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L’ESPACE CONJUGAL AU SENEGAL :Le drame des couples

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L’ESPACE CONJUGAL AU SENEGAL :Le drame des couples
Les couples sénégalais vivent de plus en plus un drame intérieur, écartelés qu’ils sont entre tradition et modernité. L’absence de communication accentue ce sentiment de malaise qui pousse le plus souvent les épouses, ou certaines d’entre elles, à aller consulter un psychiatre pour comprendre et surtout mettre un terme à un drame qui vous empoisonne la vie. Il semble que l’épouse porte sur ses frêles épaules la souffrance du couple. Epouser une femme revient à épouser sa famille, vice-versa. C’est pourquoi on peut se poser la question de savoir si le mariage est le lieu d’amour ou de liens de famille ?
La table-ronde sur « L’espace conjugal au Sénégal (réalités, diagnostics, dysfonctionnements, psychopathologies, thérapies…) » organisée à l’Ebad, le 29 juin dernier, a permis une tentative de réponse.

« Épouser une femme au Sénégal, c’est épouser parfois, ou même la plupart du temps, toute sa famille, de même se marier avec un homme, c’est aussi parfois ou même la plupart du temps, dépendre de diktats de toute sa famille ». C’est le constat fait par Ibrahima Sow, chercheur à l’Ifan, dans sa communication intitulée « Mariage : Lieu d’amour ou liens de famille ? », à l’occasion de la table-ronde organisée à l’Ebad le 29 juin dernier autour du thème « l’espace conjugal au Sénégal (réalités, diagnostics, dysfonctionnements, psychopathologies, thérapies…). Il estime que les alliances qui se nouent par le mariage ne sont pas forcément négatives dans la mesure où elles élargissent et raffermissent les relations du couple, même si elles restent parfois bien encombrantes. « En effet, au Sénégal, aucun couple ne peut prétendre faire fi des relations à entretenir, qu’il faudrait soigner, avec les membres de la famille du conjoint », souligne le chercheur.

Le « Xaala » pour assombrir davantage la nuit nuptiale

Ainsi, la cérémonie de mariage est, dit-il, un moment social, un événement, où les amitiés sont renouvelées, les alliances consolidées, les conflits et les rivalités de toute nature avivés. Suffisant alors pour que certaines précautions soient prises pour éviter des désagréments au couple dont, par exemple, le maraboutage des époux, du mari en particulier par une opération qui est dénommée xaala. Une pratique qui pourrait rendre le mari impuissant. Mais ce dernier peut contrecarrer le mauvais sort en ne portant pas de pantalon la nuit de ses noces.
« La peur de cette opération de xaala est telle que la retraite nuptiale des jeunes mariés est soigneusement cachée, et il est procédé à tout un rituel de dépistage de xaala avant la nuit nuptiale par des initiés en la matière. Ces initiés sont aussi bien ceux qui la pratiquent sur des sujets dont ils ont reçu instruction de le faire, contre paiement, que ceux qui la soignent. Le mari peut s’en préserver en payant ces individus commandités par un rival évincé ou jaloux », explique Ibrahima Sow. Et d’ajouter : « l’espace conjugal, dira-t-on, est un espace social total qui reste, certes, ouvert à des pratiques relevant de l’imaginaire, mais aussi à toutes les rivalités inter individuelles, à des enjeux inter familiaux ». Il devient ainsi un lieu que l’on souhaiterait être un espace d’amour ou du moins de relations amoureuses, mais qui, loin de n’être que ce nid de tourtereaux que l’on voudrait qu’il fût apparaît, constate le chercheur, comme un lieu de liens multiples aux nœuds inextricables entre des familles et des individus aux intérêts que l’on aimerait ou souhaiterait communs ou convergents.

Le mariage lieu d’amour ?

Donc, « le mariage, censé être en général un lieu d’amour ou un lien d’amour, est perçu le plus souvent comme un lieu de liens de famille, avec toutes les implications d’ordre psychologique et sociologique, religieux et éthique, économique et financier que la compréhension ou les conséquences de telles relations entraînent au Sénégal ».
Il donne raison au Pr Omar Sylla, psychiatre et thérapeute familial, par ailleurs, Directeur de l’Endess, dont l’intitulé de la communication : « Le couple sénégalais avec ses difficultés et la thérapie familiale » est assez révélateur.

Dans le couple, qui consulte le psychiatre ?

Les couples sénégalais souffrent ! Et souvent, c’est la femme qui prend l’initiative d’aller consulter un psychiatre pour éliminer un mal trop pesant, envenimant l’atmosphère conjugale. C’est du moins ce que révèle l’étude menée par le Pr Omar Sylla. « Le premier contact est beaucoup plus le résultat d’une référence soit par un gynécologue obstétricien, soit par un travailleur social, soit par un collègue psychiatre ou un psychologue. Mais de plus en plus, il répond d’une initiative prise par la conjointe (en général une intellectuelle) qui fréquemment, porte le symptôme (à préciser verbalement). Il n’y a que deux fois où l’homme, le mari, a décroché le téléphone pour demander un rendez-vous, non pour son couple ; mais pour son épouse déprimée ou agressive », dit-il

Quand la femme porte la souffrance des conjoints

Parmi les causes de consultations de ces femmes « perdues », il y a la détresse psychologie, la menace de séparation, les conflits avec la belle famille, les conséquences de conduite adultère et les mauvais traitements. Mais en règle générale, soutient le thérapeute familial, les troubles de la communication sont toujours présents.
Le psychiatre donne quelques exemples de femmes souffrant dans leur chair. C’est le cas de « Awa, la 2e épouse, jeune peu nantie et très endettée ; ibadourahmane, menacée de répudiation par un mari et qui parle d’amour en thérapie ». Quant à Fanta, la cinquantaine, 2e épouse, elle est « agressée dans son couple par ses enfants de 1ère noces qui dévalorisent le niveau socio économique de son mari qui en a pris ombrage; elle finit par faire une dépression majeure ».
L’histoire de Claire (Collègue de son mari) est celle d’une femme terrassée par une détresse psychologique importante. « Le couple est traversé par des troubles importants de la communication, compris qu’il est entre deux nuances extérieures pesantes : la mère de Claire ( femme tyrannique et psychopathe) et l’ex épouse du mari », explique le Pr Sylla.
Le dernier exemple, est celui de Bineta : « Cadre dans une société de la place, présente une stérilité primaire, mariée à un homme qui depuis son retour au Sénégal en 1992 n’a pas trouvé d’emploi et a fait habiter son couple dans la famille de son père et dans une grande atmosphère de conflits intra et extra conjugaux ».

Au nom de la stabilité du couple

En analysant ces cas pathologiques, le psychiatre en arrive au constat que la femme « porte le symptôme ». Et que « l’utilisation de l’approche systémique dans la thérapie de couple, la demande formulée par la femme reposent souvent sur la stabilité de son couple ». Ainsi donc, fait-il remarquer, l’espace de rupture aussi créé par ce tiers que sont le thérapeute et son cadre d’entretien, ouvre une possibilité de reconnaissance de la souffrance et du dysfonctionnement au sein du couple, sans lien d’alliance avec les conjoints. L’alliance est plutôt avec le couple. « Ce faisant c’est une autre entité qui fait surface, interpelle les perceptions et surprend les conjoints en ce sens qu’il y a une disqualification du comportement accusateur et une valorisation des capacités de changement soi-même pouvant induire le changement chez le partenaire », soutient le thérapeute familial.

Désir, attachement et intersubjectivité où êtes-vous ?


C’est comme si, souligne-t-il, « avec les couples sénégalais, le triangulaire désir, attachement et l’intersubjectivité (voir Delage), principales composantes de ce sentiment appelé amour, prenait effectivement l’aspect d’un triangle à base forte (attachement), de même que le côté désir, sexualité. L’intersubjectivité qui garantit l’intimité psychique, ne revêtant que peu de place au niveau social ».
Ainsi, à la lumière des souffrances examinées dans cet espace et du fonctionnement de ce cadre, le thérapeute familial a noté des limites communicationnelles relatives à l’expression verbale des sentiments par rapport au temps et à l’existence des relations médiatisées par les liens d’appartenance et les mythes. Mais, se demande-t-il, est-ce suffisant pour valider l’hypothèse du peu de place de l’intimité psychique dans l’espace conjugal et partant d’une faiblesse dans la différenciation ? Trop d’amour ou trop peu d’amour ?

La loi sacralise et formalise le mariage

Quant à Mme Nafissatou Diouf, elle inscrit ses questionnements au cœur du lien matrimonial.
Elle commence par une remarque : ne se marie pas qui veut. Cela est d’autant plus vrai que le mariage est enveloppé dans un formalisme précis (régi par des textes, le code de la famille notamment) et dans une sacralité qui a sa source dans la loi.
Le formalisme, dira l’avocate, fait que le mariage scellé entraîne des effets dont des droits et Obligations. Par exemple, des droits et devoirs pour les époux de s’entraider et de s’assurer mutuelle assistance ; des droits et devoirs de fidélité pour les époux
Mais pour Me Nafissatou Diouf, la « polygamie rend ce droit presque impossible pour les femmes, sauf la dernière de la liste qui ne devrait pas être inquiétée ».

Le mariage a aussi une fin : le divorce

Cette union si sacrée soit-elle peut connaître une fin, on parle alors de divorce. De quelle manière peut-on divorcer ? Comment passe-t-on de la simple intention de se séparer de son conjoint à la dissolution légale du lien conjugal ? Autant de questions auxquelles la juriste apporte des réponses. « Le divorce n’est pas toujours souhaité, de façon réciproque par les deux époux car dans la plupart des cas, il est prononcé, sur requête d’un des conjoints, par décision judiciaire. Au cas échéant, il appartient au Président du Tribunal Départemental de constater la réciprocité du consentement, première observation d’une procédure de divorce par consentement mutuel », précise-t-elle.
A noter qu’à chacune de ces deux formes correspond une procédure particulière mais les causes restent en général les mêmes aussi bien pour le divorce par consentement mutuel que pour le divorce par décision judiciaire.



1 Commentaires

  1. Auteur

    Allons Y Molo

    En Octobre, 2010 (18:36 PM)
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