Le voile à quelles fins : stratégie pour se « taper »un mari à moindre frais ou quoi d’autres ?

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Le voile à quelles fins : stratégie pour se « taper »un mari à moindre frais ou quoi d’autres ?

Me voici  au terme de ma réflexion sur le port du voile, un sujet qui a retenu mon attention  compte tenu du fait que le regard de la société sur le phénomène emprunte plusieurs directions, qui, toutes, s’évertuent à éclairer d’un pan nouveau une réalité qui à bien des égards, révèle une évolution des mœurs dans notre société. Evolution dans le sens du progrès ou de la régression, je ne saurai le dire. Toujours est-il que le phénomène est là bruissant d’interprétations nombreuses et variées.

Cela dit, des esprits quelque peu perspicaces qui m’ont suivi jusqu’ici dans mon « voyage » au cœur de la question du voile, peuvent se demander et à juste titre, pourquoi on n’a pas interrogé des femmes. Questions légitimes et fort à propos s’il en est et cela au regard de la nature même du sujet. Un regard féminin sur la question aurait peut être apporté des éléments nouveaux. Mais là je dois dire que ce n’est faute d’avoir essayé. J’ai contacté trois collègues-femmes- deux portent le voile- pour des échanges sur le sujet. Les deux avaient donné leur accord de principe contrairement au troisième qui n’a pas voulu se prononcer . Mais au dernier moment, les deux ont fait faux bond.

Compte tenu de cette donne, j’ai été obligé de travailler avec des hommes triés sur le volet. Cela dit, venons au sujet qui nous occupe. Et c’est pour dire que les motivations sur le port du voile différent d’une personne à autre. Certaines très futées, développent des stratégies pour se « taper » un mari qui se fait hélas de plus en plus en rare dans nos contrées. Les hommes se marient de moins en moins, confrontés qu’ils sont à une insolvabilité aiguë qui ne leur permet pas de souffler et partant de pouvoir économiser suffisamment afin de prendre femme.

Le constat est là : les hommes ne se pressent plus ! Et même ceux qui font le grand saut, le font aujourd’hui à un âge assez avancé contrairement à ce qu’on observait dans les années 70-80.

Maintenant comme le « client » se fait rare, tous les plans imaginables et inimaginables sont échafaudés par des femmes à l’esprit fertile pour dénicher l’oiseau rare. A la question suivante : que répondez vous à ceux qui disent que beaucoup de jeunes filles s'accrochent à cette mode là tout juste pour se faire remarquer positivement et partant pouvoir trouver plus facilement des maris? Le philosophe, Alassane Kitane ( AK) répond : « C’est possible car dans un univers où tous les chats sont gris la meilleure façon de reconnaître le sien, c’est de lui placer un collier. Puisque le mariage est un contrat de confiance, il faut savoir gagner la confiance de l’autre. Maintenant le problème est que l’habit ne fait pas le moine.»

Cette position qui est celle de AK dépare avec celle du jeune sociologue, Yaya Sylla (YS)qui ne voit aucun lien entre port du voile et mariage. Il assène : « Il s’agit d’une analyse superficielle de la situation. Le port du foulard et le mariage ne sont pas liés. Le choix d’une épouse est extrinsèque au voile bien qu’il y’a des hommes qui préfèrent les femmes voilées. »Le débat est ouvert et ce n’est pas moi qui vais le trancher mais une chose est certaine, sous tous les cieux , les comportements et attitudes des hommes et des femmes obéissent à des mobiles. Et la mode ne saurait se soustraire à cette loi sociologique. Tout cela pour dire que la mode ne naît pas ex nihilo. Elle traduit quelque part un besoin, des attentes voire même de nouvelles aspirations. Ainsi va la vie en société qui n’est nullement statique. Et comme elle n’est pas immobile, on se doit de tourner nos méninges pour s’interroger et en permanence sur les logiques et autres modulations qui structurent et font bouger la société. C’est dans cet ordre d’idées que j’ai été amené à poser cette question : on constate que des filles et même des grandes personnes se voilent un moment et abandonnent. Elles valsent au gré des situations entre la mode religieuse et la mode profane? Cela ne traduit il pas une certaine instabilité chez les jeunes filles? » Voila ce que répond le professeur, Kitane :  « «  Apparemment j’ai anticipé sur cette question aussi : l’instabilité des filles dans ce domaine traduit un malaise social extrêmement profond :nous avons des repères brouillées, troubles. Les filles sont parfois perdues : elles veulent être vertueuses, mais l’univers social dans le quel elles baignent est extrêmement hostile à l’ascétisme. La société est tellement hédoniste que quand tu portes des valeurs de détachement tu es indexée, marginalisée… Elles sont vraiment perdues Madi. Quel dommage !
 Je pense que ce syncrétisme esthétique, religieux et culturel pose un problème plus profond : celui de l’identité de l’Africain. Qui sommes nous ? Que voulons-nous être ? C’est vrai comme disent les Antillais que la véritable identité de l’homme est relationnelle, dynamique (et non statique) mais l’homme ne saurait non plus être une feuille morte emportée par les vents tourbillonnants jusque dans un abysse. »

Cette réponse qui porte la marque de AK diffère de celle du sociologue, YS qui voit autrement : « C’est le cas des voilées conjoncturelles, en réalité elles ne sont pas réellement des filles voilées, le foulard est juste occasionnel. Il ne s’agit pas ici d’une instabilité mais d’un choix de coiffure par rapport à la situation du moment. »

Cette façon de voir les choses sous des angles différents, fait à mon humble avis la beauté et la grandeur des sciences sociales. Lesquelles enseignent qu’en matière de recherche, la vérité d’aujourd’hui peut ne pas être celle de demain, d’où l’impérieuse nécessité de faire preuve d’humilité en toutes circonstances.

Il est temps de conclure ! Mais je ne conclurai pas mon papier en faisant la fine bouche sur la beauté, la finesse et la grâce des femmes sénégalaises qui savent renouveler leur arsenal de séduction par le port de tenues qui révèlent leur grande capacité à évoluer dans un monde en parfaite ébullition morale, sociale, économique culturelle. Et je termine en paraphrasant Serigne Cheikh  Ahmed Tidiane Sy Makhtom qui disait : « Niru sa diamono, mo gueune, niru sa baye » i.e c'est-à-dire être de son temps, vivre son époque est meilleur que copier le mode de vie de son père. Dans une autre circonstance, il ajoutera pour être beaucoup plus explicite : « Niru sa diamono, bolé kok niru sa baye, ku ko meune nak, mo gueune »(être de son époque tout en copiant la façon de faire de nos péres est meilleur). Cette dernière renvoie à l’ouverture mais aussi à l’enracinement.

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