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COLLECTEURS DE TAXES DANS LES MARCHES : Un métier de dur à cuire

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COLLECTEURS DE TAXES DANS LES MARCHES : Un métier de dur à cuire

Etre collectionneur de taxe municipale ou Diouty n'est pas du tout repos. Mal rémunérés, exposés à la colère des commerçants qui les voient d'un mauvais œil, les Diouty n'ont que leur force de caractère pour tenir tête et faire leur métier.    

 

«C'est trop tôt, reviens plus tard !» C’est la réponse fournie par un commerçant au percepteur municipal, communément appelé Diouty au Sénégal. Ce dernier est venu prélever la taxe journalière de 150 francs Cfa auprès du vendeur qui se trouve au marché de l'unité 17 des Parcelles assainies. Indifférent face à l'inhospitalité du vendeur, Bakary Ngom (nom d’emprunt), le visage impassible, se tourne vers le voisin de ce dernier et pose un ticket sur ses marchandises. Et à l’image de son camarade, ce commerçant aussi ignore le percepteur municipal et son ticket. Ce dernier ne s'attarde pas, il continue son chemin vers un groupe de femmes. Il reviendra plus tard pour le recouvrement. «Ce métier n'est pas donné à tout le monde», confie Bakary. Qui est dans la perception municipale depuis quatre ans. Il sillonne les marchés de la municipalité des Parcelles assainies. Lui et ses camarades en ont vu de toutes les couleurs. Selon lui, les agissements de certains vendeurs frisent l'humiliation. Bakary raconte : «Parmi les vendeurs, il y a quelques uns, au lieu de nous remettre l'argent, préfèrent le jeter par terre, pour que nous le ramassons. Il faut être un dur à cuire pour réussir sa mission».

 

En survêtement de couleur rouge noire, sandales aux pieds, Bakary s'en va distribuer «ses» tickets à un groupe de femmes, assises en file devant l'entrée du marché. Contrairement aux deux premiers commerçants qui ont réservé un accueil singulier au précepteur, les femmes, elles, dans leur majorité, semblent mieux comprendre la mission de Bakary. Avec la plupart des dames, plaisanteries et éclats de rires ponctuent ses pérégrinations d'étable en étable pour déposer des tickets ou récupérer des pièces de monnaie. Mais, la bonne humeur du précepteur s'arrête nette au moment où il entre dans la partie réservée aux poissonnières. Il redoute cette partie du marché où règnent en maîtresses celles qu'il considère comme des «bergères allemandes».

 

Avec un soupir, Bakary monte les marches qui conduisent à l'antre des poissonnières. Il s'arrête à la première étable. C'est celle d'une dame à qui il avait remis un ticket. Cette dernière en plein marchandage avec une cliente ne lui prête pas attention. Le précepteur prend son mal en patience, et attend qu'elle termine sa transaction. Le sourire de la dame, qui éclairait plutôt son visage lorsqu'elle parlait avec la cliente, s'efface à la minute où elle daigne poser les yeux sur le collecteur. Sans se presser, la dame glisse la main sous la toile qui recouvre son étal pour y extirper un billet de mille francs tout mouillé et sentant le poisson qu'il tend à Bakary. Toujours imperturbable, il se saisit du billet qu'il essuie avec un mouchoir et le range dans sa pochette. Avant de prélever 75 frs Cfa équivalant à la taxe journalière. Bakary rend à la dame la monnaie. Il poursuit son chemin à travers les étals des vendeuses, prenant toujours son mal en patience quant l'une d'entre elles rechigne à lui remettre la taxe. Après les poissonnières, Bakary pousse un ouf de soulagement. «Ces femmes sont toujours les plus difficiles dans ce marché», explique-t-il en reniflant ses doigts qui gardent encore l'odeur du poisson. Il est 10 heures passées de quelques minutes, et le Diouty n'a pas encore fini de recouvrer les taxes. Il a encore des heures devant lui pour bien faire son travail.

 

Un salaire mensuel de 50 mille francs

 

«Il faut être très patient dans ce métier». C'est le conseil que donne Bakary. De taille moyenne, le teint clair, le jeune collecteur de taxe municipale a le sourire facile. Cette bonne humeur apparente est son arme contre les désagréments qu'il rencontre sur le terrain. En effet, le regard méprisant et les propos désobligeants de certains commerçants à son encontre, n'entachent en rien sa bonne humeur. «Si tu es une personne qui se fâche vite, tu ne dureras pas dans ce métier», avertit-il. Armé de sa patience, il part à l'assaut des commerçants qui le regardent toujours de travers. «Les commerçants ne me voient pas comme quelqu'un qui travaille, mais plutôt comme une personne qui vient les ‘truander’ tous les jours», dit-il, avec un sourire ironique.

 

A 42 ans, le sieur a déjà les cheveux qui virent aux poivres et sel. Ce métier de collecteur, Bakary ne pensait pas le pratiquer un jour. Il y a cinq ans de cela, il était commerçant. «Je revendais des produits que mon père rapportait de l'extérieur», dit-il. Mais, suite à quelques déboires qu'il souhaite taire, il a arrêté. Il chôme un certain temps, avant de répondre à une annonce de la mairie des Parcelles assainies pour devenir collecteur de taxe municipale. Il confie : «Je suis marié, père de trois enfants, et au chômage, alors pour garder ma dignité et celle de ma famille, j'ai répondu à une annonce de la mairie». Cela fait maintenant quatre années qu'il pratique ce métier. Ce, pour un salaire de 50 mille francs Cfa. Il reconnaît : «Ce n'est pas grand chose pour une personne qui a des charges». Mais, il ne se plaint pas. Au contraire, il rend grâce à Dieu : «Il y a nombre de personnes qui aimeraient être à ma place». Les pas alertes, Bakary papillonne entre étables et magasins, déposant des tickets ou attendant qu'on lui donne la taxe journalière. Même si le métier de collecteur de taxe municipale lui permet de garder sa dignité, Bakary rêve de changer un jour de métier qui lui apportera plus que ce qu'il gagne actuellement. Et c’est parce qu’il pense à «assurer l'avenir» de ses «enfants»


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2 Commentaires

  1. Auteur

    L S

    En Février, 2013 (08:06 AM)
    bon courage
  2. Auteur

    Brrrr

    En Février, 2013 (12:12 PM)
    Wanté nak bayil lén djokhé quittance tay, demain moitié prix pour sa poche et pas de quittance...gni kham khamnaniou gni khamoul monguinonou

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