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PHENOMENE DES LUTTEURS VIDEURS ET NERVIS : Ces muscles mis au service des stars

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PHENOMENE DES LUTTEURS VIDEURS ET NERVIS : Ces muscles mis au service des stars

Le 22 décembre 2011, des nervis s’étaient attaqués à la mairie de Mermoz-Sacré-cœur dirigée par le jeune socialiste Barthélemy Dias. Bilan : un homme tué. Dès les premières heures qui ont suivi ces évènements tragiques, des pensionnaires d’écuries de lutte ont été indexés...

 

Ils ont été mouillés jusqu’au cou. Un fait loin d’être inédit. Pas du tout. Des lutteurs sont souvent cités dans des actes dignes de nervis ou de grands bandits. Pourtant, la lutte est réputée être une passion et une discipline qui fait bien vivre ses pratiquants. Du moins, certains d’entre eux. Des champions de la trempe de Yakhya Diop «Yekini», Balla Gaye 2, Mohamed Ndao «Tyson», Modou Lô, Eumeu Sène… en sont de parfaites illustrations. Malheureusement, à côté de ces champions qui font la fierté de l’arène sénégalaise, il y en a qui ne gonflent leurs muscles que pour aider à solder des comptes. On les appelle les nervis. D’autres gros bras qui scotchent l’arène sans combat vendent leurs muscles en servant de videurs dans des boîtes de nuit. Walfadjri jette un coup de projecteur sur un phénomène de société !

 

NERVIS, MILICIENS, MERCENAIRES, GORILLES… Dangers d’un phénomène grandissant

 

Fripouilles, mercenaires, miliciens, gorilles… Les qualificatifs ne manquent pas quand il s’agit de parler de cette catégorie de gros bras que l’on désigne par le terme «nervis». Il s’agit en fait de jeunes gens recrutés par des tiers pour des services divers. Souvent, ils sont recrutés pour servir de gardes du corps à des personnalités célèbres (stars, hommes politiques, sportifs…). Ceci, moyennant une rémunération, bien sûr. Mais, ils sont le plus clair du temps, recrutés pour solder des comptes, servir d’«hommes à tout faire», accomplir de sales besognes. Et c’est là que ces gros bras qui bandent leurs muscles dans l’arène servent de chair à canon sans le savoir.

 

Les nervis se distinguent par leur forte corpulence, leur physique imposant et impressionnant qui force le respect… Le lieu de recrutement privilégié demeure, sans conteste, l’arène et ses alentours. Les écuries sont alors les lieux indiqués pour recruter ces gros bras. D’autant que les lutteurs qui brassent des millions dans l’arène se comptent du bout des doigts de la main. Aussi, n’est-il pas rare de voir un «gorille» collé derrière une personnalité. Bombant le torse, il cogne à tout va pour les beaux yeux de son boss. Les exemples foisonnent. Depuis son agression par un député membre du Parti démocratique sénégalais (Pds), l’avocat El Hadji Diouf s’est attaché les services du lutteur Khadim Ndiaye de l’écurie Thiaroye. De son côté, le milliardaire Cheikh Amar s’est choisi comme garde rapprochée le lutteur Malick Niang.

 

«Lutteurs-nervis» et justice privée

Le phénomène des «lutteurs-nervis» encourage-t-il la justice privée ? Bien malin qui pourrait y répondre ! En tout cas, de gros bras de l’arène sont régulièrement chargés de faire régner l’ordre à la place des éléments de l’Etat habilités à le faire. Un exemple patent. Lors du procès des jeunes du parti Rewmi, leur mentor Idrissa Seck avait effectué le déplacement au tribunal. Et ses gardes du corps en ont profité pour faire régner l’ordre dans la salle d’audience à la place des gendarmes préposés à cet exercice. La réaction du juge fut sans appel : «Mais vous-là, vous êtes qui ? Vous êtes des agents de sécurité ?», demanda le juge. Avant de lancer : «Gendarmes, qu’ils dégagent !» L’instauration d’une justice privée repose donc le débat sur le monopole de la force légitime. La loi dispose que l’Etat a le monopole de la force et de la violence légitime.

 

En clair, cela signifie qu’il ne doit pas exister une autre force privée hormis celle constituée par l’Etat. A savoir la police, la gendarmerie nationale, l’armée nationale… C’est donc une lapalissade de dire que la justice privée est bannie par la législation sénégalaise. L’on indique que cette situation est plutôt proche de l'état de nature dans lequel il n'existe pas de règles de société. C'est-à-dire, dans les sociétés primitives. Dans ce cas de figure, c’est l’organisation de l’Etat qui est exposée. Elle court le gros risque de disparaître pour laisser la place à un autre type de société. «L'exercice de la justice est un pouvoir régalien de l'Etat. C'est pourquoi, la justice privée est généralement mal considérée», analyse un juriste interpellé à ce sujet.

 

Malgré l’interdiction formelle de la loi de l’instauration d’une milice privée et en dépit de l'adage selon lequel «nul ne peut se faire justice soi-même», le phénomène des nervis demeure et persiste au Sénégal. Et les écuries de lutte où des centaines, voire des milliers de jeunes passent leurs journées à s’entraîner sans être sûrs de trouver un combat, participent à développer le phénomène.

 

Légende : Le maire socialiste Barthélemy Dias se défendant contre une attaque de nervis.

 

ILS ONT DIT… ILS ONT DIT… ILS ONT DIT…

 

THIERNO KA (CHARGE DE COMMUNICATION DU CNG) - «La plupart de ces lutteurs n’ont pas de licence»

«Nous n’avons pas de charge pour ces lutteurs. Le Comité national de gestion de la lutte s’occupe tout simplement des lutteurs qui sont en activité et qui sont en règle avec nous. C’est-à-dire, ceux qui ont une licence. Maintenant, tous ces lutteurs qu’on a cités dans ces problèmes, aucun d’eux n’a une licence délivrée par le Cng. Le seul cas que nous avons connu, c’était il y a trois ans, lors du saccage des quotidiens l’As et 24 Heures Chrono (le lutteur Mbaye Tyson faisait partie des nervis qui ont saccagé les locaux de ces journaux, ndlr). Pour cette affaire, nous avions pris des décisions à l’endroit de ce lutteur. Nous avions suspendu sa licence. D’ailleurs depuis lors, il n’a pas lutté. Voilà des genres de cas où le Cng peut agir. C’est-à-dire, si un lutteur qui est en règle avec le Cng commet des infractions qui méritent une sanction, il est du devoir du comité de retirer automatiquement sa licence. Maintenant, le malheur est que la plupart des lutteurs qui font ces actes se réclament de la lutte alors qu’ils n’ont pas de licence.»

 

MARX MBARGANE, ANCIEN LUTTEUR - «Les acteurs de la lutte doivent donner une bonne image»

«Aujourd’hui, tous les amateurs de la lutte se désolent de ce phénomène qui prend de l’ampleur. La lutte est un sport noble comme tout autre sport. Les acteurs doivent présenter une bonne image de la lutte. Alors, ce qui s’est passé, il y a deux ans avec l’attaque de la mairie de Mermoz-Sacré-cœur provoquant même la mort d’un lutteur (Ndiaga Diouf a été tué lors de cette attaque, ndlr) est regrettable. Ces choses-là ternissent l’image de la lutte. Le malheur, c’est que les politiciens utilisent ces lutteurs pour un laps de temps, surtout la veille des élections. Après les élections, vous ne les voyez plus, encore moins les joindre par téléphone. Alors, les lutteurs doivent réfléchir avant d’agir. Il faut que les lutteurs tirent des leçons de la mort de Ndiaga Diouf. Toutes les écuries doivent appeler tous ses lutteurs et les remettre sur le bon chemin. Il est temps d’éradiquer ce fléau.»

 

GRIS BORDEAUX (ECURIE FASS) - «La lutte n’est pas une affaire de voyou»

«La lutte est une affaire de nobles et non de voyous. Il faut que les lutteurs soient conscients de cela. Ils doivent bien ouvrir les yeux sur ce qui se passe. Les politiciens les utilisent comme des animaux dans des situations peu recommandables. Personnellement, je vois mal un lutteur accepter de faire certains actes de vandalisme. Ces gens, je ne les prends pas comme des lutteurs. Ils se cachent derrière notre noble métier qui, aujourd’hui, occupe une place importante dans la société. Les lutteurs doivent se comporter en éducateurs. Parce que les enfants nous suivent et nous imitent. On n’a plus droit à l’erreur»

 

BIRAHIM NDIAYE (ANCIEN LUTTEUR) - «Le compagnonnage a toujours existé…» 

«Un lutteur n’est pas un nervi et ne doit pas être un chasseur de primes. Le compagnonnage a toujours existé entre les lutteurs et les politiques. Depuis Abdou Diouf, cela se passe toujours comme ça. Les lutteurs aident toujours les politiciens dans des manifestations comme les réunions où autres manifestations politiques et en retour, ils gagnaient quelque chose. Les politiciens utilisent ces lutteurs pour leur sécurité tout simplement, mais pas pour s’attaquer aux gens. Cet acte n’est pas à cautionner. Seulement, il faut comprendre une chose : aujourd’hui, les lutteurs sont nombreux et beaucoup d’entre eux n’ont pas de boulot et ils ont du mal à avoir de bons contrats. Dans des cas pareils, si vous leur proposez un boulot, ils n’hésitent pas. L’Etat doit donc prendre des mesures pour juguler ce phénomène. Si vous allez dans les écuries, vous pouvez voir plus de 30 lutteurs qui ont de la peine à trouver un combat. Et la plupart de ces lutteurs sont des pères de famille.»

 

VIDEUR DANS DES BOITES DE NUIT - La parade des lutteurs «100» combats

S’il y a un métier convoité de nos jours par les lutteurs, c’est bien celui de videur de boîtes de nuit. Ces acteurs de la lutte sénégalaise conscients que la réussite est loin d’être garantie dans leur discipline, se refugient derrière le métier de videur afin d’arrondir les fins de mois. Une chose que le président des lutteurs en activités, Boye Kaïré, par ailleurs patron d’une agence de sécurité, approuve. Toutefois, cette profession est considérée par beaucoup comme un métier comparable au travail d’un nervi. «Faux», se défendent Khadim Ndiaye de Thiaroye sur Mer et Boye Kaïré de Soumbédioune.

 

Ces deux icônes de la lutte sénégalaise ont, chacun, mis sur pied une société de gardiennage constituée, pour la plupart, de lutteurs. «Le métier de videur de boîtes de nuit est une profession noble. Il n’est même pas comparable à ce que fait un nervi. Aujourd’hui, avec ce métier, on peut gagner de l’argent sans courir beaucoup de risques», soutiennent, en chœur, nos interlocuteurs. Si certains lutteurs estiment que ce métier ne fait pas courir beaucoup de risques, d’autres soutiennent le contraire.

 

Selon un jeune lutteur videur dans une boîte de la place, qui témoigne sous le couvert de l’anonymat, leur métier peut conduire à de sérieux problèmes. Il explique : «Parfois, il y a des gens qui, quand ils sont ivres, sont capables de tout. Dans de pareils cas, on est obligé d’intervenir. Et si on n’est pas conscient, on peut blesser la personne ou se faire blesser. C’est pourquoi, c’est un métier qui demande beaucoup de vigilance. Il faut, d’ailleurs, mettre la force au dernier rang», a insisté à dire notre interlocuteur. Selon lui, «une telle situation peut nous valoir des difficultés. Surtout que dans une boîte de nuit, fait-il remarquer, «on peut rencontrer n’importe qui. Ce n’est alors pas à tout le monde qu’on peut manquer de respect».

 

 

PROFIL : MAURICE DIOUF (ECURIE SENEGAMBIE) - Le videur de chez Ballago

Les habitués de la boîte le connaissent autant. Sinon, plus que les amateurs de lutte. Lui, c’est Maurice Diouf. Un des nombreux lutteurs qui, en plus de la lutte, pratique le métier de videur de boîte de nuit. Il est pensionnaire de l’écurie Sénégambie. Agé de 33 ans, 1m88 pour 125 kg, le videur de chez Thione Ballago Seck est une véritable force de la nature. Dans l’arène, les connaisseurs le décrivent comme un lutteur très offensif et téméraire. Mais, Maurice a plus d’une corde à son arc. Lui qui pratique le métier de videur dans la boîte de nuit Penc-mi du leader de Raam Daam.

 

En fait, entre Maurice Diouf et le boulot de videur, c’est une longue histoire, tout comme sa carrière de lutteur qu’il a démarrée à l’écurie Mermoz auprès d’un certain Forman. Le colosse, qui a débuté sa carrière de lutteur à l’écurie Mermoz, surveille les portes des boîtes de nuit depuis… 15 ans maintenant. Bel homme, l’air altier, Maurice aime faire les cent pas à chaque fois qu’il est en service dans «sa» boîte de nuit. Sa force réside dans sa poigne. D’une grande simplicité, il s’habille correct. Sans extravagance. Il affiche un caractère pondéré. Aujourd’hui, Maurice n’a qu’un seul souci : réussir dans sa vie. Une réussite qui, selon lui, passe par deux choses : la lutte qu’il pratique depuis 1997 et le métier de videur. «Dans ma vie, j’ai deux préoccupations : la lutte et le métier de videur. Ma réussite dépendra de ces deux activités», souligne-t-il, avec conviction.

 

Pourtant, dans ce sport le plus populaire du Sénégal, Maurice peut bomber le torse et se glorifier d’un palmarès plus que respectable. Il compte 14 combats dont dix victoires, trois défaites et un nul. Pour son métier de videur, Maurice prévient et avertit ses pairs lutteurs : «Un lutteur videur ne doit pas tout le temps se balader dans la rue. Il doit respecter ses heures de travail et de descente. Ceci lui permettra de bien gérer sa carrière sportive.»

 

Dossier réalisé par Ndéné BITEYE

 

Légende : Maurice veut réussir sa vie par la lutte ou par son métier de videur dans les boîtes de nuit.



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