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Politique

Maurice Soudieck Dione: "L'absence du Pds au dialogue ne ressemble pas au style de Wade"

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Maurice Soudieck Dione: "L'absence du Pds au dialogue ne ressemble pas au style de Wade"

Pour le docteur en sciences politiques à l'université de Saint-Louis, Maurice Soudieck Dione, l'absence du Pds au lancement des concertations "ne ressemble pas au style de Me Wade" qui, rappelle-t-il, a toujours privilégié la négociation.

Dans cet entretien avec «Seneweb», le politologue pense toutefois qu'il est encore prématuré de parler de boycott des ténors de l'opposition, à ce stade du dialogue.

S'agissant, par ailleurs, de l'appel en faveur de Khalifa Sall, Dione souligne que les élections locales à venir, avec notamment ses "enjeux politiques de taille", risquent de "différer" la libération de l'ancien maire de Dakar.  

Qu’est-ce que le dialogue national peut apporter au climat politique ?

Le dialogue national peut décrisper l’atmosphère sociopolitique du pays, afin que les uns et les autres puissent se départir de leurs intérêts personnels, partisans, corporatistes et catégoriels, pour mettre en avant l’intérêt du Sénégal.     

Peut-on dire que l’opposition significative a boycotté l’appel ?

Je ne pense pas qu’on puisse affirmer, pour le moment, de façon absolue, qu’il y a boycott. Car, comme vous le savez, le dialogue présente deux aspects. Une dimension globale dite dialogue national avec, entre autres dimensions, celle du dialogue politique. Pour le dialogue politique, il y a une commission qui sera mise sur pied et qui travaillera à la stabilisation et à la fiabilisation du processus électoral ; et plus généralement du jeu politique, dans ses différentes facettes, notamment en ce qui concerne les rapports entre le pouvoir et l’opposition, le financement des partis politiques, le statut du chef de l’opposition, le respect des droits et libertés démocratiques, etc. Le président Sall a fait un pas en avant, à travers l’option qui consiste à choisir des personnalités de grande compétence, expérimentées, sans coloration politique et ayant l’autorité et la crédibilité qui sied pour rassurer les uns et les autres, afin de conduire le dialogue politique dans le cadre de ladite commission. L’opposition également, dans le cadre du Front de résistance nationale, a répondu à l’appel. Tout va se jouer concrètement dans le dialogue politique au niveau de la présence de toutes les parties intéressées quant à la compétition démocratique au pouvoir ; au niveau de l’organisation et du fonctionnement de la Commission, et surtout, par rapport à la portée des résultats produits. Autrement dit, quel sort leur sera réservé.

Par rapport à cela, le président Sall a une grande responsabilité, car c’est lui qui a été élu président de tous les Sénégalais, et non pas celui d’un parti ou d’une coalition.

Selon vous, qu'est-ce qui explique ces absences ?

L’absence de ces ténors peut s’expliquer par le fait qu’Idrissa Seck et Ousmane Sonko ne veulent pas servir de faire-valoir au président Sall, car ils n’ont pas félicité le vainqueur de l’élection présidentielle du 24 février 2019, compte tenu de la manière dont le processus électoral a été mené en amont, souvent de manière unilatérale, sans concertation, avec notamment l’imposition du parrainage qui a exclu beaucoup de candidats à la candidature. En plus des atteintes aux droits et libertés de l’opposition et des opposants : interdictions persistantes de manifester, emprisonnement de Khalifa Sall dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, avec de forts relents politiques, de même que l’exclusion de ce dernier à la présidentielle, tout comme Karim Wade, exilé au Qatar depuis sa libération, dans des conditions nébuleuses non encore élucidées. Il faut dire également que le dialogue tel qu’il est organisé dans la phase de son lancement ressemble beaucoup à une opération de communication politique, dont les dividendes sont essentiellement versés au président Sall.

Quant au Pds, cette absence ne ressemble pas au style de Me Wade, qui a toujours privilégié la négociation et le compromis, mais jamais le radicalisme. Il a toujours relâché la pression lorsqu’elle était trop élevée. En 1974, il a accepté de créer un parti dit de contribution, et non d’opposition, ce qui était quand même un peu surréaliste, car ou on s’oppose ou on ne s’oppose pas ; la démocratie étant structurellement bâtie sur ce clivage. Mais il a utilisé ce subterfuge pour éviter de heurter trop brutalement les mentalités d’alors encore marquées par le pouvoir personnel du président Senghor. Me Wade a ensuite accepté l’idéologie libérale qui lui a été attribuée de force par la loi des trois courants en 1976, alors qu’il avait opté pour le socialisme travailliste inspiré de l’Angleterre et de la doctrine économique du mouridisme, tout en rejetant la dictature du prolétariat et l’athéisme. Me Wade a toujours aménagé des canaux informels ou formels de négociation avec le pouvoir, malgré toutes les épreuves qu’il a endurées. Ce fut le cas dans la crise politico-électorale de 1988 dans le contexte économique difficile de l’ajustement structurel ; en 1993 avec l’assassinat de Me Sèye et ensuite les événements violents du 16 février 1994, quand six policiers ont été tués lors d’une manifestation de l’opposition. Me Wade a rejoint à deux reprises le président Diouf dans des gouvernements de majorité présidentielle élargie (8 avril 1991-18 octobre1992 ; 1995-1997).

Il semble donc y avoir une certaine rupture par rapport au style de Me Wade qui, encore une fois, a toujours mis en avant le compromis, le dialogue et la concertation.    

  Oumar Sarr a "défié" Wade qui a décidé de boycotter ce dialogue. Peut-on s'attendre à une crise au sein du Pds ?

Il faut dire que le Pds traverse une crise de transition et de succession à la tête du parti. Me Wade, qui a un charisme hors pair et dont la personnalité est fortement liée au Pds, est d’un âge avancé, et il se pose la question de la relève. Me Wade semble avoir porté son choix sur Karim Wade qui a été le candidat du Pds à la présidentielle, mais qui n’a pas pu se présenter pour irrecevabilité de son dossier selon le Conseil constitutionnel, du fait qu’il n’est plus électeur, comme la loi l’exige, en raison de ses déboires judicaires à travers la traque détraquée et politisée des biens mal acquis. Mais si la situation n’est pas clarifiée pour qu’on sache clairement qui détient le pouvoir au Pds et comment partager le pouvoir dans le parti, celui-ci peut connaître encore des soubresauts et des scissions. 

Maintenant, qu'est-ce que le Pds doit faire pour éviter l'implosion ?

Le parti doit restructurer sa direction politique pour éviter l’implosion. Dans ce sens, Me Wade pourrait être le président du parti, une fonction prestigieuse et honorifique pour réguler au besoin l’organisation ; Karim Wade, le secrétaire général national, et d’autres dignitaires du parti qui ont une légitimité historique pourraient renforcer l’équipe en tant que secrétaires nationaux avec des domaines de compétences précisées. Cela pourrait constituer un équilibre pour éviter que les contradictions qui minent le parti ne dégénèrent. Cette solution me semble d’autant plus judicieuse que la plupart de ceux qui sont restés au Pds parmi les dignitaires et anciens compagnons de Me Wade, ont quand même cautionné le parachutage de Karim Wade et ont pris fait et cause pour sa candidature à la présidentielle du 24 février 2019, jusqu’à ce que celle-ci soit rejetée par le Conseil constitutionnel.

Cela signifie donc que dans le principe, ce n’est pas la position de pouvoir de Karim Wade dans le parti qui est refusée. Mais cette position a besoin d’être officialisée et institutionnalisée dans les instances de direction du Pds pour être mieux avalisée. Le reste, c’est une question de management des hommes, pour ménager les susceptibilités et permettre aux différents responsables du parti de pouvoir s’exprimer et se concerter, pour prendre les décisions engageant leur formation politique. 

Ce dialogue peut-il être un prétexte pour précipiter la libération de Khalifa Sall ?

Même si comparaison n’est pas raison, on peut constater que c’est après le dialogue national du 28 mai 2016 que Karim Wade a été sorti de prison ; d’autant plus que les pressions nationales et internationales devenaient de plus en plus fortes pour dénoncer le caractère arbitraire de sa détention. Dans le contexte actuel, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la libération de Khalifa Sall.

Mais avec les élections locales qui se profilent, il y a des enjeux politiques de taille, surtout pour le contrôle de la capitale. Le combat contre Khalifa Sall a été mené de manière très féroce, de telle sorte que des retrouvailles avec le pouvoir semblent hypothétiques. En effet, il a été emprisonné dans une affaire politico-judiciaire, son immunité parlementaire a été violée, de même que ses droits à la défense. Il est ensuite révoqué de son mandat de maire, recalé à la présidentielle du 24 février 2019, et radié de l’Assemblée nationale ! Après tout cela, peut-on encore le remettre en selle ? Acceptera-t-il d’être libéré juste pour être libéré, après cet acharnement politique et judiciaire, et à quelles fins ?

 



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