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RENCHERISSEMENT SAUVAGE DU COUT DE LA VIE : Sevrage alimentaire forcé dans de nombreux foyers

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RENCHERISSEMENT SAUVAGE DU COUT DE LA VIE : Sevrage alimentaire forcé dans de nombreux foyers

Contrairement au tableau paradisiaque que les autorités gouvernementales ne cessent de dresser du Sénégal, c’est l’enfer quotidien chez beaucoup de Dakararois qui ne savent plus à quel saint se vouer. En l’espace de moins d’un mois, les prix du lait, du pain, du riz et de l’huile ont connu une hausse sensible. Une situation devenue insupportable. À Darourahmane, dans le populeux quartier de Grand-Yoff, l’exemple le plus patent vient de la famille Sy. Là, plus d’une vingtaine de personnes s’entassent dans une baraque délabrée aux murs lézardés, à la peinture défraîchie. Les trois repas qui, jadis, n’étaient nullement gagnés d’avance, sont menacés de disparition actuellement à cause de la dépréciation du pouvoir d’achat. Les faibles revenus d’un frère frigoriste (Djibril N.) et d’un mari vendeur de Pmu, se lamente Ramatoulaye Sy, ne parviennent plus à faire bouillir convenablement la marmite. Le pagne noué au-dessus de la poitrine, les cheveux en bataille, le visage osseux, Ramatoulaye larmoie contre son sort ingrat : «Pourquoi tant de souffrances ? Qu’est-ce qu’on a fait au Président Abdoulaye Wade et à son gouvernement ? Rien ! Au contraire, on a tout fait pour eux. Au lieu de s’occuper de nos problèmes, le Président Abdoulaye Wade nous a trahis. Il a tort de ne pas se soucier du sort des Sénégalais. Ablaye Wade nous a trahis ! Il n’a respecté aucune des promesses qu’il avait tenues lors de la campagne électorale. Il disait qu’il allait considérablement diminuer les prix des denrées. À quoi assiste-t-on aujourd’hui ? À une hausse des prix du lait, du riz, du pain et maintenant de l’huile». La rage au ventre, cette mère de cinq enfants dénonce la faillite des pouvoirs publics plus préoccupés par leurs dépenses de prestige que par le règlement des mille et une difficultés des populations. «Pour assurer le déjeuner et le dîner qui nécessitent chaque jour sept kilogrammes de riz, renseigne Ramatoulaye Sy, avec mes deux sœurs mariées (et mères famille) et mon frère également marié, les dépenses sont assurées à tour de rôle. Tous les deux jours, quelqu’un de nous quatre se débrouille pour faire bouillir la marmite.» Pour le petit-déjeuner élagué du lait et du beurre, chacun se prend en charge. Pour ceux qui n’en n’ont pas les moyens, le «quinquéliba» est disponible.

Même quartier, mêmes maux. Chez les Ndione dont la demeure est à quelques jets de pierre de la famille Sy, on s’en prend au Président Wade et à son régime coupables de «mener une vie dorée au moment où le peuple souffre atrocement». Assise au fond d’une cour minuscule entourée de ses neveux, trois talismans de couleurs différentes noués autour du pied gauche, Ndèye Ngoné Ndione tonne dans un français approximatif : «Le Président Wade, c’est la grande déception. Nous sommes vraiment déçus. Le slogan Gorgui dollignou est devenu Gorgui doggalignou». C’est dire si la situation est devenue intenable. Vivant aux dépens de son grand-frère, Ndéye Marie Ndione soutient que sa famille assure tant bien que mal les trois repas quotidiens. «Malgré toutes les difficultés, nous n’avons jamais sauté un repas. Ma position, c’est qu’on ne peut pas demander à des enfants de prendre en charge soit leur petit-déjeuner, soit leur dîner. Car j’ai toujours considéré cela comme une incitation à la débauche», de l’avis de cette ancienne fervente wadiste qui accuse son ancienne idole de «les tuer».

Deux à trois jours de diète

Maïmouna Faye, la quarantaine, en charge d’un foyer de quatorze personnes à la Cité Bissap se démène entre plusieurs petits boulots (blanchisseuse, vendeuse de fruits saisonniers, écailleuse de poissons) pour faire vivre sa famille. Naguère ardue, la charge est devenue infernale avec l’augmentation des prix de denrées de consommation courante. «Je n’en peux plus ! Le pain coûte la peau des fesses. Le riz, n’en parlons pas ! On n’a pas fini de pleurer sur notre sort que le litre d’huile passe de 900 à 1000 francs. Où allons», s’interroge, inquiète la dame. Prise soudain par le besoin de confier ses problèmes, notre interlocutrice qui tient les cordes de la bourse révèle : «On peut rester une semaine sans dîner. Le soir pour tromper la faim des enfants, je leur sers les restes de déjeuner que m’offrent gentiment des voisins. Comme mon mari ne travaille pas, il m’arrive fréquemment de vendre des effets personnels pour faire face à la dépense. Sérieusement, avec 1500 francs par jour que peut-on faire en ce moment où les produits alimentaires connaissent une augmentation ? Dieu est grand, mais… ».

À Fass, un populeux quartier dakarois, la famille Badji vit dans l’extrême pauvreté. Composés d’un père retraité, de la maman et de sept enfants dont cinq filles, les Badji ne possèdent pour unique bien que la maison dans laquelle ils vivent. Dans les profondeurs de l’abysse, ils galérent quotidiennement pour voir le bout du tunnel.  Manger à leur faim, est synonyme de luxe qu’ils ne se paient que dans très rares moments. C’est parce que trois des cinq filles travaillent comme femmes de ménage pour tenir le foyer. Avec leurs faibles revenus, elles supportent toutes les charges de la famille. Elles sont soutenues de temps à autre par un de leurs frères, un ouvrier menuiser. À cause de leur faible pouvoir d’achat, seul le déjeuner est régulièrement préparé. Ici le dîner n’est jamais assuré d’avance.  C’est surtout le week-end quand toute la famille est au complet à la maison que le dîner est préparé. Pour les autres jours, chacun se débrouille pour ne pas aller au lit le vendre vide. La même stratégie a été trouvée en ce qui concerne le petit-déjeuner. D’ailleurs, pour alléger les charges de la famille, deux des filles préfèrent vivre chez leurs employeurs. Elles ne rentrent que le samedi pour aussitôt repartir le lendemain. En venant, elles apportent toujours quelques condiments, histoire d’amoindrir la dépense quotidienne. Et ce n’est jamais suffisant.

Divorcée, vivant avec ses quatre enfants dans le populeux quartier de Fass, la dame Diatou Ciss (nom d’emprunt) travaille comme femme de ménage. Son ex-mari qui l’a abandonnée avec leur progéniture est allé se remarier sans soucier une seule seconde de leur situation. Traînant plusieurs mois d’arriérés de location, Diatou Cissé qui garde encore sa chambre grâce à la mansuétude de son logeur fait face une équation de taille : comment assurer la prise en charge alimentaire de ses enfants ?. Ces derniers encore en bas âge peuvent rester deux à trois jours sans goûter aux délices d’un déjeuner normal. C’est seulement pendant les premiers jours du mois, quand elle a touché sa maigre paie qu’elle donne à cuisiner à sa fille aînée qui reste à la maison avec ses deux sœurs. Tout le reste du mois, elles ne prennent que rarement le déjeuner : environ une fois tous les trois jours. En réalité, la pauvre Diatou n’assure que le petit-déjeuner et le dîner. Et là encore, elle cuisine rarement. Soit elle ramène des restes de repas de chez ses employeurs, soit elle achète du pain-thon, soit du fondé ou bouillie de mil…

L’avenir des enfants hypothéqué

Dans un contexte aussi marqué par la précarité où se mène un éternel combat pour la survie, la scolarisation des enfants est loin d’être une priorité pour certains parents. L’école est un luxe pour eux. Maïmouna Faye ne dit pas autre chose lorsqu’elle soutient qu’aucun de ses six enfants n’a jamais fréquenté l’école. «Comme tous les parents, je rêvais d’envoyer mes enfants à l’école, mais à l’impossible nul est tenu. Aujourd’hui, aucun de mes six enfants n’est jamais allé à l’école car je n’en ai pas les moyens. Avec mes maigres revenus de blanchisseuse, je ne parviens même pas à assurer l’essentiel : leur permettre de manger à leur faim. Dans ce cas, comment voulez-vous qu’ils soient scolarisés ? Je suis consciente que leur avenir est hypothéqué dans la mesure où nous sommes dans un monde où il n’y a plus de place pour les illettrés», soutient Maïmouna, la voix nouée par le désespoir.

Pour sa part, Ramatoulaye Sy qui a fini de sérier les priorités de sa famille ne veut pas s’embrouiller l’esprit pour des questions liées à la scolarisation des enfants. En dépit des menaces qui pèsent sur trois des enfants Sy. Désignant du doigt un jeune adolescent, Ramatoulaye explique :«Celui-là que vous voyez a réussi à l’entrée en sixième. Avec ses deux autres frères, il a été orienté au Cem Grand-Yoff. Mais leurs études risquent de s’arrêter là, parce que jusqu’à l’heure où je vous parle, ils ne se sont pas encore inscrits. Le principal du Cem leur a demandé de ne pas venir tant qu’ils ne se seront pas inscrits. Et pour le moment, nous sommes dans l’incapacité de payer les frais d’inscription qui s’élèvent à

13 000Fcfa pour chacun d’entre eux. Nous aurions voulu le faire que nous n’en avions pas les moyens. Ce qui nous préoccupe actuellement, c’est comment faire pour nous nourrir».

La bonne affaire des vendeuses de «fondé» et de sandwiches

«Le malheur des uns fait le bonheur des autres», dit l’adage. Autant les boutiquiers et autres épiciers ne sont plus sollicités, autant les vendeuses de «fondé», «ngalakh», sandwiches, «ndambé» et pain-thon, se frottent les mains. Devant la «boulangerie du Peuple» située près du marché de Grand-Yoff où elle dispose d’une gargotte, Soda Ndiaye est littéralement harcelée par les nombreux clients qui commandant du «fondé», qui réclamant du pain «ndambé». Aidée de sa fille et de sa bonne, la dame, le sourire en coin, et un mot gentil pour chacun, sert avec dextérité sa clientèle. Malgré le chômage endémique dans lequel s’ébat, depuis des lustres, son époux, Soda Ndiaye ne se plaint pas depuis qu’elle investit la vente des aliments. «Dieu merci, je ne me plains pas. J’ai en charge une grande famille, mais je m’en sors bien grâce à mes activités. Les affaires marchent bien, car maintenant tout le monde dîne dehors, idem pour aussi pour le petit-déjeuner. La preuve, il m’arrive de descendre avec 20 000F Cfa par jour». Vendeuse de «soupe yèle», Bollo Diallo affiche le sourire. Entourant d’un voile de secret son chiffre d’affaires, notre interlocutrice qui vient de se lancer dans la restauration affirme : «J’ai essayé tous les petits métiers, mais j’avoue qu’il n’y a plus rentable que la vente de nourriture».  Un bel avenir grâce à la précarité.



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