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Politique

ENTRETIEN AVEC...… Khalifa Babacar MBOUP, secrétaire général adjoint de l’Ams, membre de la Cis : «On va arriver à une «désicônisation» du Pds»

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ENTRETIEN AVEC...… Khalifa Babacar MBOUP, secrétaire général adjoint de l’Ams, membre de la Cis : «On va arriver à une «désicônisation» du Pds»

Assane Khalifa Babacar Mboup est un militant de la première heure du Parti démocratique Sénégalais (Pds). Secrétaire général adjoint de l’Association des maires du Sénégal (Ams) et membre de la Cellule initiatives et stratégie (Cis), cet élu à Kébémer, revient ici sur l’affaire du Programme national de développement local (Pndl) qui est, selon lui, le nœud de la crise actuelle au Pds et du réaménagement ministériel.

Comment vous expliquez le dernier réaménagement ministériel ?

Le dernier réaménagement ministériel est plus ou moins l’aboutissement d’un processus ou, en tout cas, une phase dans un processus : la mise en œuvre d’un grand programme qu’on appelle le Pndl (Programme national de développement local), qui, lui-même, est la fusion du Pnir et du Prds qui ont terminé leur cours. Ces programmes étant terminés, les partenaires et le gouvernement se sont accordés pour en faire un seul programme. La Banque mondiale est le principal financier avec l’Ard (Agence régionale de développement), mais le gros de la participation vient de l’Etat.

Comment le Pndl peut provoquer un réaménagement ministériel ou être une pomme de la discorde ? C’est que la discorde qu’on sent au niveau du Pds et peut-être du gouvernement est un problème qui s’ajoute à un ensemble de tensions ayant accompagné les négociations du processus. C’est un programme extrêmement intéressant où tous les acteurs voulaient bien se positionner. Les collectivités locales se sont battues, à travers les élus, pour avoir une très bonne position. C’est pourquoi on a décrété, définitivement, que tous les programmes de développement local passent désormais par les collectivités locales.

Ensuite, entre les bailleurs même, il y avait des divergences. Chacun a défendu son point de vue jusqu’à ce que l’on trouve un consensus. Entre les ministères aussi. Les ministères techniques avaient leur point de vue qu’ils ont défendu ; ce qui a permis la construction du consensus. Entre le Pnir et l’Ards, chacun voulait piloter le Pndl.

Comment on est arrivé à ce désaccord entre le ministère de la Décentralisation et des Collectivités locales et la Primature ? C’est au niveau des arrangements institutionnels. On avait décidé, dans le Comité de pilotage, de discuter dans l’ensemble du programme, des contenus, des méthodologies de financement, etc. et de laisser les arrangements institutionnels en arbitrage, en tout cas en dernier lieu, puisque cela allait poser des problèmes. Quand on y est arrivé, il y avait plusieurs moutures qui avaient été présentées. Dans certaines moutures, à la limite, le ministère de la Décentralisation ne figurait que de manière très éparse dans la gestion des composantes. La coordination stratégique avait été, de façon très claire, positionnée au niveau de la Primature. Et parfois on évitait ce débat pour ne pas vicier le climat de négociation du protocole.

Quand on est allé à Saly pour faire le dernier atelier, on a tranché la question de l’ancrage institutionnel. Les élus avaient avancé deux raisons. La première, c’est que les programmes antécédents, qui avaient une ampleur nationale et qui avaient été ancrés dans des ministères techniques ont connu des blocages lorsque ce ministère, à travers son titulaire, a voulu actionner d’autres ministères, parfois de rang protocolaire plus important. C’était le ministère de l’Agriculture. On a rencontré des blocages. Peut-être que, très prochainement, si on devra avoir un autre programme, il faut que l’ancrage soit à un niveau tel que celui qui donne les instructions puisse avoir suffisamment d’autorité sur l’ensemble des ministres. La deuxième explication, d’un point de vue très majoritaire, c’est que les impulsions qu’on attendait du ministère de la Décentralisation et des Collectivités locales, l’animation du secteur, la prise en charge qu’on attendait en termes de politique publique de Décentralisation, de la part du ministère, tout cela on ne l’avait pas vu. Il y avait une sorte de déception des élus par rapport à ce qu’on attendait du ministère de la Décentralisation. L’un dans l’autre, pour éviter tout blocage, il faut que ce programme soit ancré à un niveau suffisamment élevé, peut-être même à la présidence de la République, pour que celui qui se situe à ce niveau de responsabilité puisse donner le maximum d’instructions sans risque de blocage.

Pour faciliter la compréhension à l’opinion publique, on peut dire qu’Aminata Tall n’a pas été à la hauteur ?

Le mot à la hauteur pose problème, mais nous avons dit que nous n’avions pas senti suffisamment d’impulsions, d’activités au niveau du ministère des Collectivités locales. C’est un ministre, mais c’est aussi l’ensemble de ses collaborateurs. Si on confiait ce programme de 234 milliards à ce ministère, nous avions des appréhensions sur la capacité du ministère à prendre en charge, non seulement ce qu’il a actuellement, mais ce qui doit venir en termes de développement local. Il nous fallait, quand même, un niveau d’impulsion plus élevé. Ensuite que ce niveau d’impulsion ne soit pas bloqué par des problèmes protocolaires.

Autrement, vous n’avez pas soutenu votre ministère de tutelle ?

On l’a soutenu. On s’est dit : «Tout compte fait, même si le ministère de la Décentralisation et des Collectivités locales n’est pas au niveau de coordination très élevé, le président du Comité de pilotage devrait être le deuxième niveau au plan opérationnel.» Et il y a des composantes extrêmement importantes, notamment le renforcement des capacités qui devrait lui revenir ; ce qui a été fait. Maintenant, les orientations, les réglages, c’était au niveau du Comité de pilotage dirigé par le Premier ministre. Qu’est-ce qui peut expliquer les agissements de Mme Aminata Tall, qui n’est pas du tout d’accord avec les explications que vous semblez donner ?

Je ne suis pas dans la pensée de Aminata Tall. Je ne sais pas non plus ce qui a pu la pousser à agir de cette manière, mais les élus ont dit que les positions qu’ils défendent transcendent les personnes. Que cela soit Aminata, aujourd’hui, et quelqu’un d’autre demain, ce n’est pas cela qui les intéresse. Cela transcende aussi la personne qui incarne la Primature. Ils ont dit que ce qu’ils veulent, c’est que les institutions jouent leur rôle dans ce programme, quelles que soient les personnalités qui vont les assumer. C’est aussi un troisième élément que les institutions ont mis sur la table. D’ailleurs, lorsque nous sommes sortis de cet atelier, le représentant du ministère des Collectivités est venu me dire : «Vraiment, on vous félicite ; je vais appeler Mme le ministre d’Etat pour lui dire que c’est grâce aux élus que nous avons retrouvé la responsabilité que nous devons avoir dans ce programme.»

Vous pensez que la crise actuelle est un problème de personnes ?

En partie, oui. Peut-être, si on n’avait pas au ministère de la Décentralisation Mme Aminata Tall, on aurait pu avoir quelqu’un d’un autre tempérament, qui aurait agi autrement. Si on n’avait pas aussi Macky Sall à la Primature, un autre aurait géré la crise autrement. Les problèmes de personnes sont clairs dans cette affaire-là.

Les deux tempéraments sont incompatibles. Pourtant, ils l’ont été jusqu’au Pndl. Pourquoi le Pndl vient seulement les distancier ? Ils ont travaillé longtemps dans le Pds et, ensemble, dans beaucoup de gouvernements.

Est-ce que ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup d’argent au Pndl ? Cet argent n’est ni celui du ministre ni du Premier ministre. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’argent, que c’est aussi un pouvoir de devoir instruire des dossiers dont le financement est déjà disponible. C’est un pouvoir d’avoir, sous sa main, une équipe qui pilote un programme aussi important mais, tel que le système financier est décrit, l’argent est vraiment très bien encadré. Et puis, c’est de l’argent que le Sénégal va emprunter et qu’il va rembourser.

Tout cela ne décrédibilise-t-il pas le Sénégal auprès des bailleurs ?

C’est regrettable, au sommet de l’Etat, qu’on ait ces genres de contentieux. C’est pourquoi le président de la République a bien fait de taper fort, pour montrer qu’il y a une autorité et qu’il y a des choses qui sont inacceptables. Avec toute l’amitié que j’ai avec Aminata, dans cette affaire, le Président a raison de calmer le jeu, pour ensuite, de voir quelles sont les solutions les plus importantes, qui intéressent les populations, c’est-à-dire, nous les élus ; c’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, j’ai pris la parole.

Avec toute la crise que connaît le Pds, suite à l’exclusion d’Idrissa Seck, le problème des renouvellements, est-ce que vous pensez que c’est le moment d’écarter quelqu’un comme Aminata Tall ?

Il aurait fallu trouver toutes les stratégies et les stratagèmes, s’ils existent, de faire en sorte que personne ne s’écarte de la ligne qui nous mène vers les grandes victoires que nous voulons avoir. Aminata Tall, Idrissa Seck…C’est cela aussi qui a permis que d’autres gens d’autres partis viennent vers le secrétaire général, Abdoulaye Wade. Si cette stratégie est efficace avec des gens qui n’étaient même pas de son parti, pourquoi il ne l’applique pas pour des gens qui y sont et qui l’accompagnent depuis plusieurs années ? Cela aussi, nous le regrettons beaucoup. On n’a pas la solution puisqu’elle fait partie de la récurrence. Chaque jour, quelqu’un est écarté, quelqu’un est mis en exergue. Ce qui est dommage dans tout cela, c’est qu’on va arriver à une sorte de «désicônisation» du parti ; c’est-à-dire que les personnages et les personnalités les plus connus cèdent à des personnages et des personnalités moins connus. Quand on regarde de près, on ne voit plus les icônes les plus connues. C’est une crise que le parti doit surmonter, s’il veut gagner les prochaines élections.

La montée des transhumants et le recul des icônes ne risquent-ils pas de créer des difficultés au Pds pour les prochaines élections ?

C’est une question très complexe, celle qui porte sur les transhumants et les légitimistes. Il y a des gens qui sont venus en toute bonne foi ; d’autres sont venus parce qu’ils ne peuvent pas être opposants. Ils sont toujours avec le pouvoir ; ces gens-là sont les plus nombreux au Sénégal. Certains sont venus et restent parce qu’ils veulent consolider ce qu’ils ont acquis avec le Pds et qu’ils ne pouvaient avoir dans leur parti. C’est pourquoi quand on parle de fidélité, il faut faire attention. La fidélité à une situation n’est pas la même chose que celle à un homme ou à des principes que nous, nous avons depuis plus de 30 ans. Même si nous commettons des fautes qui nous amènent parfois à des situations comme celle d’Idrissa Seck, il faut trouver une solution de façon que les gens les reconnaissent. C’est dans l’intérêt du parti. Le suffrage universel n’est pas un suffrage militant ; il est citoyen. Le citoyen, quand il vote, pour un rien, pour un petit pincement au cœur, peut s’écarter de sa préférence. Il faut travailler à cette question, mais, pour cela, il faut régler le problème de l’appareil. Le Pds a une direction, mais n’a plus d’appareil. La différence entre une direction et l’appareil, c’est que c’est la première qui exécute. Elle peut même réfléchir, mais elle est tellement sollicitée que la réflexion peut ne pas prendre le temps qu’il faut. Si l’appareil est là, il prépare les décisions, fait le travail de réflexion profonde, pour proposer à la direction des schémas décisionnels. Dans ce cas, une fois la décision prise par la direction, l’appareil peut trouver le moyen d’évaluer, de faire revenir, etc. C’est au niveau de l’appareil qu’il faut travailler pour qu’on ait une direction et un appareil, surtout qu’on gouverne en même temps. Si tous ceux qui sont dans la direction sont dans l’appareil gouvernemental, cela pose problème.

A qui incombe alors la responsabilité de cette absence d’appareil au Pds ?

Elle incombe à tout le monde, y compris ceux qui dirigent. Ce sont eux qui ont le pouvoir et la légitimité de dire de mettre un appareil dans tel sens et avec telle mission. Mais, eux-mêmes sont des gens sollicités par l’appareil gouvernemental. Ce qui nous arrive, aujourd’hui, au Pds, c’est ce qui est arrivé à l’Anc de Nelson Mandela, lorsqu’ils ont pris le pouvoir. Ils avaient mis leur temps à apprendre à combattre l’apartheid, à faire la guerre. Ils n’ont pas appris à gouverner un pays. Donc, quand tu te retrouves dans une situation où il faut gouverner, il faut nécessairement quelque chose qui vous manque. C’est ce reproche qu’on fait au Pds : le manque d’expérience. C’est parce que nous étions dans un régime où si vous étiez de l’opposition, vous ne pouvez pas être responsabilisé à un niveau élevé. Quand on a pris le pouvoir, on a été écartelé entre plusieurs sollicitations. Nous avons aussi les sollicitations des partenaires et celles de l’ensemble des composantes de l’opinion nationale et internationale, qui attendait de nous les meilleures méthodes de gouvernance. Toutes ces sollicitations ont fait pression sur les autorités. On a essayé d’aller le plus rapidement possible en travaillant sur des contextes que nous n’avons pas créés, avec des instruments dont nous avons hérité de l’ancien régime. Il fallait donc installer les premiers leviers. Alors cela, si tu le fais, tu n’as plus le temps de réfléchir sur le parti qui t’a conduit au pouvoir. On aurait dû avoir des gens qui acceptent d’être en réserve du pouvoir, pour faire ce travail. On ne l’a pas fait ; aujourd’hui, on est en train d’en pâtir.

Etes-vous en train de reconnaître que le problème du Pds, c’est le cumul des fonctions ?

Tout le problème n’est pas là, mais c’en est aussi un, si vous devez cumuler des fonctions importantes et différentes. Chaque responsabilité te sollicite au même niveau que l’autre. Et, nécessairement, il y a des failles dans «l’assumation» de l’une ou de l’autre.

Vous pensez que le chef de l’Etat ne doit pas rester chef de parti ?

Non, cela ne me dérange pas ! En tout cas, au Pds, l’accoutumance et la confiance au secrétaire général font qu’il sera difficile de trouver un autre à la direction du parti. La direction d’un parti est parfois plus difficile que la direction d’une structure de l’Etat. Les enjeux sont extrêmement importants. Et pour peu, celui-là peut te dévier et te créer suffisamment de problèmes au point qu’on ne trouve plus le temps de diriger correctement. Mais, parfois, on doit pouvoir apporter quelque aménagement pour libérer un peu le président de la République.



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