Vendredi 23 Avril, 2021 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33

Societe

Les impromptus de l’Hémicycle

Single Post
Les impromptus de l’Hémicycle

C’est une défaite cuisante que la majorité libérale a subie, hier, lors de l’examen de la loi instituant la vice-présidence. Tout était pourtant en place pour que le président de la République et «ses» députés se tirent d’affaire brillamment. Une majorité de 131 députés sur 150. Un projet opposable au régime parlementaire que l’opposition veut instaurer en cas de victoire en février 2012. 

Une opportunité de procéder à une démonstration de force d’une telle ampleur que l’opposition en sera traumatisée pour longtemps. D’ailleurs, devant les jeunes du Parti démocratique sénégalais, Wade, qui avait par avance assuré de l’évidence de sa victoire, avait raillé ses adversaires. Il affirmait à un public, qui ne demandait qu’à le croire, que «le projet de loi les a tellement assommés qu’ils veulent aller se plaindre auprès d’Obama». Au final, c’est lui qui a été stupéfié par la tournure des choses au point de retirer cette arme fatale. Il est curieux que le président tienne si peu compte de la situation sociale du pays et du sentiment de frustration voire de colère qu’elle inspire à la population. C’est ce peuple qui est venu assiéger l’Assemblée nationale, pour s’assurer que ses représentants allaient faire bon usage des mandats qu’il leur a octroyés. Le déploiement du service d’ordre n’a pas impressionné les manifestants ni, non plus, la violence des charges policières. Il y avait quelque chose au-dessus de la peur. Par ailleurs, indépendamment de la détermination des manifestants, Wade savait qu’il jouait une partie risquée. Il ne pouvait pas faire de victimes après son voyage en Libye et le blâme qu’il avait adressé à Kadhafi, accusé d’être le bourreau de son propre peuple. 

Ce jeudi 23 juin 2011, les populations ont payé le prix pour établir un nouveau rapport au droit à la manifestation. Désormais, les interdictions souvent arbitraires de l’autorité administrative ne retiendront plus grand monde. Le peuple apprend à travers sa propre expérience. Et il apprend vite. De manière générale, le rapport aux institutions risque de changer en profondeur. Hier, tout le monde a compris que le député devait des comptes à la population qui l’a élu pour défendre ses intérêts. (En vérité, des députés ont également découvert que l’élu est au service de l’électeur et non du parti ou du leader auquel il fait allégeance).

 Demain, le Conseil constitutionnel qui se prononcera sur la recevabilité de la candidature de Wade devra aussi se rappeler qu’il rend la justice au nom du peuple. Le gouvernement sera jugé au résultat et à son utilité. Toutes les institutions vont de plus en plus faire l’objet de la même vigilance citoyenne. Il ne s’agira pas d’instaurer une dictature de la foule, mais de témoigner au citoyen les égards auxquels il a droit. À cet égard, l’histoire de la Constitution est édifiante. Votée massivement en 2001, elle était séduisante et comprenait des dispositions qui, à bien des égards, promettait des ruptures avec des pratiques que l’on considérait comme anciennes. Mais une fois adopté, le texte fondamental est placé hors de portée des électeurs qui l’ont voté. Désormais ce sont des députés affiliés à des partis politiques qui ont eu l’exclusivité de cette tâche. 

Commence alors un travail de démembrement du texte, vidé de sa substance et reformaté pour servir un régime, un homme, jusque dans ses ruses et ses techniques de reconduction au pouvoir. C’est ce qu’auraient fait, comme à l’accoutumée, les députés de la majorité qui, pour la plupart, s’en seraient donné à cœur-joie. Mais trois intrus se sont invités aux délibérations et ont fourni l’ordre du jour véritable de la session. La rue a imposé sa volonté en assiégeant l’Assemblée nationale et en exprimant clairement ses exigences. Les Assises nationales ont alimenté certaines diatribes par le biais de leur projet de Constitution devenue subitement digne de critique et d’attention. Enfin, l’opposition accusée d’avoir instrumentalisé ce chambardement a été abondamment interpellé. Un retour au sens des réalités.



0 Commentaires

Participer à la Discussion

Auteur Commentaire : Poster mon commentaire

Repondre á un commentaire

Auteur Commentaire : Poster ma reponse
Banner 01

Seneweb Radio

  • RFM Radio
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • SUD FM
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • Zik-FM
    Ecoutez le meilleur de la radio

Newsletter Subscribe

Get the Latest Posts & Articles in Your Email