Dette sénégalaise : Les scénarios à haut risque d’une crise sous tension
La dette publique du Sénégal atteint un niveau critique et place le pays face à des choix économiques particulièrement délicats. Dans le cadre d’un atelier organisé par l’International Budget Partnership (IBP), le professeur Abdoulaye Ndiaye, chercheur basé à New York, et l’économiste Martin Kessler ont dressé un état des lieux sans complaisance des options de sortie de crise, en soulignant leurs conséquences économiques, sociales et politiques.
Pour le professeur Abdoulaye Ndiaye, la situation actuelle s’inscrit dans la trajectoire classique des crises souveraines observées à travers le monde, tout en présentant des spécificités liées au contexte national. Il décrit cette réflexion comme une boussole stratégique visant à éclairer les décideurs sans imposer de solution unique. La crise est jugée classique par sa séquence de dégradation de la confiance des marchés, mais exceptionnelle grâce à l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA, qui atténue certains risques de change. Les chiffres illustrent l’ampleur du défi avec un ratio dette sur PIB oscillant entre 119 % selon les autorités et 132 % selon le Fonds monétaire international (FMI), une divergence qui s'explique par l'intégration ou non de certaines entreprises publiques dans le calcul.
La soutenabilité, enjeu central de la crise
La question fondamentale ne réside pas uniquement dans le volume global de la dette, mais dans la capacité réelle du pays à honorer ses engagements financiers. Le professeur Ndiaye rappelle que l'on tombe malade du stock, mais que c'est le flux qui tue, insistant ainsi sur le poids du service annuel de la dette. La stabilisation de l’endettement exigerait une transformation profonde des finances publiques, obligeant le Sénégal à passer d'un déficit primaire de 9 % en 2024 à un excédent de 1 % à 2 % dans les prochaines années, un ajustement rarement réussi sans ressources naturelles majeures.
Rembourser intégralement : une option sous forte contrainte
Martin Kessler, directeur du think tank Finance for Development Lab, a analysé les scénarios envisageables en soulignant que les crises de dette sont rarement résolues sans sacrifices. L'option consistant à honorer intégralement les engagements nécessiterait des efforts budgétaires extrêmement lourds. Avec des besoins de financement estimés à 15 000 milliards de francs CFA sur la période 2026-2028, un déficit important subsisterait même avec l'appui du FMI et de la Banque mondiale. Le Sénégal devrait lever environ 8 milliards de dollars par an, un objectif difficile à atteindre sans accès aux marchés financiers internationaux.
Les limites du soutien international et le risque de restructuration
L’intervention du FMI reste conditionnée par la viabilité de la dette, tandis que les financements bilatéraux auprès des pays du Golfe ou de la Chine impliquent souvent des contreparties comme des privatisations. Par ailleurs, le recours au marché financier régional de l’UEMOA comporte des risques de transfert de fragilité vers les banques régionales.
Face à ces contraintes, la restructuration apparaît comme une option possible bien que sensible. Martin Kessler prévient que retarder cette décision peut aggraver la situation, tout en précisant qu’un défaut n’est pas synonyme d’exclusion durable, prenant l'exemple du Ghana qui a retrouvé une notation favorable après une restructuration profonde.
Un tournant décisif pour l’économie nationale
En conclusion, la résolution de la crise dépendra largement de l’engagement des partenaires techniques et financiers ainsi que d'une coopération étroite entre les créanciers comme la France et la Chine. Pour Abdoulaye Ndiaye, l’enjeu principal consiste à anticiper les conséquences de chaque option pour préserver la stabilité économique. La gestion de cette crise représente un moment charnière pour l’économie sénégalaise et l’équilibre financier de toute la région ouest-africaine.
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