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Vendredi 01 Juin, 2018 +33

Politique

Le conflit casamançais, un fardeau politique et sécuritaire pour l'État sénégalais

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Richard Mendy, habitant de Punta Rosa, pose le 26 janvier 2018, dans le cratère d
En trente-huit ans, aucun président n'a réussi à mettre un terme à la rébellion séparatiste. Retour en deux épisodes sur la plus vielle guérilla du continent.

Robert Sagna en est convaincu, "la paix est imminente en Casamance." Selon l'ancien ministre et député-maire de la ville de Ziguinchor, le président sénégalais Macky Sall a les moyens de mettre un terme au plus vieux conflit d'Afrique.

"Il m'a encore dit récemment qu'il était pressé de voir cette affaire se terminer", confie l'ancien édile.

Il serait temps. Le conflit qui oppose l'État sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques casamançaises (MFDC), groupe rebelle favorable à l'indépendance de la Casamance, dure déjà depuis trente-hui ans. Une guerre oubliée qui a commencé en décembre 1982 par la répression des manifestations à Ziguinchor, suivie du départ pour le maquis de milliers de jeunes hommes armés de pioches, de lances et de machettes.

Le problème serait-il vraiment en passe de se résoudre ? Tout le monde ne partage pas l'optimisme de Robert Sagna, loin s'en faut. "Le processus piétine malgré les espoirs du début", déplore l'actuel maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé.

Le conflit pèse sur les épaules du chef de l'État comme il a pesé sur celles de ses prédécesseurs.

Pourtant, à ses prémices, dans les années 1980, Abdou Diouf espère en venir à bout rapidement. Il mise sur la répression militaire contre les sécessionnistes. Une erreur funeste, selon Ibrahima Gassama, spécialiste du conflit casamançais.

"Si les manifestants avaient été écoutés quand ils exprimaient leurs colères, il n'y aurait pas eu toutes ces violences", estime le journaliste.

Sentiment d'abandon

Le sentiment d'abandon est très fort dans cette langue de terre du sud du Sénégal. Le manque d'infrastructures et les conflits fonciers entre autochtones et habitants du nord du pays alimentent la défiance. Une colère aggravée par le déploiement de l'armée, les combats et la destruction de nombreux villages. Aujourd'hui encore, 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Quand Abdoulaye Wade arrive au pouvoir en 2000, la situation s'est complètement enlisée. Il a promis, pendant sa campagne, de résoudre le problème en cent jours. Elu, il fait du dossier une affaire personnelle. Au point d'exclure tous les acteurs internationaux déjà impliqués dans les négociations avec la rébellion. "Wade prêchait faux, déplore aujourd'hui Robert Sagna, le conflit était internationalisé. La Guinée-Bissau et la Gambie étaient très impliquées. Elles abritaient les rebelles et leur fournissaient même des armes."

Ce changement de stratégie passe à l'époque par un plus grand contrôle de l'information : les médias sénégalais ne sont plus autorisés à couvrir le conflit. Des journalistes comme Ibrahima Gassama sont placés sous surveillance pour leurs liens présumés avec le MFDC. Des fonctionnaires, surnommés "les Messieurs Casamance", sont chargés d'apporter des millions de francs CFA aux chefs du maquis pour apaiser les velléités sécessionnistes, tout en accentuant les divisions au sein du MFDC.

En 2004, des accords de paix officiels sont signés entre le chef de l'État et le leader charismatique de la rébellion, l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, décédé à Paris, en 2007. Un programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) est mis en place pour accompagner le retour à la vie civile des combattants du MFDC. Mais il est peu suivi dans les faits.

Coupeurs de bois assassinés

Le bilan officiel des victimes de cette rébellion, relativement bas, explique peut-être en partie le manque de volontarisme du gouvernement pour y mettre un terme. Le conflit a fait "seulement" 4 000 morts en trente-huit ans, précise Mokhtar Niang, membre de l'organisation le Centre pour le dialogue humanitaire. "L'État est toujours resté dans sa zone de confort, car il n'y a jamais eu d'attentats à Dakar et on ne déplore pas de milliers de militaires tués", estime-t-il.

Élu en 2012, Macky Sall peut-il vraiment changer les choses ? Lorsqu'il reprend le dossier casamançais, le nouveau chef de l'État crée un comité ad hoc chargé de mener les négociations avec le MFDC et dirigé par le général des renseignements sénégalais, l'amiral Farba Sarr. Sa composition est tenue secrète. Les discussions s'engagent finalement avec une seule des quatre factions du MFDC, celle de Salif Sadio. Des rencontres ont également lieu avec le "comité provisoire des ailes civiles et politiques" qui affirme aujourd'hui représenter l'essentiel des membres du MFDC.

Mais le processus n'est guère fluide. Salif Sadio "est comme un fantôme, explique une source anonyme proche du dossier. Il peut nous faire attendre six mois pour une réponse. C'est quelqu'un d'extrêmement méfiant. Il voit des pièges et des traîtres partout. Ça a créé beaucoup de difficultés dans les négociations." Le leader du MFDC ne s'est d'ailleurs jamais déplacé à Rome, où les pourparlers se tiennent sous le patronage de la communauté catholique Sant'Egidio, envoyant à sa place des représentants.

En janvier 2018, quand treize coupeurs de bois sont retrouvés assassinés par balles dans la foret de Boffa Bayotte, au nord de Ziguinchor, la crainte d'un regain de tensions dans la région reprend le dessus. Un an après, Salif Sadio sort de la clandestinité pour exprimer son impatience à l'égard du processus de paix initié en 2012. "L'État du Sénégal ne montre aucune volonté de respecter ses engagements", dénonce-t-il en avril 2019.

Trafics et contrebande

"L'armée pense qu'elle peut définitivement régler le problème, car le MFDC est affaibli. Mais ce n'est pas une guerre conventionnelle : dans une rébellion, même cinq personnes peuvent créer le chaos", souligne le journaliste Ibrahima Gassama. "Même si des accords venaient à être trouvés avec Salif Sadio, les autres factions finiront par les torpiller, car elles ne se sentent pas considérées. Et d'autres enjeux comme l'économie de guerre sont venus se greffer au problème, ce qui fait que beaucoup de gens ne sont pas pressés de voir la paix arriver." Trafics de matières premières telles que le chanvre indien, le bois de rose ou la noix de cajou, et contrebande prospèrent en effet dans les zones frontalières.

"Les différents gouvernements ont toujours tout fait pour masquer les réalités du conflit, notamment parce que le Sénégal est un modèle de stabilité dans la sous-région. Cette image est importante, car elle permet au pays de maintenir sa cote auprès des bailleurs de fonds", analyse le géographe et spécialiste du conflit, Jean-Claude Marut.

Dans ce contexte pourrissant, autorités et guérilla semblent condamnées au statu quo. L'État sénégalais est trop fort pour négocier et la rébellion trop faible pour céder sur sa seule raison d'être, le combat pour l'indépendance. Il faut tout l'optimisme de Robert Sagna pour croire le contraire.

liiiiiiiaffaire_de_malade

7 Commentaires

  1. Auteur

    En Juillet, 2020 (06:58 AM)
    Le conflit est terminé. C'est juste que le président ne veut pas neutraliser définitivement pour l'instant le reste de la bande de voyous.
    • Auteur

      Covid Num 1 Présentement

      En Juillet, 2020 (07:08 AM)
      c'est quoi ce " réchauffé " historique inutile mme mariama darame' ? en espérant que c'est pas téléguidé à dessein de réveils commentaires. la casamance actuelle se préoccupe présentement de la situation angoissante covid et reprises des activités agricoles et touristiques qui a affecté durement la région et le pays entier. dieu garde cette région magique unie et prospère avec le reste du pays. trop perdu dans temps depuis ....1982, vous aviez quel âge mariama ? on devine pas la peine de l'annoncer.
    • Auteur

      Fakeguy

      En Juillet, 2020 (07:48 AM)
      i gassamah l'homme qui revait de devnir minstre de la communication dans une casamance independante. un vrai utopiste. nous n'oublierons jamais le role que t'as joue. un vrai fake tu es.
    • Auteur

      Reply_author

      En Juillet, 2020 (16:09 PM)
      one prochaine guerre fera de nous une fiérté de libérer notre chère casamance
  2. Auteur

    En Juillet, 2020 (07:49 AM)
    Je suis casamançais et ce que je pense est que la Casamance doit rester dans le Sénégal digne. Je dis bien Sénégal digne. Parce que ce à quoi nous assistons depuis 1962 est tout sauf digne. Trop d'injustices et d inéquité territoriale, triplé d'un larbinisme pour l'occident sans précédent. Or, appliquer le système du ruissellement français où le gouvernement prend quartier dans la capitale, la développe, les autres se contentent des miettes, c'est mal connaitre Casa Mansa, terre de souveraineté imperiale du Gabou et du Mandé, existante avant même la création du Sénégal par le colon et trois fois plus grande que la Gambie, elle n'est pas née pour jouer les seconds rôles sakantouma pour être piller par les gouvernements sans scrupule qui n'y ont rien fait et nous ont retardé.Le problème de la Casamance, comme celui du reste du Sénégal, c'est la mal gouvernance. Il n'y a pas autres. Ce que les gouvernants doivent se mettre dans la tête c'est que la république du Sénégal est un défi et non un acquis. Elle a regroupé plusieurs royaumes et terres de souveraineté  dont la dignité et l'ambition n'ont d'égal que leur honneur. Tous ont accepté malgré tout de s'unir en 1960 autour d'un projet commun appelé Sénégal, où nous devrions montrer l'exemple à toute l'Afrique en développant rapidement l'humain, l'économie, l'agriculture et les industries, avec un soubassement sur les valeurs d'honneur, d'honnêteté, de dignité et de responsabilité qui nous tous communes. Mais dès lors que la corruption, le népotisme, l'érection d'une mafia politico-maraboutique ont été établie, il est logique de s'attendre à ce que chaque actionnaire reprenne ses actions et cherche à s'en aller. Le jour où le Sénégal sera bien gouverné sur l ensemble de son territoire, de dakar à bakel, de podor à médina el hadji, le conflit se réglera de lui même. Il n'y a rien d'autres. Il n'y a aucun problème ethnique en Afrique de l'ouest, à part celui importé par les toubabs promoteurs de nos mal-gouverneurs.
    • Auteur

      Reply_author

      En Juillet, 2020 (09:26 AM)
      rebelle à la décadence oui, mais digne et valeureux.
      médiocre complexé va.
    • Auteur

      Reply_author

      En Juillet, 2020 (12:12 PM)
      évidemment encore une fois rejeter la faute sur les autres .. les toubabs comme si c ' était de leur faute que vous soyez des pilleurs , des voleurs des assassins ..assumez vous bordel ...
    Auteur

    En Juillet, 2020 (08:09 AM)
    Cet article est l’œuvre d’une jeune journaliste du monde, peut-être d’origine sénégalaise, qui, assurément, ne maîtrise pas le sujet et le tempo de la réalité du terrain. Certains Africains (ou Africains d’origine), bourrés de complexes et prêts à tout pour se bien faire voir dans leurs boîtes, sont parfois plus dangereux pour l’Afrique que le pire de colons.

    Comme quelqu’un l’a dit plus haut, les problèmes de la Casamance ne sont pas différents de la plupart des régions de l’intérieur du Sénégal. Les régions sont globalement laissées à l’abandon, au profit de la capitale et de ses environs, du fait de la centralisation territoriale héritée du système français.
    Auteur

    Zale

    En Juillet, 2020 (09:39 AM)
    Vous êtes des imbéciles. On n'a besoin de cet article.
    Auteur

    En Juillet, 2020 (10:16 AM)
    Robert Sagna et ses copains doivent reconnaître qu'ils ne disaient pas la vérité au Président Macky Sall. Saliou Sambou qui a organisé son show à Djimande en affirmant haut et fort avoir déraciné l'arbre du mal est resté muet avec son ONG Ppour la paix en Casamance. Résultat de tous intervenants à vie: rien n'a bougé. Claude Heraut, on le comprend car la France ne dira jamais des choses en faveur du Mfdc pour la simple raison que la France a échoué sa colonisation en Casamance. Lui, qui est connaisseur de l'histoire de la Casamance, pourquoi n'a-t-il jamais cité Vanvo qui a reconnu la tolérance des casamançais envers les français: ''Nous ne sommes pas maîtres de la Casamance, nous y sommes seulement tolérés''. 35 ans avec les mêmes médiateurs qui n'ont brillé que par leur inefficacité. Macky doit se débarrasser de ces vauteurs et choisir des gens sincères, soucieux de l'unité nationale et non des parasites qui vivent du conflit. Que dire du fameux ''Groupe de Contact '', ces rebelles reconvertis en chasseurs de primes, sans contact réels, il est également grand temps de les ''décontacter'' car ils sont en train de se sucrer de ce conflit en construisant de belles maisons à Ziguinchor, en créant de grands vergers dans leurs villages. Pensez-vous tous ces sangsues vont donner des solutions durables en faveur de la fin du conflit et de l'unité nationale du Sénégal? Non !!! Nous voulons du sang neuf pour la résolution définitive du conflit pour le bonheur de tout un Sénégal uni et prospère.
    Auteur

    En Juillet, 2020 (11:32 AM)
    Ce conflit s'est enlisé pour longtemps. Il se réglera sur des décennies. Après le tournant des affrontements violents des années 90-2000, on est passé à la recherche d'une paix définitive vers 2010. On en a pour beaucoup de temps encore parce que le MFDC est éclaté et militairement affaibli avec la perte de ses bases arrières et le soutien financier populaire des années 90. Les populations locales en ont marre et ne veulent qu'une chose vivre en paix dans leurs villages.

    C'est une rébellion qui finira comme la rébellion tamoule du sri lanka, sans accord de paix. Il revient au gouvernement d'apporter une réponse de développement pour en finir définitivement avec le conflit.
    Auteur

    En Juillet, 2020 (12:43 PM)
    C'est pas un conflit c'est du banditisme

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