lesquels on peut s’allier. L’essentiel comme je l’ai dit et comme c’est indiqué dans notre parti : agir ou subir. Il ne faut pas subir et croiser les bras. Il faut agir. 

 

J’ai envie de vous demander, au regard de tout ce que vous venez dire, pourquoi avoir créé un parti politique ? 

 

Vous avez vu agir ou subir. Nous comptons participer à la vie de la cité, du pays, à travers les militants de notre parti et, éventuellement, on verra ce que ça donne. Après, pour les locales, vraiment je n’ai aucune ambition. Je suis maire honoraire de Kaolack. Je ne peux plus être candidat à la mairie. Après les locales, on verra ce qu’il faut faire. Je ne peux pas dire que je renonce à toute ambition. Mais pour le moment, les échéances futures ne sont pas dans mon programme personnel. Donc aujourd’hui, ceux qui m’ont toujours élu, c’est ceux-là que je veux aider à être élus au niveau local et, après, au niveau supérieur. Mais nous allons être une force politique incontournable, qui va marquer sa position et, comme on a dit, agir et non subir. 

 

Est-ce que votre parti est partant pour les locales ? 

 

Le parti est à Dakar, à la Medina, aux Parcelles, à Guédiawaye, entre autres. Et nous allons travailler à massifier et renforcer nos positions dans le Sénégal, c’est comme cela. Le parti sera partant mais, personnellement, non. Nous irons dans le cadre d’une coalition, parce que maintenant c’est fini : on ne peut rien avoir sans une coalition. Seules les coalitions peuvent permettre à quelqu’un d’avoir quelque chose. C’est pourquoi je dis que je suis persuadé qu’à Benno Book Yaakaar (BBY), les gens font monter les enchères, mais seront obligés d’aller ensemble. Sinon, ce sera dommageable pour certains d’entre eux. 

 

Vous semblez optimiste pour l’avenir de la coalition Bokk Yaakaar. Sur quoi vous basez-vous ? 

 

Evidemment. On ira jusqu’à la présidentielle de 2017 ou 2019. C’est selon que Macky fera 5 ou 7 ans, parce que pour l’instant il est élu pour sept ans. On ne peut pas dire à quelle date ce sera l’élection. C’est lui le maître du jeu, mais aussi le peuple. Il ne peut qu’exprimer une volonté  et ce sera forcément un référendum qui va dire si oui ou non le mandat va baisser. Lui-même ne peut pas faire un décret pour dire que c’est maintenant cinq ans. C’est une élection et si l’élection dit « non on ne diminue pas le mandat », qu’est-ce qu’on va faire ? Donc les gens sont trop optimistes. 

 

Ne croyez-vous pas que c’est à juste raison, puisque Macky Sall en a pris l’engagement devant le peuple sénégalais ?

 

Mais oui. Mais ce n’est pas lui qui décide, malheureusement. Ce n’est pas une décision présidentielle. Lui, il peut dire « je suis d’accord de soumettre un référendum ». Mais si, au référendum, on lui dit « non, on maintient les sept ans », il est obligé de rester. 

 

N’est-il pas plus aisé de saisir l’Assemblée nationale pour régler définitivement cette question ? 

 

Non ! Actuellement, tel qu’est libellé l’article 27, seul le référendum peut régler la question de la durée du mandat, parce que ce sont plus de deux dispositions. C’est une seule disposition, maintenant. Donc, il y avait une possibilité. Mais là, a priori, dans mon entendement, seul un référendum peut modifier l’article 27 de la constitution. 

 

Vous avez parlé tantôt de retrouvailles de la famille libérale. Est-ce possible dans un contexte aussi agité avec les positions figées de part et d’autre ? 

 

C’est possible, parce que vous avez vu qu’il y a eu des problèmes entre l’Afp et le Ps. Aujourd’hui, ils ont ensemble. Ils sont d’abord ensemble dans le grand Benno et ensuite dans le Book Yaakaar. Donc, je crois que Benno Book Yaakaar a fini de prouver que les idéologies sont mortes et que maintenant c’est une question d’intérêt. Parce que maintenant, vous les trouvez dans Book Yaakaar de la droite à l’extrême gauche. Ils sont tous là dedans. C’est bien, c’est une sorte de gouvernement d’union nationale, sauf les libéraux, les autres libéraux. Moi, à mon avis, Macky doit même tendre la main au PDS. Moi, je ne suis plus du Pds, mais c’est pour compléter le chapeau pour ainsi dire. Ce n’est pas exclu. Parce qu’il a des amis, avec lesquels il n’a aucun contentieux, qui ont créé des mouvements. D’autres ont créé des partis, etc. Donc, s’il veut collaborer avec ces gens-là ou même avec le PDS, je crois que ce ne serait que salutaire. 

 

Au regard de la configuration même de la coalition au pouvoir, ne pensez-vous pas que l’impact sur la gestion du pays pourrait être négatif ? 

 

C’est contre-idéologique (rires). J’ai vu que Macky s’efforce de faire plaisir aux gens qui ont participé aux assises nationales. Mais je pense qu’il doit savoir que les assises nationales avaient des candidats aussi. Mais les Sénégalais n’ont pas voté pour eux. Donc, c’est gentil de sa part de renvoyer l’ascenseur à ceux qui l’avaient soutenu. C’est sa philosophie de faire, mais il n’était pas obligé de le faire, parce que vous voyez, en France, Bayrou François du Modem a soutenu François Hollande. Mais aussitôt après l’élection, ils se sont séparés. Et ensuite, ils se sont confrontés dans la base de Bayrou, où un socialiste l’a battu. Parce que, comme dans une élection, c’est au premier tour qu’on choisit ; au deuxième tour, on élimine. Donc, au deuxième tour, les gens se sont unis pour éliminer Wade. L’objectif est atteint. Wade est éliminé. Maintenant, lui, Macky, il a pensé que, puisque ils ont contribué à l’élimination de Wade qui, lui, a profité s’il se sent obligé de les associer à ce qu’il fait. C’est un choix. On souhaite qu’ils réussissent dans cette voie-là. Mais cela n’empêche pas Macky d’avoir son style. Et je pense qu’il a des objectifs. Ensuite, ce qui me rassure un peu, c’est qu’il est parti sur la base des acquis de ce que Wade avait fait et avec lui en partie d’ailleurs. Par exemple, la maison de la presse. Je me souviens, j’étais avec Macky. C’est lui qui a effectué la pose de la première pierre de la maison de la presse, qui va être bientôt inaugurée. J’ai été avec lui également en tant que ministre au lancement de l’autoroute à péage. C’est Macky qui a fait le démarrage des chantiers. Il était monté sur le tracteur. Et le monument tant décrié de la Renaissance, il est en train de maintenir le flambeau. Il a pris Aminata Niane, etc. Il faut dire qu’il a fait un travail extraordinaire, Abdoulaye Wade : ce qu’aucun Président n’a jamais fait et qu’aucun Président ne pourra faire. Maintenant, les raisons pour lesquelles les gens ont voté contre lui, c’est autre chose. C’est peut-être dans le style et dans ses ambitions pour l’avenir et son âge. Mais Macky, s’il s’appuie sur les réalisations de Wade pour se projeter vers l’avenir, il va réussir. 


A l’image de certains Sénégalais, avez-vous le sentiment,  onze mois après l’accession de Macky au pouvoir, que le pays ne bouge pas ? 

 

Oui ! C’est parce qu’ils n’ont pas fait un plan d’actions des promesses pour que les gens soient patients. Il a promis des choses, mais il faut maintenant qu’il dise comment il compte les réaliser, en planifiant. Par exemple, pour les emplois, il a dit qu’il fera 5000 emplois par an. Les gens savent que quand on prend 5000, il faudra attendre l’année prochaine. Et il faut agir de la même sorte pour tous les autres dans les autres secteurs. Et là, il sera un peu plus à l’aise pour conduire son action. Mais, s’il ne dit rien, et que les gens veulent tout et tout de suite. Or tout, tout de suite, c’est comme s’il était élu pour un an et qu’il doit tout faire dans la même année. Il faut accepter qu’il puisse planifier son élection. Moi, je dis sept ans. Parlons de sept ans, jusqu’à ce que cela change, parce que pour le moment je ne vois aucun signal qui dit qu’on va revenir de sept à cinq ans. Aussi, cela ne dépend-il pas de lui. Je le répète. 


L’actualité c’est aussi la création d’une Agence de la sécurité. Peut-on avoir votre commentaire sur la question ? 

 

Moi je crois que c’est un sujet à polémique. Il faut qu’il s’explique davantage pourquoi. Sinon il y’a des forces de sécurité qui sont là. Moi, une agence de sécurité, en plus de la sécurité publique qui existe déjà, il y a des agences de sécurité privée. On peut les utiliser, on peut même financer la création d’autres agences de sécurité qui seront utilisées par l’Etat moyennant des  contrats. A sa place j’aurais financé deux ou trois agences qui viendraient en appoint à la sécurité publique pour faire certains travaux de surveillance des domiciles des personnalités et de surveillance des institutions etc. Mais j’aurai créé des agences avec des contrats à l’appui pour appuyer l’Etat. Il faut qu’il réfléchisse sur la question, parce que cela peut être mal comprise ou diversement interprétée. 

 

Vous êtes élu récemment Président de l’amicale des anciens sénateurs. C’est quoi le but de cette association ? 

 

Alors l’objectif, c’est une sorte d’association d’entre-aide. Et ensuite, une forme de réflexion sur les questions politiques et économiques de la nation. Nous avons pensé que le Sénat a existé et doit revenir sur la scène politique, mais sous une autre forme après la réforme. Nous sommes pour un Sénat qui soit une émanation des élus locaux. C'est-à-dire que les sénateurs doivent être élus par les assemblées régionales. Comme je l’ai dit tout à l’heure, comme aux Etats Unis, le Président du Sénat, c’est en même temps le vice Président des Etats Unis, sans voix délibérative, sauf en cas d’égalité. En ce moment, on supprimerait la primature, parce qu’en ce moment, tel que nous vivons, un premier ministre est sous tension. Parce que quand on a un Président jeune qui est élu directement au suffrage universel, qui veut marquer de son empreinte tout ce qu’il fait, c’est difficile de mettre un premier ministre entre lui et ses ministres. Ce n’est même pas utile. Ce que je vous dis là, beaucoup d’intellectuels ne le savent pas. J’en ai parlé à certains, mais ils ne m’ont pas cru au départ. 

 

Vous avez été ministre des Sports et non moins acteur de premier plan du mouvement associatif au Sénégal. Que vous inspire la touche du Yonnu Yokkouté dans ce domaine ?

 

Je crois que là aussi, il faut des réformes profondes, parce que même la charpente qui dirige actuellement le football, c’est vraiment du n’importe quoi. Parce que la fédération est une association de clubs. Seuls les clubs doivent être membres de l’assemblée générale de la fédération. Seuls les clubs doivent désigner leurs représentants qui peuvent être élus. Et tous les postes sont électifs dans le bureau et au comité directeur. Maintenant, on peut avoir des personnes ressources, mais qui n’ont pas de voix délibérative, qui peuvent être dans le comité directeur comme personnes ressources. Mais dans les commissions, ils assistent sans voter. C’est cela l’orthodoxie. Il faut que le ministre s’attèle à faire revenir l’orthodoxie. Ce qu’on a vu maintenant, c’est qu’avec ce système, le football a remplacé le navétane. C’est presque le même style maintenant. On fait du navétane avec la fédération. C’est l’esprit. Le navétante, ça marche très bien dans son contexte. Il faut que les gens retournent vers l’activité culturelle, parce que ce sont les associations sportives et culturelles (ASC). Donc, le volet culturel et les autres disciplines, il faut que cela revienne. Ensuite que la Fédération retrouve son autonomie de gestion. C’est à dire les clubs. On ne peut pas élire maintenant par cooptation. L’Etat peut copter 1/3 pour assister, pour que les 2/3 majoritaire puissent décider parce que c’est leur affaire. Voilà les réformes qui sont nécessaires. Mais également terminer très rapidement les stades. Le ministre Gakou qui était très ambitieux avait dit que le Sénégal était candidat pour 2019. J’ai entendu le Président de la fédération dire que ne sommes plus candidats. Moi, je crois qu’il faut être candidat. C’est après la candidature qu’on peut continuer à faire les infrastructures qu’il faut. Aujourd’hui, c’est faux de dire qu’on n’a pas d’infrastructures. Il est possible qu’on soit candidat et on doit le faire pour multiplier nos chances de gagner enfin cette coupe d’Afrique. Parce que malgré les brillantes générations, on n’a jamais la coupe et c’est un problème d’organisation. Quand vous regardez bien, ce sont les mêmes qui sont là depuis 1986. En tout cas, c’est eux qui décident et influencent, avec la complicité des journalistes. 

 

Vous dites la même chose que El Hadji Diouf ? 

 

Moi je l’aime bien, parce qu’il faut être honnête. Il a rendu des services au football sénégalais. El Hadji, du temps où il était au top, c’est un garçon qui a tout sacrifié pour l’équipe nationale. On lui doit respect et reconnaissance. Il est comme il est comme il est et il  a son caractère. Il faut le gérer et le rappeler à l’ordre quand il faut. Mais on ne doit pas chercher à le détruire. Ce n’est pas juste. Il a sa place dans l’encadrement du football sénégalais. Il a été deux fois ballon d’or africain. Ce n’est pas rien. Et quelqu’un comme ça, on ne peut pas le laisser en marge de l’organisation du football sénégalais.



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