Le problème des enfants vivant dans la rue est un phénomène social très préoccupant pour la plupart des pays de la sous-région. Le phénomène a subi des mutations diverses et s’est davantage complexifié, a souligné Ibrahima Diagne professeur d’Histoire et de Géographie.
A son avis, ce problème est inséparablement lié à « un contexte macro-social dû à l’effritement des rapports communautaires et familiaux, à la paupérisation accrue des populations des villes et des campagnes, à l’insuffisance et à la faiblesse du cadre législatif ».
Pour l’historien devenu inspecteur de vie scolaire dans l’enseignement moyen secondaire, « la lutte contre le phénomène au Sénégal se traduit par la mise en place d’institutions et de structures par l’Etat ». Ce qui traduit, dit-il, une volonté politique du gouvernement en matière d’encadrement et de protection de l’enfance. Cette volonté politique, poursuit-il, « est renforcée par l’adoption de textes législatifs et réglementaires en matière de protection des enfants.
Pour Ibrahima Diagne, c’est dans cette même optique de protéger cette couche vulnérable que le « projet de retrait des enfants de la rue » a été mis en œuvre par les autorités étatiques, le jeudi 30 juin 2016. Cela consistait à récupérer ces enfants dans les rues de la capitale et dans certaines grandes villes notamment Thiès. Mais, il constate que la mesure a été diversement appréciée quant à sa pertinence et sa portée dans un pays où la mendicité est entretenue par un environnement socio-culturel aux racines profondes.
Et de souligner que: « L’enfant semble être à l’intérieur du « triangle des Bermudes » ou au milieu d’un jeu d’intérêts qui ne dit pas son nom (entre les personnes qui envoient leurs enfants, celles qui offrent à ces mêmes enfants différentes sortes de produits ou offrandes ».
L’inspecteur de vie scolaire considère que l’Etat s’est arrêté en si bon chemin. Il rappelle les propos du directeur de la protection des droits de l’enfance et des couches vulnérables qui informait que les premières actions avait permis de récupérer 261 enfants dont 55 étrangers. Propos qu’il oppose à la décision issue de la rencontre tenue le jeudi 14 juillet 2016 entre le Premier ministre et la Fédération des associations des maîtres coraniques du Sénégal qui précisait que les talibés issus des daaras n’étaient pas concernés par la mesure.
L’inspecteur, coordonnateur du projet d’amélioration de l’éducation de base en Casamance (Paebca) de s’interroger: " De quoi ces enfants ont-ils besoin en termes de développement cognitif et personnel ? Cette demande d’éducation qui doit être exprimée par les enfants peut-elle valablement être offerte par l’environnement des gares routières, des stations d’essence ou encore des ronds-points ? Comme solution, il préconise un plan global susceptible d’aider à traiter non seulement les problèmes lorsqu’ils se reposent à nouveau, mais aussi et surtout, à les prévenir.
Pour ce faire, M. Diagne estime qu’il identifier les personnes et structures (parents, daaras ou autres) qui sont concernées par le phénomène, sensibiliser les parents et les responsables de daaras sur les axes majeurs et les enjeux de la mesure et renforcer les capacités des daaras pour une meilleure prise en charge des enfants se trouvant dans ces structures. Entre autres solutions, le coordonnateur du Paebca pense qu’il faut aussi organiser avec la communauté, une solidarité agissante en faveur de ces enfants, favoriser leur formation dans les ateliers de menuiserie, de mécanique ou autres structures d’apprentissage et développer des centres d’accueil pour les cas les plus complexes et enfin former les gestionnaires de ces centres pour une prise en charge correcte de ces enfants.
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