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Tragédie du Joola - Huit ans après, les comportements dangereux persistent

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Tragédie du Joola - Huit ans après, les comportements dangereux persistent

Huit années après le naufrage du bateau «Le Joola», les manières de faire, d'être et de se comporter, ayant favorisé un tel drame, persistent de plus belle. Et cela, sous la double responsabilité des populations et des gouvernants.

Le Sénégal, qui a vécu le drame du naufrage du bateau «Le Joola», le 26 septembre 2002, tragédie classée parmi les plus meurtrières de l’histoire maritime est retombé dans ses travers, malgré l’appel à l’introspection qu’avait lancé le président de la République et que chacun avait fait sien en pleine douleur nationale.
Que reste-t-il de cette invite au changement en bien des comportements ? Huit ans plus tard, force est de constater que les manières de faire, d'être et de se comporter qu'on a cherché à bannir, restent plus que jamais ancrées dans le quotidien des Sénégalais. L'indiscipline, l'incivisme, l'insouciance, l’inconscience, les comportements à risque des populations et le laisser-faire des autorités persistent de plus belle. Et dans beaucoup de domaines, subsistent de potentiels petits drames du «Joola».
Construite à coups de milliards pour faciliter le déplacement des personnes et des biens, l'autoroute à péage n'a pas tardé à se révéler comme un véritable danger à cause du comportement des piétons. Dès le lendemain de son ouverture, elle va enregistrer son premier accident mortel et se révèle source d’un véritable hécatombe pour les piétons qui préfèrent traverser ces voies à grande vitesse qu’emprunter les passerelles. Il en est de même de l’autre côté sur l’axe Patte d’oie-Aéroport ou sur la Vdn.
Mais il faut dire que le laisser-aller des Sénégalais n’a d’égal que le laisser-faire des autorités étatiques qui laissent aujourd’hui les routes du pays dans un piteux état. Un délabrement qui favorise les accidents encore accrus par le défaut de feux optiques. Dakar garde ainsi aujourd'hui la triste particularité d'être l'une des rares capitales au monde à ne pas disposer de feux optiques alors que la circulation routière y connaît une croissance exponentielle.
Les autorités participent à favoriser la multiplication des facteurs de risque en laissant des populations vivre dans des immeubles qui menacent ruine. Des bilans macabres sont enregistrés dans des effondrements de bâtiments dans des quartiers comme Médina, Fass, Pikine, Guédiawaye, Yoff, Ouagou-Niayes ou Thiaroye.


Les marchés hebdomadaires érigés sur les terre-pleins entre deux voies de circulation

Et aujourd’hui, un autre danger s’est fait jour, avec la prolifération des marchés hebdomadaires dans les différents coins de la capitale, avec son corolaire de risques. C'est pratiquement sur la route que les commerçants posent leurs étals, pendant qu’automobilistes et acheteurs se disputent la chaussée, mettant ainsi en danger la sécurité de tous, en particulier des piétons. Ce sont les cas du marché dit «Samedi» de Front de terre. C’est sur le terre-plein du canal qui sépare les deux artères de circulation que s’est établi ce marché hebdomadaire qui s’étire du rond-point Liberté 6 au croisement de Bourguiba. Idem pour le marché «Mercredi» de Gueule-Tapée, établi sur le boulevard éponyme, entre les deux voies qui partent de Fass au croisement de la Rue 6 de la Médina. Le marché Djiby Sarr de «Dimanche» de Pikine sur l’axe Icotaf est encore plus exposé aux périls de la circulation.
Une autre source de danger avec laquelle les Sénégalais vivent quotidiennement est liée aux inondations. Les eaux stagnantes, lit de toutes sortes de vecteurs peut faire exploser les maladies endémiques. Elles sont aussi un danger avec les noyades d’enfants qui sont souvent enregistrées aux quatre coins de la banlieue. Un autre danger à Dakar et certaines localités du pays, c’est aussi l'agression permanente du littoral maritime et l'avancée de la mer qui hante le sommeil des populations riveraines. C’est notamment le cas sur la corniche ouest de Dakar, vers Ngor, à Mbao, Rufisque, Saint-Louis etc.
Des exemples du genre, potentiellement porteurs de périls pour les populations, sont nombreux et les Sénégalais ne semblent pas trop retenir les leçons de certains drames qui ont plongé le pays dans l’émoi.

 

«L’introspection n’a été que de courte durée»

Coordonnateur de la Cellule de suivi psychologique des rescapés et des familles des victimes du Joola, le Dr Oumar Ndoye, chargé de suivre les 64 rescapés du drame maritime survenu durant la nuit du 26 au 27 septembre 2002, a dénoncé une absence de prise en charge efficace de ces derniers.

Huit ans après le naufrage du Joola qui a fait près de 2000 morts, le Dr Oumar Ndoye, Coordonnateur de la Cellule de suivi psychologique des rescapés et des familles des victimes, se plaint du sort de ceux dont il a la charge. Pour les mesures, rappelle le Dr Ndoye, «le chef de l’Etat avait à l’époque appelé à une introspection, mais ce qu’il faut dire, c’est que les Sénégalais sont en majorité têtus et oublient vite. Après le drame, les gens avaient commencé à être très regardants sur les problèmes de sécurité. Mais aujourd’hui, on voit de plus en plus des moyens de transport surchargés, aussi bien dans les cars, les pirogues que dans les ascenseurs. Les gens ont tendance à oublier. De partout, on voit que l’introspection n’a été que de courte durée».
Faisant le point sur cette mission : «nous avons eu à suivre les rescapés et puis les membres des familles des disparus, et j’avoue que depuis un peu plus d’un an, on ne les voit plus. Mais ce qu’on peut dire, c’est que ces gens allaient beaucoup mieux, mais restaient toujours au même niveau à cause des problèmes de souvenirs traumatiques». De l’avis du Dr Ndoye : «ils déploraient le fait de ne pas être accompagnés par l’Etat comme ils le souhaitaient».

«La gestion des pupilles de la nation n’a pas été efficiente»

«C’est cela qui leur posait problème, et non des difficultés d’ordre financier ou d’ordre pathologique ; ils avaient juste du mal à s’adapter». Après avoir emprunté les couloirs de l’hôpital depuis près d’un an et demi, on ne les voit plus au Chu de Fann de manière régulière. Ils étaient 64 rescapés en plus de certains membres des familles de victimes.
Il regrette aussi l’absence de la prise en charge de ces derniers pour dire : «la gestion des pupilles de la nation n’a pas été assez efficiente. Ces pupilles de la nation devaient être suivis pendant plusieurs années par des psychologues et des psychiatres pour les accompagner dans leur cursus scolaire. J’ai eu aussi à dire que ces pupilles devraient être normalement pris en charge par l’Etat. Il y a des projets que l’Etat avait initiés mais qui n’ont pas été menés jusqu’au bout», regrette-t-il. En général, ces enfants qui ont connu la disparition tragique de leurs parents, s’ils ne sont pas bien accompagnés, bien gérés et bien encadrés sur le plan matériel, financier et surtout affectif et psychologique, ils risquent d’être traumatisés.

 

IBRAHIMA NDONGO EXPERT EN TRANSPORT ET SÉCURITÉ ROUTIÈRE : «Le naufrage n'a pas servi de leçon aux Sénégalais, parce qu'il y a toujours le laxisme»
Plus jamais ça ! Les Sénégalais s'étaient entendu sur cet engagement au lendemain du drame du bateau «Le Joola». Huit ans après, l'expert en transport et sécurité routière, Ibrahima Ndongo, avec qui nous nous sommes entretenus, estime que l'oubli a pris le dessus sur l'introspection. Pour lui, «le naufrage du Joola n'a pas servi de leçon aux Sénégalais, parce qu'il y a toujours le laxisme».


Le drame du Joola a-t-il suscité un changement des comportements à risque au Sénégal ?
Le naufrage n'a pas servi de leçon aux Sénégalais parce qu'il y a toujours le laxisme dans tous ce qu'ils font. Les Sénégalais ont une mémoire courte. Le phénomène d'effondrement des immeubles est là et continue de plus belle. Parce que les gens construisent n'importe comment et comme ils veulent. Ils ne respectent pas les normes de construction, il n'en font qu'a leur tête. Ça prouve à suffisance que rien n’a changé.

Qu'est-ce qui explique ce laxisme ?
Il y a une absence de sanction appropriée et une absence de formation continue des acteurs dans tous les domaines. Que ce soit sur la prévention routière que sur les normes de construction.

Voulez-vous dire que les populations risquent de vivre le pire ?
Le pire est déjà là. Parce qu'aujourd'hui, aucun indicateur ne montre que la situation est stabilisée ou qu’elle régresse. Au contraire, elle est ascendante dans tous les domaines. Vous voyez, dans les pays organisés, chaque citoyen est formé pour prendre en charge l'ensemble des menaces et risques qu'il côtoie quotidiennement.

Que dire des accidents de la circulation et de la récurrence des incendies ?
Dakar qui est la capitale manque de feux tricolores de signalisation. Les signalisations verticales sont absentes, impropres ou pléthoriques dans certains endroits ; au moment au moment où à d'autres endroits, il n'y en a pas. Les signalisations horizontales ne sont pas rafraîchies. Les Tata qui étaient destinés à révolutionner les transports urbains font pire que leurs aînés, les «cars rapides», en matière d'accident et d'insécurité. Les bus ont fait tellement d’accidents que le gouvernement avait trouvé nécessaire de convoquer un Conseil interministériel. Malgré tout, les bus continuent toujours de faire des accidents. Les conclusions du Conseil interministériel n'ont pas encore trouvé d'application. Les bus continuent à circuler avec des porte-bagages et leur vitesse n'est pas bridée. Quant aux piétons, ils ignorent totalement les prescriptions pertinentes du code de la route en matière de sécurité routière. C'est pourquoi la route est devenue espace de conflit. C'est le problème qui se pose avec les incendies. Malgré les pertes évaluées à plus de 4 milliards de F Cfa, les incendies continuent de plus belle dans les marchés avec comme causes : des branchements électriques clandestins inadéquats et l'absence de bouches d'incendie.


Propos recueillis par
Marianne NDIAYE
(Stagiaire)



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