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[Reportage] Malgré 75 cas de noyades : Des jeunes déferlent sur les plages de la mort à Malika et à Malibu

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[Reportage] Malgré 75 cas de noyades : Des jeunes déferlent sur les plages de la mort à Malika et à Malibu

Chassés par la chaleur d’étuve et le train-train quotidien, des habitants des quartiers de la banlieue déferlent sur les plages de la mort de Malika et Malibu. Ici, ils sont libres comme un poisson dans l’eau. À notre passage, aucune ombre des maîtres-nageurs et des forces de l’ordre ne plane sur les plages interdites. En attendant une nouvelle tragédie, les jeunes filles et garçons, des hommes et des femmes peuvent continuer à surfer sur les vagues qui ont déjà emporté des vies. Reportage.    

 

La plage de Malika fourmille. De jeunes garçons s’adonnent à leurs sports favoris : (football, lutte, handball)entre autres tandis que d’autres font trempette. Ils défient les vagues avant de ressortir pour y retourner quelques minutes plus tard. Il l’avoue, cette plage n’est pas recommandée. Mais ces jeunes n’ont pas le choix. Ils préfèrent alors défier la mort à cœur défendant. « Certes cette plage est dangereuse, mais nous n’avons pas le choix. Il fait très chaud et nous n’avons pas assez d’espace chez-nous, c’est pourquoi nous sommes venus pour nous baigner. Nous aimerions bien aller dans les autres plages où il y a la sécurité, comme Monaco, Voile d’Or, BCEAO ou autres mais c'est un peu loin et nous n’avons pas les moyens pour payer parce que là-bas ce sont les plages privatisées », se justifie l’élève.


Si certains sont là pour la baignade, d’autres sont venus pour tout simplement passer du temps et prendre de l’air. C’est le cas d’Amadou Kébé et ses amis. Ils sont là pour profiter de la brise.


« Nous ne sommes pas là pour se baigner. Nous savons que cette plage est dangereuse. Mais nous n’avons pas d’autres lieux pour conjurer la canicule. Il fait excessivement chaud dans les maisons et il y a aussi beaucoup de problèmes dans le pays, plus rien ne va, c'est pourquoi nous avons décidé de venir à la plage pour changer d’air, changer d’idées pour un peu oublier les problèmes et s’éloigner du stress», affirme, Amadou Kébé, d’un air décontracté.


Ici, à notre passage, aucune ombre des maîtres-nageurs encore moins des forces de l’ordre ne plane. Les baigneurs ont libre cours d’affronter des vagues et les courants à leur risque et péril. Toutefois, des jeunes animés par une bonne volonté ont monté une brigade de surveillance pour assurer la sécurité au niveau de la plage. Malgré tout,03 cas de noyades ont été enregistrés à la plage de Malika cette année selon les surveillants. Le tout récent date du 17 juillet dernier.


« Nous avons monté une brigade pour assurer la surveillance au niveau de la plage de Malika. Celle-ci regroupe des jeunes de la banlieue, qui se sont engagés d’une manière volontaire dans cette initiative. Nous n’avons pas de salaire, nous le faisons juste comme ça. Nous assurons la surveillance jour et nuit. Et à partir de 19 heures, nous refusons l’accès à toute personne qui veut se baigner.  Mais n'empêche, nous avons quand même enregistré trois cas de noyades pour cette année contrairement en 2022 où nous avions zéro cas de noyade », rapporte Mbaye Gadiaga, le président de la surveillance de la plage de Malika qui fustige toutefois un manque d’accompagnement dans leur mission.


Ces volontaires travaillent avec les moyens du bord. Ils lancent un appel aux autorités afin qu’elles participent à cette activité de préservation de la vie des jeunes. Ils ne demandent pas le ciel. Ils souhaitent être formés et dotés de petits équipements de sauvetage.


La plage de Malika est si proche et si loin de Malibu.  Pas de maître-nageur, ni de force de l’ordre encore moins de surveillants sur les lieux. Les baigneurs sont laissés à eux alors que cette plage fait également partie de la liste des sites où la baignade est interdite. Pourtant au large, la mer est agitée. Des jeunes surfent sur les vagues. Ils n’ont qu’une seule parole à la bouche : « Il fait chaud et nous n'avons pas d'autres lieux à fréquenter à part cette plage. Même si nous savons que cette plage est dangereuse, nous n’avons pas le choix»Loin des nageurs, Yacine Ly, une mère de famille âgée d'une trentaine, accompagnée de ses deux filles est venue prendre de l’air.


75 cas de noyades enregistrés


« Je viens de Pikine Tally Bou Makk avec mes deux filles. On est venu pour prendre de l'air parce qu'il fait excessivement chaud et on n’a pas d’espace ou prendre de l’air a part cette plage. C'est plus proche et ce n’est pas payant », lâche-t-elle.


Elle dit être au courant de l’interdiction de la baignade dans cette plage par le biais de la télévision. C’est pourquoi elle s’abstient de s’aventurer dans l'eau. Au sujet de la recrudescence des cas de noyades dans les plages, Yacine invite l'Etat du Sénégal à respecter les mesures qui ont été prises pour lutter contre les cas de noyades. En cette période de canicule, c’est par vagues que les habitants de la banlieue dakaroise déferlent sur les plages où l’on ne trouve pas des forces de sécurité, ni des maîtres-nageurs. Ces derniers ne sont présents que les week-ends. « On se pose la question de savoir où sont passées les mesures que l'Etat avait prises pour lutter contre les cas de noyade? Que le gouvernement sache que la banlieue fait partie de Dakar. Nous ne pouvons pas comprendre qu'ils privatisent et sécurisent les autres plages qui sont en ville au détriment des plages de la banlieue. C’est injuste. Nous réclamons une sécurisation des plages de Malika et Malibu car nos enfants n’ont pas les moyens pour se rendre dans les autres plages privatisées », argumente-t-elle.


Joint par Seneweb, Ibrahima Fall, le président des maîtres-nageurs du Sénégal a dressé un bilan catastrophique. Selon lui, plus de 75 cas de noyades ont déjà été enregistrés cette année au niveau des plages. Au surplus, il rappelle que la baignade est interdite aux plages de Malika et Malibu. Toutefois, il se rend à l’évidence que cette interdiction ne peut pas être respectée à la lettre car ceux qui habitent cette zone ne peuvent pas se rendre dans d’autres plages qui sont privatisées.


Pourtant en 2021, un bilan macabre sur les cas de noyades avait provoqué la réaction du Président de la République. Le Chef de l’Etat, avait à l'époque pris des mesures fermes en demandant aux Ministres en charge de l’Intérieur, des Forces armées et des Collectivités territoriales d'assurer une meilleure sécurisation des plages et de veiller à l’interdiction systématique de baignade au niveau des plages non autorisées.


Toutefois, la ville de Dakar fait de son mieux pour prévenir les noyades. Malgré tout, les noyades se multiplient. Ces décès remettent au goût du jour la mise en œuvre des mesures prises par le gouvernement pour enrayer la noyade.

 




1 Commentaires

  1. Auteur

    Lucide

    En Juillet, 2023 (10:28 AM)
    La faute à tous les gouvernants et les corrompus qui ont laissé disparaitre tous les espaces, terrains de foot, etc. dans les quartiers au profit de "promoteurs immobiliers"/marabouts/mosquées....

    Aucun espace dans les quartiers pour les jeunes (ou adultes), tout a été volé et construit......il n'y a meme plus d'arbres dans nos quartiers et devant les maisons. Comme il ne reste plus (pour le moment) que les plages, ils vont y aller en masse, et malheureusement on aura toujours des noyades!

    .
    • Auteur

      Reply_author

      En Juillet, 2023 (13:10 PM)
      C'est faux. La faute aux citoyens qui préfèrent tous venir s'agglutiner comme des abeilles dans une ruche à Dakar alors que le pays dispose de vastes étendues de terre à mettre en valeur. 
      La faute aux citoyens qui pratiquent à une vaste échelle la polygamie contribuant à l'explosion démographique qui dégrade l'environnement par une utilisation irraisonnée des ressources naturelles. 
      La faute à une jeunesse qui ne conçoit son avenir que l'emploi public dans des bureaux climatisés et qui a horreur des métiers et d'entreprendre.
      La faute à la presse qui fait croire aux jeunes que L'Etat est responsable de leur réussite ou echec.
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