L'Iran prêt à une guerre d'usure qui "détruirait" l'économie mondiale
Comme son ennemi israélien, l'Iran a assuré mercredi être prêt pour une guerre longue, douze jours après le début des attaques américano-israéliennes, un conflit régionalisé qui menace l'approvisionnement en pétrole de l'économie mondiale.
Alors que les prix du baril augmentent, que des sites énergétiques sont frappés dans le Golfe, tout comme des navires dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le brut du Moyen-Orient, le président américain a lui, pour la deuxième fois cette semaine, estimé que la guerre pourrait se terminer "bientôt".
Jugeant qu'il "ne restait pratiquement rien à frapper" en Iran, Donald Trump n'a pas pour autant apporté de précision sur ses objectifs: détruire les programmes balistique et nucléaire iraniens, voire faire tomber le pouvoir.
Affichant leur détermination, les Gardiens de la Révolution, armée idéologique iranienne, se sont dit prêts à une guerre longue et à pilonner les intérêts occidentaux, afin de forcer Washington à cesser sa campagne militaire.
Ali Fadavi, conseiller du commandant en chef des Gardiens a insisté sur une possible "guerre d'usure de long terme qui va détruire l'économie américaine entière de même que l'économie mondiale".
En face, Israël, qui frappe l'Iran et le Hezbollah pro-iranien au Liban, affiche une détermination similaire, le ministre de la Défense assurant qu'il n'y avait "aucune limite de temps".
- Evacuation de bureaux à Dubaï -
Dans la capitale iranienne, des déflagrations continuent d'être régulièrement entendues par les journalistes de l'AFP. Mais la vie s'organise.
"Nous avons mis notre foi en Dieu. Pour l'instant, il y a de la nourriture dans les magasins", a confié, Mahvash, 70 ans, qui vit à Téhéran.
Dans les Etats du Golfe, les frappes sont aussi devenues une réalité quotidienne, inquiétant nombre de gouvernements qui scrutent les prix du pétrole.
Mais d'autres secteurs sont désormais concernés. Après des menaces iraniennes, le géant bancaire américain Citi et les cabinets de conseil britanniques Deloitte et PwC ont évacué ou fermé mercredi leurs bureaux à Dubaï.
Deux drones sont en outre tombés près de l'aéroport de Dubaï, blessant quatre personnes.
Un travailleur indien d'un terminal de fret a témoigné, sous couvert d'anonymat: "Il volait tellement bas que je l'ai vu très clairement. Mais il n'y a pas eu de forte détonation lorsqu'il a percuté le bâtiment".
L'Iran, balayant des mises en gardes américaines, a également dit avoir frappé deux navires dans le détroit d'Ormuz.
Donlald Trump a néanmoins promis devant la presse à la Maison Blanche qu'une "grande sécurité" règnerait bientôt dans ce goulot d'étranglement qui voit d'ordinaire passer un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Des réservoirs de carburant ont été en outre touchés à Oman, et l'Arabie saoudite a indiqué avoir neutralisé des appareils visant le champ pétrolier de Shaybah.
- Ports -
Américains et Iraniens ont jugé que les ports pourraient devenir des "cibles légitimes".
Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a appelé mercredi les civils iraniens à s'éloigner des ports du détroit d'Ormuz, car si ces derniers sont "utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé".
Les forces armées iraniennes ont répliqué qu'en cas d'attaque, "tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes".
Téhéran avait déjà dit la même chose de toute cargaison de pétrole ou bateau appartenant aux Etats-Unis, à Israël où leurs alliés.
Selon l'agence maritime britannique UKMTO, trois navires ont été touchés et des images obtenues par l'AFP montrent un vraquier thaïlandais envahi par des fumées.
Israéliens et Américains ont, eux, touché 13 fois des sites énergétiques iraniens, selon un recensement de l'AFP mercredi.
Et au moins 25 attaques iraniennes ont visé des sites américains ou abritant du personnel militaire américain au Moyen-Orient, selon un décompte de l'AFP mené du 28 février au 11 mars à 15H00 GMT.
- Déblocage record -
Face à l'escalade, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont décidé de puiser 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques, le déblocage "le plus important" de son histoire.
A l'issue d'un premier sommet du G7 par visioconférence depuis le début des hostilités, le président français Emmanuel Macron a salué "un signal clair pour faire baisser les prix mondiaux".
L'annonce était anticipée si bien que vers 15H00 GMT, le prix du Brent de la mer du Nord progressait de 3,30% à 90,70 dollars.
L'inflation se fait, elle, déjà sentir loin de la zone des hostilités.
Le gazole "est arrivé à un prix assez critique pour nous", tempête en Bretagne le fileyeur David Le Quintrec, en déchargeant sa pêche de la nuit.
La situation force de nombreux pays à réagir, à l'instar de l'Inde ou de la Grèce, qui a plafonné les marges sur le carburant.
- Guide blessé -
En Iran, le pouvoir défie toujours la pression américano-israélienne.
Désigné dimanche pour succéder à son père, tué au premier jour de la guerre, le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei n'est en revanche toujours pas apparu publiquement.
Il aurait été "blessé" dans le conflit, selon la télévision d'Etat, ce qu'a confirmé l'ambassadeur iranien à Chypre au Guardian, évoquant des blessures aux membres.
Emile Hokayem, de l'International Institute for Strategic Studies, a estimé qu'il était probablement "dans un bunker", car Israël voudrait "l'éliminer rapidement".
Téhéran entend aussi prévenir des manifestations d'opposition, le chef de la police, Ahmad-Reza Radan assurant que ses forces avaient "le doigt sur la gâchette".
Des foules d'Iraniens pro-pouvoir se sont affichées, elles, dans la capitale, malgré les bombardements, pour les funérailles de hauts responsables, selon des journalistes de l'AFP, un évènement encadré par des forces spéciales lourdement armées.
De son côté, Israël poursuit ses attaques sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, et ailleurs.
Selon un nouveau bilan des autorités libanaises mercredi, 634 personnes ont été tuées par les opérations israéliennes depuis le 2 mars, et plus de 800.000 personnes déplacées.
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