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Sante

Poste de Santé de Grand Yoff II : Ici les femmes accouchent sans eau !

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Photo : Seneweb.com

Plusieurs personnalités politiques se crêpent le chignon à Grand Yoff pour se disputer les suffrages des populations. Lors des élections, elles sillonnent quartier après quartier et promettent monts et merveilles.

Le maire de Dakar, Khalifa Sall, l’ancienne Premier ministre et Envoyée spéciale du Président de la République, Aminata Touré, Adama Faye, le frangin de la première dame, Marième Faye, patronne de la si dépensière fondation « Servir le Sénégal »... sont tous de cette localité.

Et pourtant, dans ce quartier populaire de Dakar, des femmes y donnent la vie dans des conditions moyenâgeuses. La raison : le poste de santé de Grand Yoff II ne dispose pas du liquide précieux du fait d’une coupure décidée par la Société des eaux (Sde) suite à un cumul de factures de 1,6 million de FCFA. La maternité est ainsi privée d’eau depuis... 6 mois.

Une salle d’accouchement dans un état lamentable

Ici, les femmes qui peuvent se lever tôt pour aller accoucher ailleurs le font. Celles qui y sont contraintes s’y rendent, la mort dans l’âme. La salle d’accouchement est dans un état lamentable. On y trouve deux lits. Les portes et fenêtres sont béantes, laissant entrer de timides rayons de soleil. L’aridité du sol carrelé, du robinet et du lavabo informe nettement que de l’eau a cessé d’arroser cet endroit depuis un bon bout de temps. Des bassines vides, déposées pêle-mêle ainsi que l’atmosphère « embaumée » de sang, tiennent lieu de décor. Une situation qui n’émeut que les pauvres femmes qui, pour donner la vie, sont obligées d’aller plus loin, si leurs familles n’apportent pas elles-mêmes de l’eau. La Sde, non contente de couper le robinet, a même arraché le compteur, réduisant les activités de ce centre de santé qu’à des visites prénatales, et post natales et à des interventions en cas d’urgence absolue.

À l’arrivée d’un reporter de Seneweb, les sages-femmes sont regroupées dans une pièce, les patientes attendent patiemment leur tour de consultation, formant ainsi un carré autour d’un petit espace ensablé, orné de fleurs qui résistent encore au manque d’eau.

À cause du manque du liquide précieux qui perdure, les cas d’accouchements se font de plus en plus rares. La maternité ne dispose pas de ressources suffisantes pour acheter de l’eau tous les jours et en quantité suffisante. « Parfois, ce sont les parturientes qui amènent leur propre eau, pour pouvoir accoucher », explique une « Badienou Goxx ».

Un vieux de 60 ans se transforme en « livreur d’eau »

Sous couvert de l’anonymat, elle explique que cette histoire a commencé avec la hausse des factures d’eau depuis l’Acte 2 de la décentralisation. « Nous faisions notre possible pour payer les factures dues, mais on n’avait pas trop les moyens. Aujourd’hui, nous avons un nouveau maire qui nous aide beaucoup, mais la dette est au-dessus de nos moyens : 1 million 600 mille francs. Ce n’est pas facile à payer, considérant nos maigres moyens » dit-elle. Selon la Badienou Gox, le maire de la Commune de Grand Yoff, Pape Madiop Diop, leur est d’une grande utilité, « puisqu’il est en train de faire son possible pour résoudre le problème dont il a été tardivement informé ».

Pendant ce temps, le poste de santé compte sur la grandeur d’âme du voisinage pour fonctionner correctement, ou plutôt accomplir le minimum. C’est-à-dire un bon déroulement des accouchements, avec des matériels bien stérilisés et désinfectés.

Un homme assez âgé, frôlant surement la soixantaine, se charge également d’acheminer de l’eau au centre de santé de Grand Yoff pour permettre un fonctionnement minimal de cet établissement sanitaire. Les traits tirés par la fatigue, les vêtements mouillés, le vieux s’essuie le front, couvert de sueur. Il s’appelle Papa Ndiaye et officie comme gardien et chauffeur de l’ambulance de ce centre de santé. Pour « dépanner », il s’est transformé en « livreur d’eau ». Il part remplir les bassines et bouteilles et les transporte à l’aide de l’ambulance. Ce sont 2 barils de 200 litres et 37 bouteilles de 20 litres chacun qu’il part remplir tous les jours, le matin et le soir. « Cette eau n’est jamais suffisante. Si on fait le ménage avec, le reste ne peut pratiquement rien faire. C’est pourquoi je suis obligé d’y aller le soir aussi. C’est vraiment difficile. Je suis éprouvé », déplore le vieil homme.

Un des barils de 200 litres est affecté à la salle d’accouchement (au cas où il y a des urgences), l’autre est acheminé aux toilettes publiques. Des toilettes verrouillées à l’aide d’un cadenas, pour empêcher l’accès au grand public, lorsqu’il n’y a pas d’eau.

Quand le vieux Papa Ndiaye part chercher de l’eau, c’est le chef de Poste, une certaine Madame Bakayoko, qui passe à la caisse. « C’est elle qui me donne tout le temps l’argent pour acheter de l’eau. Mais, parfois le voisinage nous aide beaucoup » martèle le livreur d’eau.

Pendant ce temps, les autorités sont aux abonnés absents.



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