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MODERNISATION DE L’ETAT CIVIL : Le parcours du combattant des Dakarois

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MODERNISATION DE L’ETAT CIVIL : Le parcours du combattant des Dakarois

La recherche de papiers administratifs n’est pas une chose aisée à Dakar. Les conditions difficiles de travail des agents et l’état de délabrement avancé de certains locaux, font que l’Officier d’état civil et son équipe ne sont pas les mieux lotis dans l’attelage administratif du pays. Enquête sur un secteur important, qui mérite à coup sûr une attention toute particulière de la part des autorités.

Lundi 25 Octobre 2010, 10h10, Tous les chemins mènent aux lieux de travail. D’aucuns se dépêchent pour honorer leur engagement, d’autres attendent de trouver un coup de baguette magique pour gagner leur vie ! Il règne pourtant une atmosphère particulière au Centre d’état civil des Parcelles Assainies dans la Banlieue. Des citoyens venus à la recherche de ces papiers indispensables pour maintes raisons sont assis gentiment sur les bancs prévus pour leur confort. Ceux qui n’ont pas de place se résignent à rester debout en attendant un éventuel siège libéré. Le nombre des documents cachetés par l’officier du centre d’état civil, Abdou Cissé, est un baromètre éloquent pour montrer le volume de travail du Chef du bureau, en dépit de la cacophonie occasionnée par les laveurs de voitures d’à-côté.

Conditions de travail difficile

Après quelques minutes à faire le pied de grue, M. Cissé décide de nous ouvrir son bureau, qui est dans un état de délabrement avancé. « Ca suinte de partout », tonne-t-il. Et dans ce fatras, il faut faire des recherches « Je suis obligé d’aller vers les archives », lance le patron des lieux, regrettant dans la même veine, l’absence du réseau informatique, mais aussi, le peu de lumière. Quant à la ventilation, n’en parlons même pas. Ce qui est à l’origine de pas mal de désagréments. « Nous devons travailler les week-ends pour satisfaire les sollicitations. Or, nous ne pouvons pas nous permettre de faire des erreurs. Le tribunal nous envoie des vérificateurs pour cela », témoigne ce compagnon de Mbaye Ndiaye, ex-maire des Parcelles Assainies. « Pendant l’ouverture des classes, vous ne pouvez pas entrer ici », indique M. Cissé qui demande désormais aux élèves de venir un, voire deux mois à l’avance. « Cela nous facilitera le travail », souffle l’ancien militaire. Le voir faire avec les moyens du bord, est un spectacle peu encourageant dans un pays qui aspire à la modernité. D’autant que les murs du Centre laissent apparaître les rigoles creusées par les eaux de l’hivernage. « Les salles sont exiguës, seules deux d’entre elles ont la lumière », fait remarquer Abdou Cissé, qui constate avec dépit qu’il manque de meuble de bureau adéquat ! « 15 millions peuvent suffire pour l’informatisation du Centre », ajoute-t-il, avant de se demander pourquoi les autorités tardent à réagir afin de réhabiliter cet espace de travail. Pour lutter contre les fausses déclarations et éviter aux citoyens de se déplacer à l’intérieur du pays dans le but de chercher ces papiers administratifs, Abdou Cissé est partisan de l’informatisation des données des états civils et de l’interconnexion. De son côté, le maire de la commune des Parcelles Assainies, Moussa Sy fait savoir que la réfection des locaux est inscrite dans le budget de fonctionnement de la municipalité 2010-2011. « On ne peut pas manipuler le fichier de l’état civil comme ça », répond M. Sy qui ajoute qu’ils attendent le vote de la Loi des finances à l’Assemblée nationale.

Cap sur le centre d’Etat-civil de l’hôpital Principal. Les mêmes lamentations nous y accueillent. Le doyen Adama Thiam « gémit » que les agents travaillent même les jours de congé pour satisfaire la clientèle. Et que malgré ce sacrifice, il n’y a pas d’émoluments conséquents pour encourager le personnel. « Nous n’avons droit à aucun avantage. On gère l’état civil des présidents, des ministres, des magistrats, des électeurs. Et nous, on manque de tout. Il n’y a pas de motivation. On ne peut pas se développer sans un état civil moderne. Quand vous allez à keur Madiabel, à Kaolack, c’est la même chose. L’Etat civil est le parent pauvre de l’administration sénégalaise », dénonce avec amertume le doyen Thiam. Travaillant dans des conditions peu confortables, à l’ère des nouvelles technologies et du numérique, ces Centres d’état civil comme les autres délivrent une masse insoupçonnée de documents indispensables aux citoyens. Il s’agit des bulletins de naissance et certificats de décès , des extraits de naissance aux permis d’inhumation, en passant par les copies littérales d’acte de mariage, les certificats de mariage constatés ou célébrés (au Centre Principal, près de Gaspard Camara), les certificats de vie individuelle, de vie collective, d’invalidité, de divorce ou de résidence et les actes de reconnaissance et avis de mention. « Nous avons reçu des échos comme quoi nous travaillons bien et il n’y a pas de file d’attente. S’il n’y a pas une grande affluence, on libère très tôt les usagers », se réjouit M. Thiam.

Cet habitant des Hlm Grand Médine ne dira pas le contraire. Interrogé, M. Faye déclare qu’il y a du mieux au Centre d’état civil des Parcelles assainies. « Et le Centre est plus proche », ajoute notre interlocuteur. Khadidiatou Ndiaye ne partage pas cet avis. Portant un nouveau -né sur son dos, elle affirme habiter à Nord Foire. « J’habitais les Parcelles Assainies, mais nous avons déménagé entre temps. On m’avait demandé de venir le vendredi à 16 heures. Je suis encore là lundi en train d’attendre », confirme la maman.

Généralisation de l’outil informatique

A Golf Sud par contre, pour cause de réfection de ses locaux, le Centre d’état civil est abrité par le foyer des jeunes de la commune. Les murs sont vraiment décrépits. Et l’informel envahissant dénature le milieu. Heureusement, la mairesse de la commune, Aïssatou Sow Diawara, selon les témoignages recueillis sur place, a repeint tant bien que mal les façades du centre. Samba Dia, l’officier d’Etat civil et l’agent de l’état, Assane Boye, promettent de retourner dans leurs nouveaux locaux en fin de semaine. Mais, la remarque de M. Dia est sans équivoque. « Les conditions de travail ne sont pas réunies. S’il y avait l’informatique, il n’y aurait pas de problème. Nos locaux ne sont pas fonctionnels », révèle Samba Dia. Malgré cette caricature de la géographie de leur Centre, le maître de céans avance que son équipe délivre chaque matin les papiers à qui de droit. Les difficultés survenant en période d’ouverture des classes. La recherche des références dans les registres est d’une importance capitale, de peur de faire une boulette administrative. Et la personne qui se présente sans connaître les données exactes de son acte d’état civil n’arrange pas le travail du personnel. Par contre, M. Dia demande aux élèves de se rapprocher très tôt des lieux, pour éviter le grand « Rush » ! Par ailleurs, le chef du centre montre avec fierté les recettes des timbres délivrées par la perception municipale estimées à 1.920.000 entre mai et décembre 2009. Les deux officiers d’Etat civil, Abdou Cissé et Adama Thiam constatent que si leurs Centres peuvent encaisser de telles sommes sur les timbres, les agents, eux, n’en bénéficient pas. « On retourne directement ces recettes à nos maires », notent-ils.

Grand Dakar, l’exception

Le Centre d’Etat civil de Grand Dakar est l’un des plus anciens centres de la capitale. Créé vers les années 1870, ce lieu a refait sa mue, grâce à des partenaires, informe le chef du service de l’Etat civil de la Ville de Dakar, Mame Tanor Ndoye. Son bureau n’a rien à voir avec ceux qui nous avons visités auparavant. Tout y est dans un ordre presque impeccable et les heures d’ouverture, de pause et d’arrêt de travail respectées à la lettre. Un jour, raconte M. Ndoye, une personne lui avait dit ceci : « Toi, tu donnes le complexe à tes collaborateurs ». Tellement ses locaux sont nickel. Néanmoins, Mame Tanor Ndoye affirme qu’il est scandalisé quand il entend dire que notre état civil n’est pas fiable. Il constate que généralement, ce sont les politiques qui tiennent ce genre de discours. Alors qu’ils n’ont pas vérifié. Pour lui, l’informatique pourrait être une aubaine, à l’image de quelques pays du Maghreb. Selon M. Ndoye, il y a un problème d’organisation, d’infrastructures, de qualification du personnel, d’approvisionnement au niveau des états civils de manière générale. « C’est un problème multidimensionnel », avance-t-il. Dans sa liste des manquements constatés çà et là, il y a aussi l’absence de groupe électrogène en cas de coupure. Ce qui entrave forcément la rapidité de l’exécution des dossiers. Il met à nu l’utilisation des faux documents que nous voyons pour l’obtention des papiers d’Etat civil. « On demande l’annulation s’il s’agit d’une irrégularité », déclare un magistrat sous le sceau de l’anonymat. Les usagers regrettent que parfois des agents leur demandent de verser « le mandat » pour que leur papier soit vite traité. « Il faut refuser cela », peste le doyen Adama Thiam, Officier d’état civil à l’hôpital Principal.



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