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MEDINA- GOUNASS : Une cité religieuse victime d’une démographie galopante et dépourvue de tout

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MEDINA- GOUNASS : Une cité religieuse victime d’une démographie galopante et dépourvue de tout

Le soutien aux écoles coraniques existant pour en faire des établissements modernes et autonomes et véritables centres islamiques et d’enseignement, l’amélioration substantielle de l’espace qui abrite le « daaka » (retraite spirituelle), le développement des services sociaux par de nouvelles infrastructures structurantes de base dans la santé, l’hydraulique et l’assainissement. Voila les fortes doléances de Médina Gounass, la cité religieuse de 50 mille âmes, malade véritablement d’un essor démographique fulgurant. Un foyer qui s’apprête à accueillir, dans moins d’un mois (du 10 au 19 avril prochains), les milliers de fidèles qui viendront pour la célèbre retraite spirituelle.

Le minaret de la grande mosquée de Médina Gounass, visible à plusieurs kilomètres, plante le décor. Medina Touat, village équidistant de Médina Gounass et Mandat-Douane, est déjà derrière nous. Mais Medina Gounass traîne son aura derrière sa renommée. Les rares femmes rencontrées sont enturbannées et vont à la recherche de l’eau. Sur la nationale pénétrante, se prolonge la construction du corridor Dakar-Labe Conakry. Les échoppes achalandées laissent leur trop plein de marchandises sur la véranda.

Ici tout est démesure. La mosquée enduit de coquillages informe sur la période de finition. Les va-et-vient sont continus et le seul centre d’intérêt est la maison du khalife.

Faisant le pied de grue dans les antichambres, les sandales et babouches retirés plusieurs mètres avant la pièce, les fidèles attendent que leur tour pour se laisser faufiler et approcher le maître des lieux. Nous atteignons la première loge grâce à l’entregent de ses proches. Le khalife est attentif sur l’objet de notre visite. Sa seule préoccupation-question qui s’ensuit est déclinée par un sentiment d’œuvrer pour l’épanouissement de ses populations. Homme de Dieu, le guide religieux, d’une voix tout de douceur, laisse son cœur s’exprimer.

Un lieu d’adoration divine

« Quant mon père feu Mouhamadou Saïdou Bâ, fondateur de Medina Gounass en 1935, a atteint cette localité contigüe à la zone tampon du parc national Niokoloba, il n’y avait qu’une forêt dense où les animaux de la grande faune régnaient en maîtres absolus. Serpents, lions, buffles et éléphants étaient dans leur domaine de prédilection. Avant son arrivée déjà, la bénédiction s’est emparée de ces lieux pour sécuriser les nobles ascètes. Mais comme il fallait s’y attendre, l’implantation s’est faite avec des difficultés. Mon père et ses compagnons ont bâti ces localités à la faveur des prières et la force du travail, un sacerdoce caractéristique de ce peuple de fidèles. Les difficultés n’ont pu être surmontées que par la grâce de Dieu. Le seul but du fondateur était, en effet, d’œuvrer pour la religion islamique et une quête effrénée du Seigneur », rappelle le chef religieux. Mouhamadou Saïdou Bâ avait quitté le Fouta natal pour Saré El Hadji, dans le Kolda, où il était venu à la quête de nouvelles expériences et approfondissement de la théologie. Le Thierno de Saré El Hadji avait demandé, selon lui, avant sa disparition, à Mouhamadou Saidou de continuer sa mission ici ou sous d’autre cieux selon le bon vouloir du seigneur. La situation l’a ainsi poussé à inspecter ces lieux. Ainsi, en quittant Saré El Hadji, certains fideles venus en quête de spiritualité de la Guinée Bissau et la Guinée Conakry l’ont naturellement suivi. En 1936 d’autres fidèles suivront la première vague. Le vénéré Mouhamadou Saïdou Bâ sera, selon son fils et son actuel khalife, visité par d’autres fidèles du Boundou et du Fouta.

L’actuel centre religieux est l’épicentre des 51 villages qu’il a lui-même créés. Et dans chaque village, il a laissé une mosquée, une école coranique et un imam. Le nombre de mosquées qu’il a édifiées atteint 93 dans la zone ouest africaine. Le guide religieux, originaire du Fouta, a fait ses humanités à Thilogne auprès de Thierno Baba Talla.

51 Villages ad hoc

C’est après qu’il prend le chemin du Sud pour Kolda où il retrouve Seydi Aladji Thiam, père de l’actuel imam de Madina, Ousmane, qu’il avait lui-même désigné à cette fonction de son vivant. Seydi Aladji Thiam était établi à Madina Aladji, à 17 km de Kolda. Il rencontre également le père de Thierno Mansour Barro, Thierno Ahmed, à Kolda. Celui-ci était également un grand érudit qui l’a renforcé dans sa quête de formation religieuse, selon son petit-fils Ibn-Oumar Bâ. « Thierno Ahmed Barro et Seydi Aldaji Thiam ont été ses marabouts et guides. Les enfants de ceux-ci étaient très jeunes au rappel à Dieu de leurs pères. C’est ainsi que Thierno les a récupérés. Il a été leur guide, marabout et éducateur. Les trois familles sont devenues une.

L’avènement de la décentralisation

Le khalife Thierno Tidiane Ba s’est, dès le rappel à Dieu de son père, fixé pour mission de terminer la mosquée entamée par son père et surtout veiller à accueillir les nouveaux fidèles qui venaient s’installer dans les maisons gracieusement mis a leur disposition. Medina Gounass acquiert rapidement le statut de communauté rurale. En 1989, avec l’avènement de la décentralisation, le foyer religieux se distingue en payant au moins à 90% la taxe rurale. La cinquantaine de villages ah hoc applique la même rigueur religieuse que Medina Gounass. Le khalife a milité pour un plan de développement urbain pour faire face au développement fulgurant, à la démographie galopante. Il s’agira d’œuvrer, pour lui à une extension rapide de la ville. Le flux de personnes qui viennent s’installer, exacerbe les difficultés. Aussi, le khalife met en avant la voirie et l’assainissement.

Le village de 12 mille âmes laissé par le vénéré El Hadj Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ, épouse aujourd’hui les contours d’une ville avec ses cinquante mille habitants. C’est ainsi que de nouvelles exigences pour ce centre religieux se font jour. Il ne peut passer sous silence le réaménagement de la cité en réalisant la voirie et un réseau approprié d’assainissement. Son fils Thierno Mahamadou Jalaldinou Bâ lui emboite le pas pour se faire l’avocat des populations des zones enclavées durant la saison hivernale, des quartiers comme Falang, Missira et Salah. Pour atteindre Gounass, ils font des détours de 2 à 3 km pour pouvoir accéder à la mosquée, la résidence du Khalife et le marché.

Un poste de santé pour 50 mille âmes

La demande de la mise en place d’un centre de santé est sur toutes les lèvres. « Un poste de santé avec un seul infirmier d’Etat, une maternité avec une sage femme pour plus de 50 000 habitants », renseignent pour le regretter, les populations. D’autant plus que Gounass polarise de nombreux autres villages. La capacité d’accueil est très insuffisante, car il arrive des moments où des patients se couchent sous les arbres aux alentours du poste de santé, faute de lits suffisants, ajoutent nos interlocuteurs. Sur place, la maîtresse sage femme avec ses 8 matrones ploie sous la charge de travail. La brave dame est la seule sage femme dans tout l’arrondissement de Bonconto. Mme Diédhiou dit éprouver d’énormes difficultés pour le suivi obstétrical des femmes en état de grossesse, faute d’échographie. La maternité aussi est devenue trop exiguë et commence sérieusement à se dégrader malgré son jeune âge car construit il y a seulement 10 ans. L’autre problème évoqué est inhérent à la possibilité de maintenir, durant la saison des pluies, des stratégies avancées dans certains villages comme Missira Ouba et Sadatou se trouvant du côté du parc à cause des mauvaises voies de communication. Donc la construction et de l’équipement d’un centre de santé se posent avec beaucoup d’acuité. Ici seul le cinquième de la population parvient à se ravitailler correctement en eau avec le deux forages. Pour Mouhamadou Rafiou Sow, l’un des proches du Khalife, chargé de l’organisation de la retraite spirituelle, la cité s’agrandit de jour en jour, les besoins en eau sont énormes surtout durant le « Daaka » et le forage est en panne. Aussi, insiste M. Sow sur la nécessaire réalisation d’autres ouvrages hydrauliques et l’extension du réseau d’adduction d’eau.

Agriculture et commerce

A Médina Gounass, tout le monde s’occupe. On est soit agriculteur, éleveur, pêcheur soit commerçant. Avec l’importance du cheptel, se pose le problème pour les éleveurs de pâturages. Les surfaces cultivables se sont considérablement rétrécies du fait de l’extension rapide de la cité religieuse qui se trouve coincée entre la forêt classée située du côté du village de Mandat Douane et la zone tampon du parc national du Niokolo Koba. Le Khalife entend moderniser ses exploitations agricoles et vaincre les souches pour mettre fin au difficile exercice de les dessoucher de façon manuelle


OUVRAGES CONNEXES DU CORRIDOR DE 1,3 MILLIIARDS : Pistes, forages, marchés, gares routières... en chantier

A la croisée des routes agricoles et pastorales et d’échanges commerciaux, le corridor Dakar Tambacounda-Gounass-Labe-Conakry va permettre la réalisation d’ouvrages connexes financés par la Banque africaine de développement (BAD), pour un coût global de 1, 38 milliard de francs CFA. Il est prévu des ouvrages connexes composés de 85 kilomètres de pistes rurales, de trois forages, d’un marché, d’une gare routière, de murs de clôture ou de latrines pour sept écoles primaires. Medina Gounaass, la terre religieuse, est servie par un forage, de 8km de bitume pour le retour du Dakka et la rocade de sécurité du village, entre autres doléances pressantes du khalife.

C’est le visage de Mandat -Douane qui va se transformer dans le cadre de la réhabilitation de la route Tambacounda - Médina-Gounass. L’Etat par le biais de l’Agence autonome des transports routiers, selon Jules Tsogbé, le chef de la mission de contrôle du corridor Dakar - Tambacounda - Médina-Gounass va mettre en place un marché et une gare routière à côté du carrefour en Y. Dans de village Darou Salam Mandat, il s’agit de mettre fin à l’encombrement de la chaussée tous les jours et qui s’exacerbe lors des marchés hebdomadaires. En plus de la construction du marché, le réaménagement d’un rond-point et l’élargissement de la chaussée vont être effectués et mettront fin du coup aux stationnements des véhicules le long de la routes.

La réalisation d’infrastructures sociales, notamment la construction de murs de clôture ou de latrines dans des écoles, concerne les localités de Gouloumbou, Médina-Gounass, Darou-Salam-Manda, Médina-Pakal, Missirah, Afia Mbemba et Mbemba-Niama. Les autres bénéficiaires des retombées de cette route sont les localités de Mandat-Douane, Touba- Gouloumbou, Médina-Gounass, Médina-Pakal, Afia Mbemba, Bemba-Niama selon M. Tsogbé. Mamoudou A. Camara, directeur des travaux de l’entreprise Sintram-Houar, chargée de la réhabilitation de la route Tambacounda - Médina-Gounass, soit 66 kilomètres, a déclaré que les pistes connexes concernent le tronçon allant de Gouloumbou à Koar dans la zone bananière, sur une distance de 35 km, celui reliant Médina, Sibikiling et Nétéboulou, long de 20 km, et l’axe Saré Déla-Kouriantine (17 km).



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