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Naufrage le Joola : Un journaliste retrace sa folle journée du 26 septembre 2002 à Ziguinchor

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Naufrage le Joola : Un journaliste retrace sa folle journée du 26 septembre 2002 à Ziguinchor
Journaliste-communicant, par ailleurs ancien correspondant du Journal Le Populaire à Ziguinchor, Aliou Cissé a décidé de partager sa douleur et ses émotions ressenties, le 26 septembre 2002. Date à laquelle, le bateau « Le Joola » a chaviré aux larges des côtes gambiennes. Bilan officiel : 1864 morts, 600 corps sans vie retrouvés et 64 rescapés. Faisant ainsi de cette tragédie, la catastrophe la plus terrible de l’histoire de la navigation depuis la seconde guerre mondiale. Aliou Cissé raconte ici sa triste et dure journée.

« Ce 18ème anniversaire me replonge dans les réminiscences d'une journée particulièrement cauchemardesque et chaotique. Vous réveillez en moi et malgré moi les souvenirs de ces instants pathétiques collectivement vécus dans une solidarité forcément agissante parce que commandée par une épreuve unanimement ressentie. »

« Vous me replongez dans les premières heures de cette matinée grisâtre chargée de signaux impénétrables par les esprits innocents qui habitent nos corps pêcheurs et ingrats. Nous étions à sud FM Ziguinchor précisément au niveau du télécentre qui était le lieu de convergence des représentants des différents organes de presse de la région dont certains sont allés rejoindre certainement heureux les naufragés auprès de leur Seigneur nous l'espérons bien, satisfait d'eux. C'était du temps où notre seule rédaction était Ziguinchor, la Casamance et notre seul souci, jouer notre partition pleine et entière dans l'entreprise nationale de pacification du flanc sud de notre cher Sénégal. »

« Des confrères commençaient à recevoir des coups de fil d'informateurs et d'autorités qui… »

« Des confrères commençaient à recevoir des coups de fil d'informateurs et d'autorités qui leurs passaient des messages auxquels leur conscience refusait de croire. L'atmosphère est pesante, l'angoisse tétanisante. On cherchait à se convaincre que cela était impossible ! Le bateau le Joola a fait naufrage ! Chacun y allait de ses théories les unes moins pertinentes que les autres. »

 Et lorsque la catastrophe est confirmée, le désespoir et l'amertume furent tels que je me surprends contrairement à ma nature, en train de débiter des insultes des plus infâmes contre le médiateur du populaire d'alors. Parce que lui également, incrédule et certainement foudroyé par la catastrophe, se mettait à théoriser sur les conditions possibles de naufrage d'un bateau. »

« Je lui ai alors sèchement répliqué '' m..., Maimouna Diop est dans le bateau et toi tu...'' et je lui raccroche au nez. Maimouna Diop était l'assistante du Directeur de publication du populaire. Qui, pour la première fois venait de fouler le sol ziguinchorois pour passer les quelques jours qui lui restaient de son congé avec son époux Thierno Birahim Fall, actuel Directeur de publication l'Agence de presse sénégalaise (APS) alors enseignant au CEMT de Ziguinchor. »

« L’épouse du Dir pub de l’Aps Thierno Birahima Fall était dans ce bateau avec son unique fils »

« A cet instant, c'était la seule personne parmi toutes mes connaissances dont je suis informé de la présence dans le bateau. Je souffrais terriblement de la savoir parmi les victimes en compagnie de leur seul et unique fils, Mohammed qui, 2 jours auparavant fêtait son premier anniversaire en pompe dans les locaux du Populaire. »

« Tétanisé et déboussolé, j'ai fait 4 fois le trajet Sud FM - Tilene où vivait Thier, son mari pour les intimes, sans avoir le courage d'entrer dans la maison et de croiser son regard. J'y suis parvenu à la cinquième tentative et je n’ai pas pu tenir 5 minutes devant lui. »

« Au port de Ziguinchor où je me suis ensuite rendu par devoir professionnel malgré mon angoisse et l'état dans lequel j'avais trouvé Abdourahmane Thiam qui nous annonçait la perte de son frère, mais aussi Landing Diémé de Sud quotidien qui avait accompagné ses trois neveux dans le bateau finirent de m'anéantir. »

 « Et lorsque le gouverneur de la région d'alors Monsieur Mame Biram Sarr me tint par les épaules et me souffle à l'oreille les secrets des mystères d'Allah , je me suis surpris de voir mes larmes perler sur mes joues en souvenir de ce qu'il nous disait lors d'un Comité régional de développement (CRD) spécial qu'il avait convoqué au mois de mars 2002 et au cours duquel il avait essuyé toute sortes de critiques y compris les miennes lorsque je le tournais en dérision dans les off du Populaire en écrivant que '' le gouverneur de Ziguinchor se donne le don de communiquer avec Dieu''. Car lors de ce fameux CRD, il prédisait l'arrivée imminente et inéluctable d'une catastrophe nationale qui nous tomberait par les eaux. »

« Une de mes sœurs, ses jumeaux, un cousin… et '' Ndioublang '' étaient aussi dans le navire… »
 
« Plus tard dans la journée, j'ai appris que mon mécanicien préféré qui reparaît ma moto et que j'appelais affectueusement '' Ndioublang '' était dans le bateau, de même qu'une de mes sœurs avec ses deux jumeaux, un cousin dans l'équipe de football Mamadou Marème Diallo, l'ancien joueur de la Jeanne d'Arc de Dakar, Michel Diatta, entre autres. »

« Nous n'avons pas le droit d'oublier ces proches qui nous ont quittés de façon aussi brusque et brutale. Nous avons l'obligation de méditer sur les conditions et les causes et conséquences de leur disparition mais aussi de prier pour le repos de leurs âmes. Tout en croyant à la promesse selon laquelle ceux qui meurent par le feu ou par noyade ou en donnant la vie sont considérés par Allah comme des martyrs et en conséquence des hôtes du paradis.

Qu'il plaise à ALLAH qu'il en soit ainsi. »


12 Commentaires

  1. Auteur

    En Septembre, 2020 (21:43 PM)
    QU’ALLAH SWT RÉCONFORTE LES CŒURS MEURTRIS ET COUVRE DE GRÂCE AUX DISPARUS.
  2. Auteur

    En Septembre, 2020 (21:47 PM)
    • Auteur

      Reply_author

      En Septembre, 2020 (21:54 PM)
      texte rondement bien écrit. très belle plume. je connais pas ce journaliste. mais il est bon
    Auteur

    Amadou

    En Septembre, 2020 (22:04 PM)
    Aliou toutes mes condoléances qu'Allah le tt puissant accueil l'ensemble des victimes du joola dans son paradis firdaws
    Auteur

    Défenseur

    En Septembre, 2020 (22:07 PM)
    Oooh la vie soyez encore plus forts car c'est une perte qui fait partie de la vie
    Auteur

    Bado

    En Septembre, 2020 (22:27 PM)
    Mon cher Aliou

    Merci pour cette belle plume et ce rappel douloureux de notre passé mais qui restera présent dans nos esprits.

    Merci pour ton soutien indéfectible à Ziguinchor Assistance Médicale.

    Mes salutations et hommages à ton confrère Ibrahima GASSAMA
    Auteur

    En Septembre, 2020 (23:23 PM)
    Et ce jour la l'ancien cemga babacar gaye a préfèré aller faire la bamboula a Saint louis au lieu de déclencher les opérations de sauvetage



    Honteux



    Scandaleux



    Paix a leurs âmes

    • Auteur

      Reply_author

      En Septembre, 2020 (19:48 PM)
      reviens sur terre. s'il y'a quelqu'un dont la responsabilité est en cause c'est bien abdoulaye wade. dans un autre pays, il serait poursuivi pour meurtres. heureusement que ce naufrage n'a pas eu lieu sous magistère de macky sall, on aurait eu droit à un tsunami de plaintes, insultes et aboiements.
    • Auteur

      Reply_author

      En Septembre, 2020 (19:48 PM)
      reviens sur terre. s'il y'a quelqu'un dont la responsabilité est en cause c'est bien abdoulaye wade. dans un autre pays, il serait poursuivi pour meurtres. heureusement que ce naufrage n'a pas eu lieu sous magistère de macky sall, on aurait eu droit à un tsunami de plaintes, insultes et aboiements.
    Auteur

    En Septembre, 2020 (00:42 AM)
    Ce texte est simplement bien écrit. Voilà c'est que c'est le journalisme.
    Auteur

    Falou Dieng

    En Septembre, 2020 (01:21 AM)
    Aliou cisse le raciste,tais toi sale indépendantiste. Salopard
    Auteur

    Volai414

    En Septembre, 2020 (09:12 AM)
    UN PARDON DEVENU IMPOSSIBLE

    18 ans, c’est le temps que le Sénégal aura pris pour tirer un trait sur le JOOLA. Est-ce donc un hasard que cela arrive à l’âge supposé de la maturité ?

    Si nous étions une Nation normale, le 26 septembre serait une journée collective de prières ou (et) de souvenirs . Cette date nous a, en effet, fait entrer dans l’Histoire par la mauvaise porte en battant un record funeste par notre encrage dans l’indiscipline. Nous avons choisi le 18ème anniversaire de notre naufrage collectif le plus douloureux pour sortir de cette Histoire par une autre mauvaise porte, par un silence assourdissant : l’oubli et la dérobade des lâches qui se dédouanent de toute responsabilité.

    Ce 26 septembre 2020, était donc la journée de dame Aïda Diallo, Siki Diabaté, des préparatifs du Magal, de la politique chez nos voisins et de bien d’autres sujets que nous chérissons pour occuper nos « esprits » spécialistes en tout. Même les religieux se sont montrés aphones pour demander des prières. La politique et le people sont plus vitaux pour nous sénégalais. Même le premier des sénégalais n’a pas daigné faire une allusion sur le sujet en ce jour qui a marqué toute une Nation. Du moins, c’est ce que nous avions fait croire quand le drame s’était produit. Le souhait d’un journaliste de SENEWEB dont je tairai le nom (mais qui se reconnaitra) a été exhaussé : le JOOLA et ses morts ont été enterrés sans sépulture et sans demande de pardon, dans un quasi mépris.

    Le pacte qui lie à jamais ces morts à leurs familles ne sera lui jamais enterré par personne. Il y en a qui ont le pardon facile et les autres. Je fais certainement partie des autres et je vais l’assumer. Je suis sénégalais et je le reste. J’avais aussi rêvé de transmettre cet héritage à mes enfants et petits enfants pour qui j’avais gardé secrètement mon dernier passeport et ma dernière carte d’identité de sénégalais. Je souhaitais qu’ils n’oublient jamais cette appartenance et qu’ils en soient fiers. Mais comment être fier d’une patrie qui ne montre aucun signe de fierté ? Comment vouloir appartenir à un groupe sans valeurs collectives de dignité et d’amour-propre.

    Ce 18ème anniversaire n’aura pas enterré que des morts du JOOLA. Il aura aussi tué la « sénégalité » d’au moins un qui croyait, à tort, par orgueil et vanité, que rien ne le mettrait à mal avec sa patrie mère. J’espère, du fond du cœur être le seul dans ce cas car ce n’est pas facile. Quand on en finit plus de prendre des KO, c’est qu’il est temps de quitter les rings.

    • Auteur

      Deugg

      En Septembre, 2020 (10:47 AM)
      @volai414
      très touché par votre désespoir ! but, never give up, brother. never.
      c’est justement ce qu’ils (ceux qui ont la charge de diriger ce pays, pour moi, ce sont les seuls responsables) veulent !
    • Auteur

      Reply_author

      En Septembre, 2020 (11:04 AM)
      bonne chance avec ta nouvelle nationalité. nous nous demeurons sénégalais, malgré tout.
    • Auteur

      Reply_author

      En Septembre, 2020 (11:28 AM)
      bravo, parce que vous avez encore le courage et l'énergie de faire une aussi belle juste analyse sur cette nation !
      moi, j'en ai plus ce temps là.
    Auteur

    En Septembre, 2020 (09:40 AM)
    J'en ai les larmes aux yeux après avoir lu ce texte. Trop de souvenir qui ressurgissent 18 ans après. Je n'oublierai jamais ce matin tragique. Mes amis et copains de lycée partis à jamais.
    Auteur

    Da

    En Septembre, 2020 (12:05 PM)
    Paix à leur Âme et que la Terre leur soit légère.Amine
    Auteur

    Diouf El-hadji

    En Septembre, 2020 (14:21 PM)
    Merci pour ce témoignage. Que toutes ces âmes reposent en Paix.

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