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COMMENT ANDRÉ VILLAS-BOAS S'EST RETROUVÉ DANS UNE GUERRE POUR LA PRÉSIDENCE DU FC PORTO

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COMMENT ANDRÉ VILLAS-BOAS S'EST RETROUVÉ DANS UNE GUERRE POUR LA PRÉSIDENCE DU FC PORTO
 Les socios du FC Porto sont appelés aux urnes samedi pour désigner leur président. Un poste dont rêve l’ancien entraîneur de l’OM, André Villas-Boas, qui s’est lancé dans une intense campagne ces derniers mois pour déboulonner Jorge Pinto da Costa, en poste depuis 1982 et bien décidé à étirer encore un peu plus son règne.

Il est un peu plus de 13h, ce mardi 2 février 2021, lorsqu’André Villas-Boas se présente le visage grave dans la salle de presse de la Commanderie. L’assistance s’attend à ce qu’il prenne la parole sur la folie survenue trois jours plus tôt au centre d’entraînement de l’OM, avec l’action coup de poing d’une centaine de supporters venus réclamer le départ de Jacques-Henri Eyraud, pour ce qui deviendra la "révolution des cyprès".

Villas-Boas parle d’un "choc" et d’un épisode "difficile à vivre". Puis il répond à une question anodine sur le déplacement à venir à Lens, avant de revenir sur le mercato qui vient de se terminer par la signature en prêt d’Olivier Ntcham en provenance du Celtic. Après une longue respiration, il lâche alors cette déclaration fracassante: "Je n'ai rien à voir avec cette décision, je l'ai apprise par la presse le matin. C'est précisément un joueur sur lequel j'ai dit non. Il n'a jamais été sur notre liste. Il a fini par venir, je n'étais pas au courant. A cause de cela, j'ai présenté ma démission à la direction." C’est la dernière image de Villas-Boas en France. Celle d’un technicien à bout, lassé par la politique sportive de Pablo Longoria et capable de claquer la porte la veille d’un match pour ne pas déroger à ses principes.

Le défi d'une vie pour Villas-Boas
Trois ans après cette "démission", qui avait été immédiatement suivie d’une mise à pied, le Portugais est engagé dans un tout autre combat, chez lui, à 1.500 kilomètres de la cité phocéenne. Le défi de sa vie. Celui qui l’a toujours animé. A 46 ans, il ambitionne de devenir le nouveau boss du FC Porto, dont les élections pour la présidence sont programmées ce samedi 27 avril avec le vote des socios.

Beaucoup y voient le match le plus difficile de sa (jeune) carrière. Car son principal adversaire n’est autre que Jorge Nuno Pinto da Costa, inoxydable patron des Dragons depuis 1982, en quête d’un seizième mandat à 86 ans. Oser le défier, et vouloir mettre fin à ses quarante-deux ans de règne sans partage, c’est l’assurance de plonger dans une guerre sans merci. Même quand on s’appelle Villas-Boas et qu’on reste l’homme de la fabuleuse saison 2010-2011, avec un triomphe en Ligue Europa, un titre de champion national obtenu sans la moindre défaite, et une Coupe du Portugal. "Porto représente tout pour lui. Il en est fan depuis petit et certains de ses ancêtres font partie des fondateurs du club. La question n’a jamais été de savoir s’il se présenterait un jour pour en devenir le président, mais plutôt quand. Il y a une forme de courage de le faire aujourd’hui", expose Nicolas Vilas, spécialiste du football portugais pour RMC Sport.

André Villas-Boas et Jorge Pinto da Costa à Porto, le 4 juin 2010
André Villas-Boas et Jorge Pinto da Costa à Porto, le 4 juin 2010 © AFP
Si ses expériences l'ont amené à faire le tour du monde, de l'Angleterre (Chelsea, Tottenham) à la Chine (Shanghai), en passant par la Russie (Zénith Saint-Pétersbourg) et Marseille, "AVB" n’a jamais vraiment quitté Porto, sa ville natale où il a toujours su que son avenir s’écrirait de nouveau un jour. Là-bas, tout le monde connaît l’histoire de cet adolescent rouquin, originaire du quartier de Boavista et pris sous son aile à 16 ans par son voisin Bobby Robson, à l’époque manager des Dragons. C’est en lui détaillant pourquoi il devrait davantage faire jouer son idole d'enfance, l'attaquant Domingos Paciênca, qu'il séduit l'Anglais et que commence pour lui la grande aventure au FC Porto. Il se fait inviter aux entraînements, se voit confier un rôle d’auxiliaire, chargé de fournir à Robson des pages de rapports et de stats, puis passe analyste vidéo dans l’ombre de José Mourinho, avant qu'il ne quitte le cocon quelques années plus tard pour mieux y revenir. Personne n’a oublié non plus qu’il a repoussé à deux reprises les approches du Sporting pour dire oui au poste de ses "rêves" en 2010, devenant à 33 ans le plus jeune entraîneur à conquérir une compétition européenne.

Coups bas et attaques personnelles
Mais à Porto, on se souvient aussi de son départ pour le tout-puissant Chelsea dès l’été 2011. Un épisode loin d'être digéré par une frange des supporteurs, la même qui voue un culte à Pinto da Costa et fracasse toute forme d’opposition. Ces derniers mois, le duel entre les deux favoris du scrutin a ainsi tourné au règlement de comptes. "Ils s'entendaient très bien à l'origine, Pinto da Costa est celui qui avait nommé Villas-Boas en 2010. Mais leurs rapports se sont tendus. Cette campagne s'est transformée en une succession de coups bas et d'attaques personnelles", appuie Nicolas Vilas. En novembre, Villas-Boas a révélé que son domicile avait été vandalisé et qu'un de ses collaborateurs avait été agressé. La même semaine, il a eu droit à des chants hostiles d’une partie de l'Estádio do Dragão lorsqu’il s’est présenté en tribunes pour assister à une rencontre de Coupe du Portugal. Il y a aussi eu cet avertissement sur les réseaux sociaux signé Fernando Madureira, leader des Super Dragões, ce groupe de supporteurs ultras plus que jamais fidèle à Pinto da Costa: "Dieu donne les plus grandes batailles à ses guerriers les plus courageux. Pour renverser le roi, il faudra nous passer sur le corps."

Accusé par ce même Madureira d’avoir déclenché une "guerre civile" en présentant sa candidature, Villas-Boas doit en plus composer avec les charges régulières de Pinto da Costa lui-même, toujours prompt à tailler son ancien coach et ses bras droits dont Andoni Zubizarreta. Ex-directeur sportif de l’OM, le Basque occupera le même rôle à Porto en cas de victoire de Villas-Boas. Réaction du volcanique Pinto da Costa: "C'est une décision bizarre de choisir pour ce poste important un étranger qui n'a pas la moindre connaissance du foot portugais. Il ne connaît ni les joueurs ni les entraîneurs ici." Son venin n'a pas davantage épargné l’administrateur financier de son opposant, José Pedro Pereira da Costa: "On dit que c’est un faiseur de miracles dans la finance. Je le respecte mais je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu. J’ai regardé ce qu’il avait fait et il n’a aucun passé avec notre club. Comment pouvez-vous croire à la réussite d’une personne, aussi compétente soit-elle, si elle n’a pas de passion? Réfléchissez bien à ce qu’il y a de meilleur pour le FC Porto…" Villas-Boas, lui, s'est évertué à pointer du doigt la gestion financière de Pinto da Costa, alors que le club a passé plusieurs années sous la menace de sanctions de l'UEFA pour manquements aux règles du fair-play financier, et qu’il peine toujours à redresser ses comptes de façon durable, ayant affiché des pertes de 40,7 millions d'euros au cours de la saison 2022-2023.

Prolonger Conceição, la dernière stratégie du boss
"Si ça continue comme ça, il y a un véritable risque de ruine financière. Je pense que tous les dirigeants doivent prendre leurs responsabilités. Nous avons vu le FC Porto perdre en compétitivité, ne pas s’adapter sur le plan des infrastructures comme l’ont fait ses concurrents et rester en retrait sur le plan du football féminin. Le club a stagné au fil du temps. Les supporters en ont assez et demandent du changement. Ils veulent un FC Porto moderne. Pinto da Costa ne s'attendait pas à ce que notre candidature suscite une telle vague d'enthousiasme. Il n'a jamais connu cette situation. Il sait que nous pouvons répondre aux souhaits des socios", déclarait-il mi-avril sur les ondes de la radio RTP.

"Le climat est tellement nauséabond autour de cette élection qu'on a très peu parlé du fond", regrette Nicolas Vilas. "C’est malheureusement courant dans le mode de communication du foot portugais, y compris entre des personnes du même camp, alors qu'il y a beaucoup à dire sur leurs programmes. Qu'il s'agisse du développement de l'académie, la question du financement de la dette du club, les droits commerciaux du stade ou les projets omnisports, Pinto da Costa et Villas-Boas ont des divergences. L'un incarne une nouvelle vague avec une volonté d'ouverture, l'autre reste plus conservateur. Mais tout a été éclipsé par cette animosité." 

Ce fut encore le cas cette semaine, dans la dernière ligne droite. Jamais à court de stratégies électorales, Pinto da Costa s'est décidé à officialiser jeudi la prolongation de Sérgio Conceição, dont le contrat expirait en juin. "On peut trouver ça étrange que ça tombe aujourd'hui. On m'a aussi reproché de ne pas l'avoir fait plus tôt, mais ce n'est pas un problème. Tout était acté depuis longtemps", s'est-il simplement justifié. Début février, après son discours de candidature conclu en larmes, Conceição l'avait longuement étreint en signe de fidélité. Il n'empêche, ce bail étendu jusqu'en 2028 est une pierre de plus jetée dans le jardin de Villas-Boas. A en croire les médias portugais, lui s’imagine plutôt séduire Gian Piero Gasperini, l’architecte de l’Atalanta Bergame, pour remplacer un Conceição au solide bilan depuis 2017 mais en souffrance cette année sur la scène nationale. Seulement troisième de son championnat, Porto pointe loin derrière le Sporting et Benfica, deux écoles qui ont su faire évoluer leur modèle sportif et économique. "Pour un club habitué à jouer le titre chaque année et à se qualifier sans souci pour la Ligue des champions, c'est une saison qui fait tache et qui fait perdre du crédit à Pinto da Costa. Ça peut compter pour l'élection", observe Nicolas Vilas.

Un tournant dans l'histoire de Porto
Certains estiment aussi que ses liens historiques avec le sulfureux Madureira, arrêté en début d'année et actuellement emprisonné pour des soupçons de violences et de malversations financières, pourraient finir par se retourner contre lui. Dans ce contexte délétère, d'autres voix se font entendre dans la presse pour défendre le grand cacique. Illustration avec Bruno Alves, quadruple champion du Portugal de 2006 à 2009: "Nous ne pouvons pas oublier que Pinto da Costa a marqué l’histoire du FC Porto. Ce qui a été fait par le passé est important pour créer un présent et un avenir meilleurs. C’est lui qui en a fait un club conquérant." Discours au moins aussi enjoué chez l’ancien défenseur brésilien Aloísio Pires Alves, plus de 400 matchs sous le maillot de Porto entre 1990 et 2001: "Je ne peux soutenir personne d’autre. Il est unique, c’est le meilleur. Il a le leadership, le charisme et l’intelligence. Il est irremplaçable." Même Domingos Paciência, le modèle de Villas-Boas, a juré fidélité au patron: "André a une candidature solide, mais Pinto da Costa s'est toujours entouré des bonnes personnes pour lancer des projets innovants. Jusqu'à présent, je n'avais jamais eu besoin de voter de ma vie, car sa réélection était garantie. En 37 ans d'adhésion, ce sera ma première fois samedi."

Monstre de longévité au palmarès gigantesque (plus de 60 titres), mais cerné depuis vingt ans par les affaires (blanchiment, malversations, corruptions d’arbitres…), au point d’être qualifié de "bandit" par son homologue du Sporting Frederico Varandas, Pinto da Costa n’est pas encore prêt à lâcher le pouvoir. En juin 2020, il avait été réélu avec 69% des suffrages. Cette fois, le clan Villas-Boas veut croire en une révolution. Difficile pour autant de se risquer au jeu des pronostics. "Il y a des sondages très contradictoires", souligne Nicolas Vilas. "Une certaine presse donne Villas-Boas largement en tête devant Pinto da Costa et le troisième candidat, l’homme d’affaires Nuno Lobo (54 ans). D’autres médias annoncent l’inverse ou un scrutin serré. C’est extrêmement compliqué d’annoncer un favori. Mais qu’importe le vainqueur, le résultat sera historique et marquera un tournant dans l’histoire du club."

Comment va se passer l'élection ?

Le vote aura lieu ce samedi 27 avril sur l’ensemble de la journée, dans 44 bureaux de vote à l'Estádio do Dragão, entre 9h et 20h heures locales (entre 10h et 21h heures françaises). Le vote ne se fera qu’au stade. Au regard des enjeux, le club s’attend à une mobilisation extrêmement importante, peut-être même à un taux de participation record. Pour pouvoir voter, il faut être socio depuis au moins un an, être majeur et avoir ses cotisations à jour. "La différence en termes de scrutin avec Benfica et le Sporting, c’est que Porto a un système plus "démocratique". Le principe, c’est : un socio = un vote. Au Benfica, plus tu as des années d’ancienneté, plus ton vote compte", précise Nicolas Vilas. En plus des listes présentées par Villas-Boas, Pinto da Costa et Nuno Lobo, une quatrième liste présidée par Miguel Brás da Cunha représente le Conseil Supérieur du club. Le vainqueur sera élu président pour quatre ans.


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