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Politique

TROIS QUESTIONS À MAMADOU LAMINE DIALLO DE TEKKI : " Il faut auditer la Senelec"

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TROIS QUESTIONS À MAMADOU LAMINE DIALLO DE TEKKI : " Il faut auditer la Senelec"

Mamadou Lamine Diallo fait partie de ces leaders politiques qui avancent lentement, mais sûrement. Il est à la tête du Mouvement "Tekki". Économiste de formation, nous l'avons interpellé sur les questions liées à l'agriculture, à la politique énergétique du Sénégal.Sa conviction est que la Senelec est victime d'une gestion politicienne.

Le Matin : Que vous inspire l'agriculture sénégalaise ?
 
M.L.D : L'agriculture au Sénégal est victime, à mon avis, d'une mauvaise politique publique. D'abord, parce que c'est une agriculture qui dépend de l'eau. Vous avez entendu parler de maîtrise de l'eau et évidemment, on n'a pas beaucoup progressé dans ce domaine. On a effectivement construit des barrages pour ça, mais il est clair que les superficies irriguées au Sénégal sont extrêmement faibles par rapport à la superficie irrigable. 

 Il y a, à mon avis, des errements dans la politique si nous devons parler de la dernière décennie et même avant.On est passé du programme agricole au plan d'ajustement structurel dans le domaine de l'agriculture. Quand le Président Wade est arrivé, il a annoncé certaines initiatives comme le maïs, le manioc, le sésame et j'en passe.  C'est le slogan de la Goana. 

En réalité, l'agriculture dans le monde progresse. Si on règle d'abord les problèmes du foncier, de l'eau, du financement, des semences et de l'apport de la recherche agricole.  Voilà les quatre éléments qui permettent d'augmenter la croissance du secteur.Je rajouterai certainement un cinquième élément, c'est l'électrification rurale qui est extrêmement importante.  

Dans ces 5 éléments, on n'a pas du tout progressé ou en tout cas, on n'en a pas fait des éléments stratégiques prioritaires pour développer l'agriculture. Par exemple, le cadastre rural n'est même pas fait au Sénégal. Or, on devait commencer par là. C'est le point de départ pour régler le problème du foncier. La maîtrise de l'eau reste limitée.  

En dehors des périmètres irrigués, l'idée des bassins de rétention est une vieille idée  qui a été mise en pratique par le gouvernement de l'alternance. En matière de recherche agricole, tout ce que l'Isra a pu réaliser est très peu utilisé dans le domaine. Le financement tourne en rond. Le financement de l'agriculture a toujours été un problème et s'est surtout limité au financement de la production arachidière.

En ce qui concerne le financement de la production du riz de la vallée, il y a beaucoup de difficultés. On  tourne encore en rond. Dans ce domaine, on a encore récemment annoncé une bande verte. La question du financement reste à résoudre.Avec l'électrification rurale, j'ai participé à la création de l'Aser pour qu'il y ait une agence spécialisée dans ce secteur.  

On n'avance pas beaucoup dans ce domaine. C'est la politisation excessive dans les directions stratégiques de ce pays qui est à l'origine de ça. C'est ce que je combats.  Autour de ces cinq éléments-là, on devrait constituer une politique économique destinée à accroître la productivité dans l'agriculture et à augmenter les revenus des paysans.

C'était un de nos axes de campagne. L'axe doit être mis vers l'augmentation des revenus. À cela, il faut avoir en tête un certain nombre de choses comme la fertilité des sols. Voilà à mon avis les composantes agricoles pertinentes. Évidemment, il faudra parler de l'élevage. L'élevage au Sénégal pose problème. Vous avez l'élevage traditionnel.

En face de cela, il faudrait développer un élevage plus intensif. Là également, il n'y a pas véritablement de politique systématique sauf le programme d'insémination artificielle qui a commencé sous Mamadou Lamine Loum et qui se poursuit aujourd'hui. Nous connaissons des problèmes de conservation de lait. Tout cela, pose en réalité le problème de l'entrepreneuriat rural.

 
Quelle lecture faites-vous de la crise énergétique au Sénégal, notamment avec la mauvaise passe que traverse la Senelec ?

 
La Senelec à mon avis, c'est un vieux problème. L'an 2000, le Sénégal avait un déficit de puissance de 100 mégawatts. On a traversé la dernière décennie avec beaucoup de problèmes dans l'électricité. On n'a pas beaucoup progressé dans l'investissement. Les bailleurs de fonds traditionnels avaient posé un certain nombre de conditions pour ce qui est de la Senelec.

C'étaient des conditions difficiles à satisfaire. En l'an 2000, le gouvernement de l'alternance a lancé un certain nombre d'initiatives. Aujourd'hui, nous sommes à un déficit de puissance de 100 mégawatts. La demande augmente même depuis lors quelque 200 mégawatts ont été augmentés au parc.

La Senelec reste confrontée à trois types de problèmes. Les premier est que la gestion de la Senelec reste politicienne. Le Conseil d'administration est nommé sur des bases politiciennes. La Senelec reste la société la plus importante du Sénégal. Si elle s'arrête, tout s'arrête. La production est stoppée. Pour nous, il faut une gestion citoyenne et patriotique de la Senelec.

À mon avis, c'est la chose la plus importante. Pour nous au Tekki, c'est la priorité des priorités. La deuxième chose est que la Senelec s'est engagée dans ce qui n'est pas son travail. Acheter des combustibles n'est pas sa mission. Il faut une meilleure connaissance du marché pour pouvoir s'approvisionner en combustibles.

Troisièmement, il y a un défaut de vision stratégique : comment résoudre les problèmes de l'électricité au Sénégal.  Le parc qui a été augmenté est essentiellement thermique. La seule chose qui marche, c'est Manantali qu'on partage avec la sous-région. Notre option, c'est trouver l'électricité.

La Senelec est mal gérée. Il faudra l'auditer. Le gouvernement est obligé d'injecter chaque fois de l'argent à la Senelec ou d'augmenter les tarifs. Le combustible coûte cher à la Senelec. C'est 60% du chiffre d'affaires.

 
Quelles sont les priorités immédiates pour le Mouvement Tekki" ?

 
Vulgariser la charte de gouvernance nationale issue des assises de 2009 constitue pour nous une préoccupation majeure. Nous sommes dans Benno Siggil Sénégal. Les jeunes ont été gagnés par la mentalité du "tebbi as" (gagner de l'argent à tout prix).  

Cela a été encouragé par le gouvernement de l'alternance. Elle a gangrené la société sénégalaise et détruit les valeurs sur lesquelles elle a été fondée. Il faut combattre cette mentalité. Les populations, notamment les jeunes qui prenaient les pirogues pour fuir le Sénégal, ne doivent pas se décourager. L'essentiel c'est d'arriver à construire des institutions auxquelles les gens ont confiance.  

Quand on a confiance à nos institutions, on estime qu'il est en ce moment possible de développer notre pays, d'avoir des politiques pertinentes et un mode de financement profond. C'est ça l'enjeu des prochaines années. Nous cherchons à convaincre les populations dans la proximité. Nous ne faisons pas beaucoup de bruits. Car tout ce qui est systématique, devient insignifiant.



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