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Instabilité, manque de moyens, échecs massifs… : Ces maux qui gangrènent les universités sénégalaises

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Instabilité, manque de moyens, échecs massifs… : Ces maux qui gangrènent les universités sénégalaises
Les étudiants et les enseignants-chercheurs manifestent un grand pessimisme quant à l’avenir de l’enseignement supérieur en général et de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) en particulier. A leurs yeux, les maux qui gangrènent les universités sénégalaises sont nombreux et risquent de les perdre, si rien n’est fait. 

D’année en année, les universités sénégalaises laissent apparaître au grand jour les symptômes cliniques des difficultés dans lesquelles elles se débattent et qui les empêchent d’assumer la mission qui leur est assignée. Parmi ces maux dont souffre singulièrement l’enseignement supérieur, il y a les grèves récurrentes à l’origine de l’instabilité sociale et pédagogique, le manque de moyens humains, financiers et matériels, le pilotage à vue, un taux d’échec massif, une politisation des syndicats d’enseignants et des amicales d’étudiants, le chômage récurrent des jeunes diplômés, des chercheurs qui ne trouvent jamais… C’est dans ce contexte que de nouvelles universités et des Centres universitaires régionaux ont vu le jour à Thiès, Bambey et Ziguinchor. Ce qui fait dire au Dr Omar Niasse, porte-parole de l’Association des jeunes docteurs et doctorants (Adjd) du Sénégal, que ‘l’avenir de l’enseignement supérieur paraît flou, voire nébuleux, et les réformes et les orientations ont du mal à prendre forme’.

Les vacataires de l’Ucad ont posé, ce week-end, le débat sur ‘l’avenir de l’enseignement supérieur’. Pour échanger, il y avait d’éminents spécialistes de la question comme les professeurs Penda Mbow (historienne), Jeanne Lopis Sylla (chercheur à l’Ifan), Bouba Diop (médiateur de l’Ucad) et Mamadou Sangharé (mathématicien). De leurs constats, il ressort que l’enseignement supérieur, pour ne pas l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, souffre de plusieurs maux et auxquels il faut apporter un remède de cheval au plus vite. Parmi ces maux, il y a les grèves cycliques qui font perdre aux étudiants des centaines d’heures de travail par an, participant ainsi à ce que l’on appelle la baisse du niveau. Ce qui fait dire au Pr Sangharé qu’il a l’impression que l’Ucad est comme ‘une garderie d’adultes où l’on met les jeunes et les gens qui perturbent pour se débarrasser d’eux’. Résultat des courses, les universités sénégalaises sont plongées, chaque année, dans une instabilité sociale et pédagogique qui ne profite à personne.

La faute est, selon le Pr Mamadou Sangharé, à l’activisme de certains qui s’accaparent des ‘syndicats’ et des ‘amicales’ d’étudiants. ‘Ce qu’on constate aujourd’hui, déplore-t-il, c’est qu’il y a des jeunes qui, à leur première inscription à l’université, dirigent des amicales sans connaître les réalités de l’université. L’amicale, c’est une bonne chose, mais certaines d’entre elles sont dirigées par des gens sans expériences. Au niveau des syndicats aussi, certains n’ont pas la culture syndicale et se bousculent pour les diriger’.

A cela s’ajoute l’accès à l’enseignement supérieur des jeunes qui le souhaitent. En effet, le Sénégal est loin d’atteindre les normes de l’Unesco qui exigent que la population estudiantine soit équivalente à 10 % de la population. Ainsi, les universités sénégalaises ont fermé, l’année dernière, leurs portes à quelque 5 100 nouveaux bacheliers sans que cela n’émeuve les autorités. Un gâchis déploré par Momar Sanghé du Sudes/Section des universités. ‘C’est un drame’, dit-il. Selon le syndicaliste, il y a aussi une absence de volonté politique et un manque de planification des autorités. C’est la raison pour laquelle, il demande aux autorités de prendre très tôt les mesures idoines pour que cela ne se reproduise pas l’année prochaine. En fixant notamment un cahier de charges aux anciennes comme aux nouvelles universités pour caser tous les bacheliers de la curée 2009.

Au moment où l’accès constitue un casse-tête, la qualité de l’enseignement supérieur pose aussi problème. Le taux d’échec dans le supérieur traumatise plus d’un. Le taux de réussite est de 20 %. Parmi les raisons explicatives de ce faible taux de réussite, il y a le manque de moyens, la massification, le taux d’encadrement qui est très faible. A titre d’exemple, l’Ucad ne compte que 1 100 enseignants pour quelque 60 000 étudiants. Au même moment, plus de 5 000 doctorants et jeunes docteurs qui assurent les vacations, ne sont pas recrutés.

A cela s’ajoute un pilotage en vue de faire jouer à l’université sa mission en tant qu’une institution qui vit grâce à l’argent du contribuable sénégalais. Pour ce faire, le Pr Sangharé suggère que l’on puisse fixer aux universités une feuille de route et un contrôle strict des objectifs qui leur sont fixés. ‘On doit pouvoir contrôler l’université, pour dire si les objectifs sont atteints ou non. Il faut que l’Etat fasse des commandes et que l’université puisse être contrôlée’, suggère-t-il. Autant de problèmes qui font dire au conférencier et responsable du département de Mathématique de la faculté des Sciences que ‘la maladie commence à gagner l’université. On peut changer, mais si on tarde à le faire, l’irréparable peut arriver à tout moment’. Même son de cloche entendu chez le modérateur Bouba Diop, médiateur de l’Ucad, qui appelle de ses vœux à des ‘réformes profondes’, voire à ‘une révolution pédagogique’. Car pour lui, ‘il faut impérativement réformer le système qui a atteint ses limites. On ne peut plus reculer, il faut réformer, y compris les grades’, conclut-il.



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