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Politique

LANDING SAVANE, SECRETAIRE GENERAL D’AJ / PADS «Le Peuple a réglé son problème avec Wade, il est vital d’en faire de même avec ses collaborateurs»

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LANDING SAVANE, SECRETAIRE GENERAL D’AJ / PADS «Le Peuple a réglé son problème avec Wade, il est vital d’en faire de même avec ses collaborateurs»

«Ma gestion et celle de Macky Sall doivent être auditées», «Les 30 millions mensuels que je recevais de la Caisse noire de Wade ne peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires», «Bennoo book Yakaar n’a pas bien géré la confection des listes pour les Législatives», «les gens se méprennent sur la déclaration de patrimoine, dont le but n’est pas d’éclairer l’origine de la fortune d’un Président», voilà quelques certitudes assénées par Landing Savané dans cet entretien exclusif accordé à L’Observateur. Il s’est aussi prononcé sur la situation sous-régionale et sur l’intérêt de l’élection de François Hollande à la tête de l’Etat français pour le Sénégal et l’Afrique.

 

M. Savané, Mamadou Diop Decroix a récemment soutenu que l’acceptation de sa liste par le ministère de l’Intérieur en direction des Législatives clôt le différend qui vous oppose. Quelle lecture en faites-vous?

Tout le monde sait qu’il essaie de se convaincre de la réalité d’une fiction qu’il a créée. Dans les prochaines semaines, lui et le groupe qu’il dirige vont disparaître totalement de la scène politique. J’avoue que nos camarades nous ont reproché de ne nous être pas suffisamment occupé de ce dossier juridique. Notre priorité était de faire partir Abdoulaye Wade, car si ce dernier n’est plus au pouvoir, ce groupe va disparaître. Cette première mission est accomplie. Beaucoup de gens m’ont appelé pour dire que cette victoire est plus celle d’And/Jef que de Macky Sall, car ils ne comprenaient pas les raisons pour lesquelles Wade s’acharnait sur ce parti. Mais Wade est ainsi, ceux qui l’ont le plus aidé deviennent ses ennemis mortels par on ne sait quelle alchimie. Decroix n’a jamais été à une élection, il va nous montrer ce qu’il sait faire. Après les Législatives, ce contentieux sera réglé et cette page sera définitivement tournée d’une manière ou d’une autre. C’est un épiphénomène dans le combat qui se mène dans le pays.

Macky Sall avait promis lors de la campagne électorale, qu’une fois élu, cette «injustice» serait réparée. Cet engagement tarde à se concrétiser. Comment expliquez-vous cette lenteur?

C’est vrai que pour tout le monde, ça tarde. Je pense qu’il y a eu des maladresses, des concours de circonstances, je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Malgré l’émoi que cette situation a suscité dans le pays, cela reste un détail pour nous. J’en parlerai avec Macky Sall dans les prochains jours, mais ce n’est pas un gros problème entre nous. Le Président a d’autres urgences à régler que le problème de quelqu’un (Decroix, Ndlr) qui a un mal d’existence et qui n’a aucune légitimité ni consistance sur le terrain politique sénégalais.

 

De gros pontes de « Bennoo bokk Yaakaar (Bby) vont aller sous leur propre bannière pour les élections législatives. Cela ne préfigure-t-il pas déjà une implosion de cette coalition?

Je ne sais pas s’il y aura implosion ou pas. Bby a été créée pour la Présidentielle, après cette échéance, chacun aurait pu voler de ses propres ailes pour se retrouver à l’Assemblée nationale. C’aurait pu être la formule la plus judicieuse à mon avis. Mais ces gens n’ont pas dit qu’ils étaient dans l’opposition. On ne sait pas ce qui va se passer après les Législatives. Mais tout ça n’a rien de malsain. Il y a eu cependant des anomalies inexplicables, car And/Jef n’est pas représenté dans toute la Casamance naturelle, qui reste sa place forte. Ce sont des dysfonctionnements qui risquent de plomber la coalition dans certaines zones. Bby a été mal gérée en direction de ces Législatives.

L’unité de cette entité politique peut-elle survivre aux frustrations nées à la fois de la formation du gouvernement et de la confection des listes pour les Législatives?

C’est une question qu’on peut légitimement se poser. Je ne peux pas répondre à cette interpellation, puisque je ne suis pas dans le groupe qui gère cette coalition. S’ils gèrent correctement la structure, ils contiendront les frustrations. Dans le cas contraire, la coalition va s’effriter car on n’est pas dans une Armée mais plutôt dans une coalition démocratique où les gens ne resteront que s’ils se retrouvent dans ce qui s’y fait. J’espère simplement que Macky Sall saura répondre aux préoccupations des Sénégalais.

Dans l’esprit des Assises nationales, l’après-Wade est considéré comme une période de transition. Peut-on travailler durablement et sereinement dans ces conditions ?

Toute transition est difficile. Celle-là l’est d’autant plus que Macky et moi-même n’avons pas participé à ces Assises. C’est par la suite que nous avons signé les documents. La logique de la transition n’est pas une logique unanime, car plusieurs visions s’y entrechoquent. En plus, des intérêts des partis, qui ne sont pas les mêmes. Sous ce rapport, il ne peut pas y avoir de situation plus complexe que celle que nous traversons aujourd’hui. Macky Sall est le premier à se rendre compte des difficultés, au point de convoquer une réunion pour signifier à tous qu’il ne peut pas tout faire tout de suite, étant donné qu’il a pris des engagements en termes d’austérité et de bonne gouvernance.

La question des audits est actuellement sur toutes les lèvres. Macky Sall a promis d’aller au bout. Mais certains craignent qu’ils ne soient utilisés à des fins purement politiques, comme sous l’ancien régime. Qu’en pensez-vous?

D’abord, on ne peut pas parler de lenteur car le Président vient à peine d’être installé. Ensuite, c’est une question qui mérite d’être débattue. L’essentiel, c’est que Macky Sall tranche. Personne ne décidera à sa place et peu importe la séquence temporelle, il faut bien un début à tout. Que ces audits remontent en 2000 ou 2007, l’important est qu’on livre les résultats de ces investigations pour que le pays et l’opinion fassent un pas en avant. Ce qui est mauvais, c’est de discutailler quand il faut agir. C’est par les audits et d’autres mesures de ce type qu’on rassurera les Sénégalais. C’est aussi bien de supprimer des agences et des directions, mais que la liste soit rapidement connue. Et qu’on nous précise les conditions dans lesquelles ces structures vont être fermées. Faut-il licencier les pères de famille qui y travaillent? Ce n’est pas forcément la bonne solution. Autant les dirigeants de ces entreprises gaspillaient, autant les travailleurs étaient victimes de ces institutions. Il faut recadrer ces employés, mais je n’ai pas encore entendu parler de la gestion de ce personnel. Nous proposons qu’on les recase dans l’administration et que les cadres, qui constituent moins de 10% aillent chercher du travail ailleurs. Maintenant, les règlements de comptes politiques sont nécessaires. Le peuple a réglé son problème avec Wade, il est vital d’en faire de même avec ses collaborateurs. Ce sont les dégâts collatéraux dans une défaite. Evidemment, il ne faut pas entrer dans les comptes personnels.

Vous avez collaboré avec Wade dans le gouvernement en tant que Ministre de l’Artisanat, des Mines et de l’Industrie en 2000, puis comme Conseiller spécial à la Présidence. Votre gestion sera-t-elle auditée?

Les audits doivent concerner toute la période allant de 2000 à 2012. Il faudra auditer l’ensemble du système de gouvernance de Wade. Je souhaite que l’audit touche à mon ministère en particulier, mais toutes les institutions doivent être concernées. De même que les Agences où il y a eu des gaspillages incroyables et invraisemblables. L’objectif des audits n’est pas de mettre quelqu’un nécessairement en prison. Quand on parle d’audit, les gens pensent directement à la prison. Ma préoccupation est de changer la gouvernance du pays, de l’assainir pour que les dirigeants de demain ne fassent pas la même chose que leurs devanciers. Aussi, ceux qui ont pris indûment de l’argent doivent le rembourser si les preuves sont attestées. Les biens mal acquis doivent être restitués à l’Etat, mais il ne s’agit pas de réprimer pour réprimer. Il faut qu’à la fin du mandat de Macky Sall que les Sénégalais aient le sentiment qu’il a fait du mieux qu’il pouvait.

Si les audits concernent la période 2000-2012, cela veut dire que la gestion de Macky Sall sera également auditée!

Mais nous tous, moi-même, le Président Macky Sall. Ce n’est pas d’ailleurs l’audit des personnes, mais des institutions. La Primature doit être auditée, les Ministères. Macky Sall est devenu Président, mais il a été Ministre, Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale. Tout n’est pas cependant concerné par les audits.

Faites-vous allusion aux 30 millions de francs mensuels que vous receviez de Wade ?

S’il y a un épisode qui me concerne personnellement, c’est le problème de la Caisse noire du Président Wade. Tout le monde sait que cette caisse n’est pas sujette à audit. C’est la loi qui donne au Président la latitude de l’utiliser comme bon lui semble. Ces 30 millions ne peuvent pas faire l’objet d’un audit ni de poursuites judiciaires, ce serait illégal. Par contre, on peut se demander si la loi ne doit pas encadrer plus étroitement la caisse noire pour un usage plus rationnel de l’argent du contribuable. Là, il y a matière à débat et des mesures salutaires doivent être prises dans ce sens. Je ne cache pas que j’ai reçu de l’argent de cette caisse noire pour soigner des malades, mais là n’est pas le problème. C’est l’argent du contribuable et dans une société de pénuries comme la nôtre, il faut mieux encadrer et sécuriser les deniers publics.

La déclaration de patrimoine du Président Macky Sall a fait beaucoup de bruit. Certains pensent que c’est du pur formalisme démocratique si elle n’est pas rendue publique. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?

Les déclarations de patrimoine sont utiles. Il faudra aller dans le sens de leur publication pure et simple pour plus de transparence. Maintenant, la richesse d’une personne, ce n’est pas le salaire seulement. Nous vivons sur une planète basée sur la bourse, il y a d’autres sources d’enrichissement que le salaire. L’important, c’est de savoir où débute la fortune du Président au moment de sa prise de fonction et à quel niveau elle se situe à la fin de son mandat. Le but est de s’assurer que cette richesse n’a pas démesurément accru pendant l’exercice du pouvoir. Les gens se trompent d’objectif en mettant l’accent sur la justification de la fortune du Président, ce n’est pas l’objectif de ce rituel républicain.

La Cour de répression contre l’enrichissement illicite a été extirpée de sa longue léthargie. Pensez-vous que c’est une mesure salutaire?

Cette Cour n’a jamais été enterrée, elle ne fonctionnait pas seulement. Elle a eu une période de long sommeil, elle s’est engourdie et on l’a réveillée. Je plaide personnellement en faveur d’une Cour de répression économique contre l’enrichissement illicite. Dans un pays comme le nôtre, l’enrichissement illicite est devenu la règle. Beaucoup de Sénégalais s’enrichissent de façon illicite, cette pratique ne doit pas être encouragée. La question qui se pose est de savoir si cette Cour fonctionnera un jour. Au-delà des gens qu’on va juger, l’objectif de la Cour est de faire de la prévention. C’est comme la Cour pénale internationale, elle ne juge pas tous les jours, mais le fait qu’elle ait condamné deux ou trois chefs d’Etat amène les autres Présidents à réfléchir.

Le Forum civil a révélé que 430 milliards FCfa de nos francs ont été planqués dans les pays du Golfe par les dignitaires de l’ancien régime. Que faut-il faire pour éviter que pareille situation ne se reproduise à l’avenir si ces accusations sont avérées ?

D’abord, c’est une estimation. Si le Forum civil a découvert ce montant, c’est qu’il y en a deux à trois fois plus. Tout le monde sait que le Sénégal est une passoire, l’argent entre et sort de tous les côtés. L’éviter ne sera pas facile, tant que nous n’aurons pas un gouvernement préoccupé par la résolution de ce fléau. Le Sénégal est fort pour créer les institutions, mais ne les fait pas marcher. Combien de milliards émanent du trafic de la drogue ? Combien de milliards sont blanchis dans ce pays sans état d’âme ? C’est la volonté politique qui permet de régler ces questions. Donne-t-on à la Banque centrale les moyens de jouer son rôle dans le cadre des transferts d’argent?

Le Sénégal est pris dans une sorte de ceinture de feu avec les crises sous-régionales au Mali, en Guinée-Bissau, en Guinée Conakry, voire en Mauritanie. Faut-il craindre pour la sécurité du pays?

C’est la réalité, on est inquiet pour tous ces pays. Tant que ces foyers de tension subsisteront, le Sénégal ne peut dormir tranquille. Nous devons garder l’œil constamment ouvert et contribuer à ce que les choses ne se dégradent pas davantage, surtout que le problème casamançais reste entier. La cohésion et la bonne entente qui existaient entre les différentes communautés de la sous-région sont mises à l’épreuve. Les autorités de la Cedeao n’ont pas encore pris la juste mesure des risques et des dangers qui pèsent sur notre zone.

François Hollande vient d’être porté à la tête de l’Etat français dans un contexte où son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, prônait une rupture avec la Françafrique. Qu’est-ce que le Sénégal peut attendre d’une telle élection?

Avec Sarkozy, ça été difficile pour tout le monde. Nous qui sommes passés par les politiques d’ajustement structurel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, savons que ce n’est pas l’austérité qui permet à un pays de dépasser ses problèmes. Hollande a une responsabilité par rapport au Sénégal et à l’Afrique francophone d’une manière générale. Il y a un préjugé favorable des Africains à son endroit, c’est indéniable. Il ne connaît pas bien l’Afrique, mais il vaut mieux ne pas bien connaître le continent et être bien disposé à son égard que de venir en Afrique en pseudo-spécialiste bondé de préjugés. L’Afrique d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’il y a un demi-siècle, elle a ses personnalités, ses exigences, sa vision. Elle veut être entendue et comprise dans le sens d’un partenariat fécond. Hollande peut aider l’Europe à ne pas rater cette fenêtre importante d’opportunités pour elle.



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