Lundi 21 Octobre, 2019 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33
Politique

Mamadou Ndoye : "Les résultats du scrutin présidentiel inquiètent"

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Mamadou Ndoye : "Les résultats du scrutin présidentiel inquiètent"

Mamadou Ndoye parle. Aphone depuis plusieurs mois, l'ex-secrétaire général de la Ligue démocratique sort de sa réserve. Et c'est pour dénoncer une victoire "légalisée" du président de la République Macky Sall qui, à l'en croire, a préfabriqué les résultats issus des urnes. Mais aussi pour manifester à la face du monde ses inquiétudes à la lecture de ces résultats sortis. Selon "Mendoza", au-delà des considérations politiques, les vieilles solidarités ethniques et confrériques convoquées dans le champ politique constituent une bombe terrible pour la société sénégalaise, lorsqu'on les manipule. Entretien.

Le président Macky Sall a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle avec 58,26 % des suffrages, loin devant Idrissa Seck 20,50 %, Ousmane Sonko 15,67 %, Issa Sall 4,07 % et Madické Niang 1,48 %. Quelle analyse faites-vous de ces rés ultats ?
Pour lire ces résultats, il faut les placer dans un contexte beaucoup plus large que le contexte des élections en tant que tel. Nous avons, depuis longtemps, observé sur la scène politique une préparation systématique du renouvellement du mandat de Macky Sall. Or, ce renouvellement, du point de vue du pouvoir, ne pouvait être acquis qu'avec un passage au premier tour. Parce qu'aller en second tour était trop risqué pour le pouvoir en place. Depuis la discussion sur le fichier électoral, ensuite sur la loi électorale, sur le parrainage et sur l'application du parrainage, il y a eu plusieurs étapes de préparation des résultats actuels. Ces résultats sont donc l'aboutissement de ce que j'appelle le passage en force de Macky Sall qui a connu plusieurs étapes. Il a fabriqué son propre fichier. Tout le monde se souvient du débat, si le fichier actuel était un bon ou non. Macky Sall a décidé que ce n'était pas un bon fichier, parce qu'il y avait un stock mort que personne n'a observé par la suite. Mais il a pu avoir un fichier dont il est le seul, parmi les candidats, à avoir connaissance. Et, pratiquement, jusqu'au bout, ils ont refusé de partager ce fichier électoral.

Deuxième étape du forcing, c'est le Code électoral. Il a fait des modifications sur le Code électoral qui lui ont permis d'éliminer des candidats. En ce qui concerne la candidature de Karim Wade, c'est des manipulations qui ont permis de l'éliminer. C'est également dans cette manipulation qu'il y a eu ce qu'on a appelait le système de parrainage. Un système que personne ne pouvait contrôler. Parce que si le fichier, qui sert de référence pour le contrôle, n'est pas connu des candidats, le candidat, lui, s'arrête à la carte électorale que lui présente son parrain. Il ne peut pas aller plus loin pour contrôler si la carte électorale qu'on lui présente est bonne ou mauvaise. Sur cette base, il établit son parrainage, mais ce n'est pas sur cette base que son parrainage va être apprécié, mais sur la base du fichier que seul le pouvoir connait. L'application du parrainage, en tant que tel, a montré que le Conseil constitutionnel n'avait aucune maitrise pour pouvoir apprécier un parrainage. Le fichier dont il dispose, on le lui a donné. Les ordinateurs pour le contrôle, on les lui a donnés, de même que les techniciens qui étaient chargés d'appliquer pour voir ce qui marchait et ce qui ne l'était pas. Par conséquent, le Conseil constitutionnel n'avait aucune maitrise sur le contrôle des parrainages. Vous-mêmes vous fabriquez un système de parrainage où le premier est avantagé et dire tout de suite, moi je suis le premier à déposer. Donc, tout était faussé.

Ensuite, on a eu les transferts d'électeurs. Il y a eu une organisation qui, avant même les élections, avait vérifié ces transferts pour montrer qu'il y a des électeurs, notamment dans le monde rural, qui étaient transférés à 50 km. Comment, à 50 km, le gars peut aller voter ?
Toutes ces manipulations ont abouti à de tels résultats.

Donc, selon vous, on a des résultats préfabriqués ?
Ah mais non, depuis très longtemps ! Sans compter le fait que même, au dernier moment, ils ont dû, eux-mêmes, quand ils ont certainement, vers le milieu du vote, vu un peu les tendances, essayé encore de fabriquer de nouveaux textes pour permettre à de nouveaux électeurs d'aller voter.

Pensez-vous que l'opposition a porté le combat qu'il fallait pour sécuriser et le vote et le processus électoral pour contrer tout ce que vous venez de dénoncer ?
Précisément, c'est l'un des problèmes que nous avons dans ce pays. Parce qu'il n'y a pas que le problème du pouvoir, il y a aussi le problème de l'opposition. Toutes ces étapes dont on a parlé, l'opposition n'a pas pu créer un rapport de force, parce qu'il s'agissait d'un rapport de force capable d'arrêter le pouvoir dans ses dérives.

Selon vous, pourquoi l'opposition n'a pas été capable de ça ?
Pour une raison simple. Dans l'opposition, chaque jour, il peut naitre un candidat qui se dit, moi j'ai un destin national, et au lieu donc de mutualiser leurs forces pour pouvoir créer un rapport favorable, c'est absolument le contraire qui se produit, c'est-à-dire on atomise les forces de l'opposition, chacun se fabrique un territoire individuel et la somme de ces territoires individuels ne constitue pas une force, parce qu'il n'y a pas de synergie. Nous avons essayé d'aider un peu pour dépasser cette situation de l'opposition ; c'était dans le cadre de l'initiative "Fippu". Nous sommes allés voir tous les candidats pour leur dire : écoutez, vous ne pouvez pas aller à la bataille comme cela. Si vous voulez aller à la bataille, il faut qu'il y ait un minimum de regroupements de l'opposition. Et pour nous, compte tenu de notre orientation politique, nous avions dit que toutes les forces patriotiques et progressistes, au moins, devraient se retrouver dans un même camp. Les autres qui ne le sont pas, peuvent aller dans leurs propres camps. On a été voir tous les candidats qu'on considérait comme étant des patriotes pour leur demander de mettre ensemble leurs forces, ensuite de se mettre d'accord sur une procédure interne consensuelle pour choisir un candidat. Si on choisit un candidat, le reste suit. Malheureusement, cette initiative n'a pas abouti.

Pensez-vous que les résultats publiés reflètent le rapport de force véritable qu'il devait y avoir entre le pouvoir et son opposition ?
Ces résultats, il faut juste les mesurer à l'aune des élections législatives de 2017. J'avais toujours dit et répété que, strictement parlant, si une élection régulière présidentielle se passe, Macky est nécessairement au second tour. Pour une raison très simple, c'est que pendant les élections législatives, Bby a pratiquement mobilisé tout son potentiel possible et affaibli au maximum l'opposition, notamment à Dakar, à Thiès et à Touba. A Dakar, ils ont fait même ce qui est exceptionnel au Sénégal, aller convoquer un ministre des Finances pour lui dire : va gagner les élections, alors que les ministres des Finances ont toujours été préservés de la politique, au Sénégal. Mais après avoir fait tout ça, ils n'ont pas eu 50 %, ils ont eu 49 % et quelques. Cela veut dire que le potentiel électoral que Macky Sall était capable de mobiliser s'arrêtait à ça. Aujourd'hui que ça passe de 49 à 58 %, cela montre qu'il y a ce qui a été fait pour arriver entre 2017 et 2019 à un tel résultat.

Est-ce que les élections sont de même nature ?
La nature des élections favorisait l'inverse. Parce les élections des députés, au niveau local, chaque personnalité se bat pour sa propre survie politique. Dès lors que c'est sa propre survie qui est en jeu, on fait tout pour gagner. A la présidentielle, c'est la survie du président de la République qui est en jeu. Ce n'est pas celle de chaque personnalité locale. Donc, en réalité, on devrait faire plus au niveau des législatives qu'au niveau de la présidentielle.

Dans cette élection, on a vu l'ancien président de la République, Abdoulaye Wade, observer une neutralité, à la grande surprise des populations. Quelle appréciation faites-vous de sa posture ?
Je crois qu'Abdoulaye Wade est conséquent avec lui-même. Les seuls gens qui peuvent être surpris avec Abdoulaye Wade, ce sont ceux qui attendent de lui un comportement qui soit à la mesure de leurs propres attentes. Alors qu'Abdoulaye Wade a été toujours conséquent avec lui-même. Il agit en fonction de ce qu'il considère comme étant ses intérêts. Ses intérêts en ce qui concerne l'élection présidentielle, il les a exprimés depuis très longtemps : c'est Karim ou personne d'autre. Par conséquent, Abdoulaye Wade n'était ni pour l'opposition ni pour Macky Sall, il était pour Karim.

Est-ce que sa posture n'a plus aidé à baliser le chemin à Macky Sall qu'à favoriser le triomphe de l'opposition ?
Non ! Sa posture pour Karim ne favorisait personne. Ce qui a favorisé Macky Sall, c'est le fait qu'il n'ait pas appelé à voter pour l'opposition. Si tous ceux qui écoutent Abdoulaye Wade s'étaient massivement mobilisés pour soutenir l'opposition, peut être que ça aurait fait la balance. Mais il ne l'a pas fait. De ce point de vue, oui, son attitude a été favorable à Macky.

Ne pensez-vous pas que Wade a plus intérêt à ce que Macky Sall rempile qu'à voir quelqu'un d'autre accéder au pouvoir ?
Les gens font ce calcul, moi je ne sais pas pour quelle raison, mais ce que je dis, c'est qu'objectivement, son attitude a été favorable à Macky Sall.

L'opposition dénonce un hold-up électoral, mais se garde tout de même d'introduire un recours auprès du juge des élections. Comment voyez-vous cette attitude ?
L'opposition a parfaitement raison. De manière unanime, et ça il faut d'abord le noter, lorsque tous les candidats de l'opposition, sans aucune exception, rejettent les résultats de l'élection, ça a une signification. Parce que dans ce cadre-là, on a eu plusieurs étapes où l'opposition, y compris certains candidats actuels, avaient pris des attitudes qu'on appelait des attitudes de sagesse par rapport au pouvoir, notamment quand le pouvoir a appelé au dialogue. Cette fois-ci, c'est unanime, tous les candidats de l'opposition ont rejeté les résultats des élections. Mais, en même temps, ils ont décidé de ne pas déposer de recours. Pourquoi ? Parce que du point de vue de la lutte électorale et de la mobilisation de la population sénégalaise, ils ont voulu lutter jusqu'au bout. Ce qui restait, c'est maintenant la confiance aux institutions qui étaient chargées de valider les résultats des élections. Quel est le Sénégalais sérieux qui accorde un minimum de crédit à de telles institutions ?

Mais est-ce que ce n'est pas une manière de reconnaitre indirectement les résultats ?
Pas du tout. Ça n'a absolument rien à voir. Les gens se sont battus dans les batailles électorales pour mobiliser les populations et leur expliquer ce qui se passe, déroulé leur projet de société et leur programme politique. Ça, ils devaient le faire. Après, le pouvoir a publié les résultats. Si vous voulez faire un recours, c'est que vous faites confiance à ces institutions de recours. Moi, en tout cas, je ne fais aucune confiance à ces institutions de recours, pas par présomption, mais par expérience. Combien de fois l'opposition a déposé des recours au niveau du Conseil constitutionnel qui s'est déclaré incompétent, alors que toutes les demandes du pouvoir ont été validées par cette même juridiction ? Donc, c'est clair que, par expérience, il n'y a rien à attendre de cette Cour constitutionnelle. Il n'y a aucune crédibilité à accorder à cette juridiction.

Rien que pour le symbole, est-ce qu'il ne fallait pas introduire un recours ?
Non, pas du tout pour le symbole. Justement, qu'est-ce qui gêne aujourd'hui le pouvoir et ses affidés, le fait d'avoir déposé ou le fait de n'avoir pas déposé de recours ? Aujourd'hui, ils ont des problèmes parce que les gens n'ont pas déposé de recours et dans la lutte politique, c'était important de le faire.

Indépendamment de tout ce que vous dénoncez, est-ce que l'opposition n'a pas failli dans son organisation et dans la mobilisation de l'électorat ?
On ne peut pas dire que l'opposition a failli. En réalité, sauf le Fouta et le Sine-Saloum, Macky n'a de majorité nulle part. Je parle de majorité absolue, c'est-à-dire plus de 50 % par rapport à l'opposition. Contrairement à ce qu'il déclare en disant qu'il est élu dans 40 départements, il n'a pas la majorité dans 40 départements. C'est totalement faux. Il a la majorité simple, mais pas la majorité absolue. C'est cela la réalité du pays et cette réalité doit inquiéter tout un chacun, y compris eux-mêmes d'abord. Ceux qui sont intelligents parmi eux commencent à dire : lisons le verdict populaire pour savoir quel message nous donne le peuple sénégalais. Mais moi, du point de vue de l'analyse politique, je suis plutôt inquiet de ces résultats. Ils montrent d'abord qu'on a convoqué les vieilles solidarités mécaniques dans le champ politique.

Qu'entendez-vous par "solidarités mécaniques" ?
Ce sont des solidarités ethniques au Sénégal. Elles ont été convoquées sur le champ de la citoyenneté. Elles viennent chasser la citoyenneté, les projets politiques et les coefficients individuels pour y ramener des réflexes identitaires qui sont de nature à fracturer et la société et la nation sénégalaise. Ça, c'est le plus grave dans ces élections. On a convoqué aussi des solidarités religieuses. Autant on peut parler de solidarité régionale qui, à la limite, sont des solidarités ethniques, autant on a convoqué des solidarités religieuses qui, à la limite, sont des solidarités confrériques. Les deux, ensemble, constituent une bombe terrible pour la société sénégalaise, lorsqu'on les manipule. Or, on est en train de les instrumentaliser au service d'ambitions politiques personnelles et on sait ce que ça a produit dans d'autres pays. Cela expose aujourd'hui le Sénégal à des dangers réels, dès lors que c'est des dérives extrêmement dangereuses. Parce que, si on entre dans ça, la société se fracture. Si les luttes politiques deviennent des luttes ethniques ou des luttes religieuses, on entre dans le cercle vicieux des conflits qu'on entend ailleurs en Afrique. Le Sénégal entre dans ce cycle et quand on entre une fois dans ce cycle, on ne sait pas quand est-ce qu'on va en sortir. On voit aujourd'hui comment, dans certains pays, les communautés sont en train de se déchirer. Des violences intercommunautaires extrêmement graves qui sont en train de se produire. Ça, c'est plus grave que le reste, parce que ça vient du tréfonds des sociétés traditionnelles et après personne ne maitrise plus quelque chose. De ce point de vue, les résultats m'inquiètent.

On a vu qu'Idrissa Seck avait une grande coalition, mais qui n'a pu récolter que 20,50 % de l'électorat. Qu'est-ce qui, selon vous, peut expliquer cette contre-performance ?
Je le dis souvent, au Sénégal, les appareils ne font pas les élections. Vous avez beau regrouper beaucoup d'appareils - Macky Sall, c'est le champion aujourd'hui du regroupement des appareils ; il a dix ou vingt fois plus d'appareils qu'Idrissa Seck. Ce sont des cadres qui sont là et où il y a des militants et des sympathisants. Or, les militants sont très peu nombreux. Les sympathisants et les électeurs sont le plus grand nombre, mais ils ne sont pas contrôlés par l'appareil. Ça, c'est la réalité politique au Sénégal. On peut, dans une circonstance donnée, les mobiliser pour soi, mais les mobiliser pour autrui est loin d'être évident, parce que ces gens-là, ils ne te doivent rien.

Globalement, comment appréciez vous l'organisation du scrutin présidentiel du dimanche 24 février par rapport aux législatives de 2017 ?
La désorganisation organisée qu'on a connue en 2017 ne s'est pas reflétée en 2019. Il faut dire qu'en 2017, il y avait une sorte d'impréparation par rapport à ce qu'ils avaient prévu. Cette fois-ci, il n'y a pas eu d'impréparation. Ce qu'ils ont prévu, ils l'ont déroulé de la meilleure manière possible pour eux. De ce point de vue, l'organisation des élections, les observateurs extérieurs n'y ont vu que du feu. Eux-mêmes, ils l'ont presque souligné en disant qu'il ne suffit pas de voir ce qui s'est passé le jour du scrutin, il faut savoir tout le processus qui a conduit à ça. Ils ont raison, de ce point de vue.

Il est agité l'idée d'une dissolution de l'Assemblée nationale et d'un couplage des locales de décembre prochain avec les législatives qui doivent normalement se tenir en 2022. Qu'en pensez-vous ?
Il y a d'abord l'apparition de l'idée et l'idée elle-même. Du point de vue de l'apparition, ce que j'observe, c'est que les néo-transhumants viennent toujours avec des idées comme ça. Quand Djibo Ka venait de rejoindre la coalition Bby, c'était à peu près une idée identique. C'est la même chose qu'on est en train de revivre, c'est-à-dire aller au-devant en disant publiquement ce qu'on veut que le président entende. Certainement, Macky Sall, qui a de ce point de vue commis une grave erreur de calendrier électoral en allongeant son mandat, se trouve depuis, dans le même problème, c'est-à-dire faire coïncider le mandat présidentiel et le mandat législatif. Il a aujourd'hui ce problème.

Est-ce que à ce niveau, l'idée n'est pas bonne ?
Oui, mais pourquoi ce problème s'est posé ? Il ne s'était pas posé jusqu'ici. C'est ça le débat. Quand tu dis je veux rectifier, il faut dire pourquoi tu veux rectifier et pourquoi tu veux le faire. C'est Macky Sall qui a créé ce problème. De mon point de vue, c'est son problème à lui, mais non celui du peuple sénégalais. Parce qu'à chaque fois, son pouvoir va rencontrer ce problème qu'il a créé.

Est-ce que ce n'est pas le moment de rectifier pour éviter au pays d'être en perpétuelle campagne électorale ?
C'est le moment pour lui de rectifier et pas le moment pour moi. Il faut, en politique, que nous puissions assumer nos actes. Macky Sall, on lui avait toujours dit de ne pas prolonger son mandat. Il a décidé contre tout le monde de le faire. Il a créé ce problème, il n'a qu'à trouver la solution. Il ne doit pas demander aux gens de le faire.

Au vu des résultats, comment entrevoyez-vous les perspectives au niveau de l'opposition sénégalaise ?
Il y a deux choses. Dans l'immédiat, les deux grands vainqueurs de cette élection, c'est Idrissa Seck et Ousmane Sonko. Idrissa Seck, aujourd'hui, connait une renaissance, parce qu'il était presque mort politiquement. Aujourd'hui, il connait une renaissance et, de ce point de vue, il est un vainqueur de l'élection présidentielle. 

Ousmane Sonko qui, aux élections législatives, est passé par le plus fort reste et qui se retrouve aujourd'hui non seulement comme troisième, mais encore avec son score de plus de 15 %, est aussi un vainqueur de l'élection présidentielle. Pour moi, politiquement, ce sont les deux vainqueurs de l'élection présidentielle. Macky Sall a une victoire légalisée, mais celle-ci va plus peser sur lui que lui faciliter l'exercice de son mandat. Déjà, on le sent à travers le malaise qui a marqué ce scrutin. Il y a un tel malaise que lui-même est en train de fêter sa victoire par des arrestations et des procès.

A l'heure où on parle (Ndlr : l'entretien est réalisé mardi), il y a un procès qui se déroule, pour les gens qui ont été arrêtés. Voilà comment il est en train de fêter son mandat. Quand on fête sa victoire de cette façon, c'est une catastrophe politique. Maintenant, du point de vue des perspectives, il faut prendre ce qui est essentiel pour le pays. Nous avons une démocratie verrouillée et dévoyée. La toute première mission de toutes les forces patriotiques et démocratiques, c'est comment sortir de cette démocratie verrouillée et dévoyée. Il faut prendre les entrées principales.

La première entrée principale, c'est les pouvoirs exorbitants du président de la République. Nous sommes dans un pays où le président de la République règle tous les problèmes du pays, les petits, les moyens comme les grands problèmes. Nous sommes dans un système politique où 40 % du Pib est entre les mains du président de la République. Non seulement il a les plus de 25 % qui sont ramassés comme imposition sur le Pib, mais il en décide comme il veut. Il décide de l'allocation et de l'utilisation des ressources publiques comme il veut. En plus de cela, il y a toute la corruption et les entreprises privées, ce que ça rapporte, tout ça entre les mains d'un seul homme. Le pouvoir Judiciaire est entre les mains du président de la République, du point de vue institutionnel, mais aussi des privilèges qu'on peut leur accorder pour pouvoir les domestiquer. L'Assemblée nationale, je n'en parle même pas, parce que comme tout le monde a pu l'observer, la liste des députés de la majorité présidentielle, c'est le président lui-même qui la confectionne. C'est-à-dire c'est lui qui décide de qui sera député ou pas. Voilà la situation de notre pays. La grande entrée, ce sera donc ça. La deuxième entrée, si le pouvoir appartient au peuple, il faut remettre la citoyenneté en place. La citoyenneté, ça signifie que le pouvoir politique appartient avant tout au citoyen. Cela peut se concrétiser de deux manières. Dans une démocratie représentative, ça signifie que c'est le peuple qui choisit librement ses dirigeants. Pour que le peuple puisse choisir librement ses dirigeants, ce qui se passe au Sénégal ne peut pas se passer. Lorsque c'est un compétiteur qui décide des règles de la compétition, qui décide qui doit compétir et qui ne doit pas compétir, qui décide de l'organisation de la compétition, qui décide des résultats qui sont proclamés, il n'y a pas de compétition. Ça, c'est le deuxième grand problème qu'on doit régler. Il faut une autorité indépendante chargée de la compétition électorale pour que le citoyen puisse exprimer librement son choix. C'est cela la démocratie représentative. Nous avons ces deux grands problèmes à régler.

Macky Sall est réélu. Comment entrevoyez-vous son second mandat et, après lui, que va-t-il se passer, selon vous ?
Le mandat est mal parti. Je ne sais pas ce qu'il va faire et ce qu'il va prendre comme initiative pour prendre un autre départ que celui-là. Parce que les hommes politiques qui sont visionnaires sont capables, dans des situations comme ça, de prendre de grandes initiatives et de pouvoir remettre les choses à leur place. Je ne sais pas si Macky est capable de le faire. La deuxième des choses, c'est que le problème principal qui se passe au Sénégal, c'est que les forces de progrès et les forces démocratiques, tant qu'elles ne sont pas capables de pouvoir mutualiser les énergies, afin de créer un rapport de force favorable, nous allons tourner en rond. Parce qu'il n'y aura pas de rupture. Nous avons un système qui marche comme il est en train de marcher avec un président omnipotent, pas de justice, pas d'Assemblée nationale, une gouvernance catastrophique qui enrichit les amis et les parents. Ce système là, pour qu'on en sorte, il faut une rupture. Une simple alternance ne suffit pas. On a vu l'alternance avec Wade et l'alternance avec Macky. Il va falloir une rupture que seules les forces démocratiques et patriotiques sont capables d'accomplir. Or, aujourd'hui, leur faiblesse ne leur permet pas d'assumer un tel rôle. Si elles n'arrivent pas à jouer leur rôle, nous aurons encore une alternance et quelle que soit la forme, nous continuerons encore dans notre système. C'est comme ça que ça va se passer. La grande question, aujourd'hui, c'est donc cette rupture.


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4 Commentaires

  1. Auteur

    En Mars, 2019 (17:21 PM)
    C'est toi qui inquiètes surtout; profitard mécontent!!!

    Met toujours la pression pour récolter des miettes comme tout maitre chanteur ...
  2. Auteur

    En Mars, 2019 (17:40 PM)
    Mamadou Ndoye, je pense que c'est ta malhonnêteté intellectuelle qui inquiète. Respectez celles et ceux qui se sont battus pour que ces élections soient justes. Malheureusement tus as un porte feuille à la place du cerveau, pauvre con
    Auteur

    M

    En Mars, 2019 (18:10 PM)
    Interview très intéressant. Analyse pertinente. Merci.
    Auteur

    En Mars, 2019 (19:48 PM)
    Et c'est pour dénoncer une victoire "légalisée" du président de la République Macky Sall qui, à l'en croire, a préfabriqué les résultats issus des urnes.



    On m'a toujours vanté les qualités intellectuelles de Mamadou Ndoye ??? Que lui arrive t-il ?

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