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1 an après la tragédie de Sangalkam : Les confidences de la veuve de Malick Bâ - « S’il y a une justice, j’espère que j’aurai l’aide qu’il faut»

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1 an après la tragédie de Sangalkam : Les confidences de la veuve de Malick Bâ - « S’il y a une justice, j’espère que j’aurai l’aide qu’il faut»

A quelques trois cents mètres à l’entrée du village de Sangalkam, un quartier non loti où les habitations se chevauchent. Dans cette agglomération, une demeure anonyme s’affiche au bout d’une impasse. Une maison sablonneuse envahie par des feuilles mortes de l’arbre planté au milieu de la cour. C’est là qu’habite Ndèye Coumba Fall, la jeune veuve de Malick Bâ tué par les Forces de l’ordre lors des manifestations contre le découpage administratif.

Aujourd’hui, elle est chez son père, une famille qui repose sur les épaules fragiles d’un vieux de 74 ans qui travaille à la Seras. A l’image de cette maison terne où le confort est un luxe et où il n’y a même pas de cuisine (la restauratrice prépare son repas sous le chaud soleil), la vie de Ndèye Coumba s’est assombrie depuis que son mari a reçu le projectile qui l’a envoyé de l’autre côté du monde des visibles. Dans cet entretien, celle qui est décrite par sa mère comme «courageuse» et «croyante» dit tout sur sa vie actuelle, son manque de soutien et son amertume contre ceux qui font de la récupération politique. Mais la chose à laquelle elle tient surtout, c’est la réparation du préjudice. Elle attend toujours que Dame justice redresse le tort qu’on lui a fait et que le bourreau de son mari soit enfin puni avec toute la rigueur requise.

Pouvez-vous nous dire comment vous menez aujourd’hui votre vie après la mort de votre mari ?

Je rends grâce à Dieu. Dieu ne m’a pas oubliée. Je me bats chaque jour, matin et soir pour trouver de quoi entretenir mes enfants et assurer leur éducation.

 

Qu’en est-il de l’éducation des enfants ?

Ce sont mes enfants. Leur éducation m’incombe. Je me bats chaque jour, en exerçant un petit commerce pour y parvenir. Il y a ma famille qui me soutient. Mon père et ma mère ne m’ont pas oubliée. A part eux, il n’ y a personne d’autre. Je vends quelques marchandises, essentiellement des parfums que je donne à crédit. En dehors de cela, on m’a trouvé un emploi de secrétaire à la communauté rurale.

 

Qui est-ce qui vous a trouvé ce travail à la communauté rurale ?

C’est le président de la Délégation spéciale. Sans son soutien je crois que les choses allaient être très difficiles pour moi. Il m’a beaucoup soutenue. Cinq mois après mon veuvage,  je n’ai vu personne venir m’apporter ne serait-ce que quelques morceaux de sucre. Je remercie Aly Khoudia Diaw, le président de la Délégation spéciale qui m’a apporté de l’aide au moment où j’en ai fort besoin.

 

C’est dire donc qu’il n’y a pas de l’aide venant de ceux qui ont fait beaucoup de bruit sur la mort de votre mari ?

Personne n’est venu m’apporter la moindre aide pour les enfants. Ils ont dit beaucoup de choses dans la presse. Si vraiment ils avaient fait tout ce qu’ils avaient dit, est-ce que je serai ici dans ces conditions-là ? Regardez bien là où j’habite !

 

Même Omar Guèye (ex-président de la communauté rurale) ne vous vient pas en aide ?

Je prends Dieu à témoin. Je m’occupe seule de mes enfants. Je n’ai vu personne d’autre.

 

Comment avez-vous vécu la politisation de la mort de votre mari ?

Ils ont tous utilisé le nom de mon mari, ses enfants et moi sa femme pour se donner en spectacle. Personne n’a apporté la moindre aide à la famille de Malick Bâ. J’ai toujours mal à chaque fois que je les entends prononcer le nom de Malick Bâ. Je suis une croyante et je ne peux pas me permettre de mentir. Personne parmi tous ces gens qui ont fait beaucoup de bruit et qui continuent d’en faire, n’a aidé la famille de Malick Bâ. 

 

Pourquoi avez-vous quitté le domicile conjugal pour venir vivre chez votre mère ?

C’est Dieu qui a décidé de la mort de Malick. Si ça ne dépendait que de moi, c’est mon mari qui allait m’enterrer. Si ça ne dépendait que de moi, tous mes enfants allaient porter le même nom de famille. J’ai toujours prié Dieu pour que tous mes enfants aient le même nom de famille. Il en a décidé autrement, je Lui rends grâce. Je suis encore jeune. Et c’est auprès de ma mère que je pourrais avoir tout le soutien nécessaire. Il y a des choses que seule une mère peut faire pour son enfant. Ma mère m’a toujours soutenue. C’est elle qui s’occupe de mes enfants quand je suis au travail.

 

Est-ce que votre belle-famille vous soutient ?

Les parents de mon mari ont toujours manifesté le désir de m’aider. Mais il se trouve qu’ils n’ont pas assez de moyens pour le faire. Je les remercie pour tout. Nous avons de bonnes relations.

 

Mais n’avez-vous pas reçu l’argent en provenance du Palais ?

Les gens racontent des histoires. Je n’ai pas vu d’argent. Vous n’avez qu’à faire le constat. J’aurais pu vivre mieux ailleurs qu’ici, si j’avais reçu cet argent. J’aurais pu me construire une maison avec cet argent. Ce n’est pas vrai.

 

Avez-vous reçu des explications de votre belle-famille ?

Nous n’avons rien reçu. Eux non plus n’ont rien reçu. On n’a pas vu d’argent. On n’a pas entendu parler d’argent. Si j’avais reçu une telle somme jamais, je n’abandonnerais mes enfants à la maison pour aller chercher de quoi vivre.

 

Où se trouve alors cet argent ?

Je ne sais pas. Peut-être que vous, vous pouvez me dire où est-ce que je peux trouver cet argent dont vous parlez.

 

Il paraît que cet argent est à l’origine d’un malentendu entre votre famille et celle de votre défunt mari ?

Que Dieu nous en préserve ! J’ai beaucoup de respect pour la famille de Malick Bâ. Il n’y a jamais eu de problèmes. Les gens racontent des histoires. Mes enfants appartiennent à la famille de Malick Bâ et je me battrai pour qu’ils le restent. Parce que si je fais du mal à un membre de cette famille, c’est comme si je l’avais fait à mes propres enfants. C’est le même sang qui coule dans toutes les veines. C’est une bonne famille et nous avons des relations en béton. (La maman de Malick est arrivée très triste alors même que l’interview se déroulait. Elle n’a pas voulu s’exprimer. Et à la fin, elle a été raccompagnée par Coum­ba Fall).

 

Qui pensez-vous, est à mesure de vous apporter toute l’aide dont vous avez besoin ?

S’il y a justice, j’espère que j’aurai toute l’aide qu’il faut. J’espère un dédommagement. J’ai trois enfants, je dois les éduquer.


Comment  Coumba Fall envisage-t-elle son avenir ?

J’ai grand espoir que Dieu ne m’abandonnera jamais. Je pourrai refaire ma vie. Que Dieu me préserve de la mendicité ou de toute autre façon de recherche de biens illicites destinés à mes enfants. Je demande à Dieu de continuer à me couvrir d’un voile de pudeur pour que je continue de vivre en toute dignité. Je me battrai pour éduquer dignement mes enfants.


Aujourd’hui vous continuez encore à réclamer justice pour Malick Bâ ?

C’est cela qui m’intéresse le plus. J’ai toujours demandé que justice soit faite. C’est mon souhait. Ce n’est pas normal qu’on tue un être qui vous est cher et que le bourreau continue à se promener et à vivre heureux avec sa famille. Pendant ce temps, tu galères avec ta famille. Les enfants te posent des questions et te sollicitent pour tout. Moi je n’avais pas l’habitude de donner. C’est mon mari qui faisait tout. On me prive de tout cela et le malfaiteur continue de se prélasser, ce qui me fait mal.

 

Croyez-vous vraiment qu’un jour viendra où le droit sera dit ?

J’ai entendu les gens dire que Macky Sall est honnête. Je lui demande d’ouvrir le dossier. J’ai espoir en lui. Perdre sa mère est difficile, perdre ses enfants l’est aussi, mais un mari occupe une place de choix chez sa femme. C’est la personne avec qui on partage le même lit, qui est un confident. Il est inoubliable et irremplaçable. Je ne pense pas pouvoir oublier Malick.

 

A vous entendre parler, c’est comme si vous n’êtes pas prête à vous remarier ?

(Elle coupe) non ! Je n’y pense même pas. C’est loin de mes pensées. Je suis plutôt préoccupée par l’éducation de mes enfants. Je n’ai besoin de rien d’autre. Seule leur réussite me préoccupe ! Que ce soit aujourd’hui ou demain, je retrouverai Malick, j’espère qu’avant je laisserai mes enfants dans un minimum de confort.


A votre avis qui devrait payer pour la mort de Malick Bâ ?

Le commandant Sarr est responsable de la mort de Malick Bâ. C’est lui qui a tué Malick Bâ. Il doit payer.

 

Comment supportez-vous le regard de la société ?

J’avoue que ça me dérange. Je ne souhaite pas que ma famille me présente comme la femme de Malick Bâ. Je préfère qu’en me présentant que l’on dise tout simplement que je suis Ndèye Coumba. Je voudrais bien être célèbre dans d’autres circonstances. Mais pas dans ces conditions-là.

 

La vérité sur les circonstances de la mort de Malick Bâ est diversement commentée ?

Je le vois encore. Ce jour-là Malick Bâ portait son blouson noir et blanc, des baskets, et ses écouteurs, me disant: «Coumba, entre…» Je veux profiter pour partir maintenant avant que les gens ne commencent à jeter des pierres. Il y a quelqu’un qui doit me remettre des fers. Arriver à la porte, il est revenu et s’est adressé à Aïcha, sa fille aînée, lui interdisant de sortir. Puis il est parti. J’étais sortie pour aller chercher du pain. Quel­ques instants après, j’ai entendu les gens crier. C’est vers 18 h que j’ai réalisé que Malick était bel et bien mort, avec les gens qui venaient me présenter leurs condoléances.

 

Et comment avez-vous vécu les premiers jours ?

C’est maintenant que je commence à réaliser que je pourrai continuer à vivre. Mais avant je ne pensais pas pouvoir vivre sans Malick. Je remercie Dieu, je Lui rends grâce.

 

FILIGRANE - Les sanglots de l’espoir*

Par Aminatou M. DIOP - Ndèye Coumba Fall, veuve de Malick Bâ tombé sous les balles de la Brigade de gendarmerie de Sangalkam partage ses peines. Elle livre les sanglots de sa mémoire pour réclamer justice. Au nom de son mari et de ses enfants. Au-delà de cette veuve, de ces orphelins de Malick Bâ, la mémoire collective des Sénégalais réclame justice. Ce sont des sanglots de l’espoir. Espoir que justice sera faite à la mémoire de son mari. Ces sanglots d’une mémoire où tambourinent des cas d’impunité. Une mémoire avide de justice pour effacer toutes ces larmes versées qui noircissent davantage les pages de l’histoire politico-judiciaire d’un pays nommé Sénégal. En particulier la page du mois de mai, qui traîne déjà le lourd fardeau de l’assassinat crapuleux de Me Babacar Sèye.

Cette mémoire collective pleure réparation. Réparation pour un homicide, un crime perpétré contre Malick Bâ, contre Sangalkam, contre toute une communauté, tout un Peuple. Et les nouvelles autorités n’ont point le devoir de rester sourdes à ces sanglots de la veuve de Malick Bâ. Non plus, elles ne peuvent faire l’aveugle devant cet urgent besoin de réparation.

Depuis une année aucune action judiciaire n’a fait écho aux plaintes et complaintes de la famille de Malick Bâ. Juste une sanction administrative contre un agent assermenté qui aurait tiré à bout portant, en ciblant la tête d’une personne. Indécent ! Même contre un manifestant, un débutant aurait choisi d’autres parties du corps.

Alors, par devoir de justice, le dossier Malick Bâ doit être ouvert, et diligenté. Plus qu’un droit c’est une obligation pour les autorités de diligenter ce dossier. Au-delà de la lutte contre l’impunité, ce serait rendre au corps humain sa sacralité et corriger un déni fait aux orphelins de Malick Bâ. Mais aussi restaurer l’image des Forces de l’ordre dans leur rôle de veille sur l’intégrité corporelle des personnes, même en cas de troubles à l’ordre public, qu’ils soient supposés ou réels.

Le meurtre de Malick Bâ ne peut et ne doit rester impuni. Il y va aussi du blason terni de Dame Justice. Sa robe fort salie par tous ces crimes restés impunis a besoin d’un nettoyage. A sec ou à grande eau, l’essentiel est qu’elle permette à la Justice de se réconcilier avec le Peuple pour qui elle se doit de rester une dame impartiale.

*Expression empruntée au titre d’un roman 

de Hamidou Dia



9 Commentaires

  1. Auteur

    Baba

    En Mai, 2012 (15:05 PM)
    OUI, que justice soit rendue dans cette affaire et dans les autres crimes. le criminel doit être arrêté et sévèrement puni. Aussi, l'Etat doit penser à assister la famille du défunt car c'est par la faute de cet Etat, en voulant découper par la force Sangalkam, qu'il y a eu mort d'homme. Donc, que justice soit faite et que la famille soit assistée !
    • Auteur

      Xeme

      En Mai, 2012 (18:34 PM)
      j’espère une convocation de l'ex maire de sangalkam, actuel ministre de l'assainissement pour un début de la justice.
  2. Auteur

    K

    En Mai, 2012 (15:14 PM)
     :sad:  :sad:  :sad:  :sad:  :sad:  :sad:  :sad:  :sad:  Malick que Dieu l'accueille dans son paradis éternel
    Auteur

    Waxoon

    En Mai, 2012 (15:48 PM)
    Tous les tueurs de manifestants pacifiques doivent rendre compte ici-bas ainsi que les donneurs d'ordre. Les familles des victimes doivent être indemnisées de manière conséquente. Ousmane Ngom, Arona Sy, le Général Chef de la Gendarmerie sont tous coupables, Si rien n'est fait contre ces assassins Macky le paiera cher !
    Auteur

    Gorakhouma

    En Mai, 2012 (20:31 PM)
    LE PREMIER QUI DOIT ETRE ENTENDU ESR CERTAINEEMENT OUMAR GUEYE QUI A DEMANDE AUX JEUNES DE SANGALKAM DALLER ATTAQUER LA BRIGADE DE GENDARMERIE ALORS QUE LE LUNDI PERSONNE NETAIT A LA COMMUNE. C EST LE DIMANCHE SOIR QUIL A CONVOQUE UNE REUNION POUR EMBARQUER LES JEUNES DANS SA BOULIMIE DU POUVOIR. IL VOULAIT UN MORT IL LA EU. NOUS JEUNES DE SANGALKAM NOUS EN AVONS MARRE DE LA POLITISATION A OUTRANCE DE SANGALKAM A CAUSE DE OUMAR GUEYE. NOUS NE SOMMES PAS DUPES. POURQUOI LE NOUVEAU REGIME NE DEMARRE PAS L4AUDIT DE SANGALKAM? LAISSONS MALICK REPOSER EN PAIX ET ESSAY ONS D AIDER SA FAMILLE. TOUT LE RERSTE NEST QUE BALIVERNE. ON NOUS AVAIT DIT QUAVEC LA DELEGATION SPECIALE ON VA TOUT PERDRE. CE QUI EST FAUX. ON NOUS DIT ENCORE QUE LE DECOUPAGE EST ANNULE CE QUI NEST PAS LE CASALORS BASTA LA PAIX
    Auteur

    Bambylot

    En Mai, 2012 (21:23 PM)
    t aa pas honte omar gueye .triste Dieu est grand.Qui a perdu ds tout sa?tant mieux y a la delegation speciale





    Auteur

    Kanigi

    En Mai, 2012 (21:40 PM)
    MACKY NOUS TE METTONS EN GARDE IL FAUT FAIRE LAUDIT FONCIER DE SANGALKAM. C TOUT CE QUE NOUS DEMANDONS. POUR LE RESTE C SIMPLE EST CE QUE UNE COMMUNE PEUT REDEVENIR SIMPLE VILLAGE
    Auteur

    Diop

    En Mai, 2012 (09:38 AM)
    C EST TOUT JUSTE POUR DIRE QUE DES HOMMES DE TENUE ONT TOUJOPURS ETE TUE SANS SUITE DONC CES DERNIERS N ONT NI PERE NI MERE EN SOMME TOMBES DU CIEL

    Auteur

    Gooruyande

    En Mai, 2012 (10:25 AM)
    @DIOP TOI, TU ROULES TOUJOURS EN CONTRE SENS DANS LA CIRCULATION. SI TU TE DROGUES,IL FAUT ARRÊTER. Que ce soit un civil ou un homme de tenue, chaque fois qu'il y a mort d'homme dans des circonstances anormales,les gens demandent que justice soit faite.C'est l'ETAT qui recrute, forme,donne des ordres aux hommes de tenue et les paie avec l'argent du contribuable.Ces derniers se doivent de protèger les civiles au lieu de les tuer parcqu'ils détienent les armes achetées par les fonds de ces mêmes contribuables.

    LA VIE HUMAINE EST SACRÉE NUL N'A LE DROIT DE TUER QUELQU'UN DÉLIBÉREMENT ET DE CONTINUER A VIVRE.
    Auteur

    Almuhans

    En Juin, 2012 (12:56 PM)
    COURAGE KUMBA!!!

    OUMAR GUEYE FO NEKK?

    MAIS KUMBA AP JULITT NGA ALORS, IL FAUDRA KE TU TE RE_MARIE SI....

    OUMAR GUEYE SAGGANE BAXOUL MBOKK. NJABOTT GUI SA BOSS LA...

    MALICK REPOSE EN PAIX AUPRES DE SEYDINA MUHAMMAD.

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