Liquidité abondante, crédit rare : Le paradoxe bancaire dans l’UEMOA
Dans plusieurs pays de l’UEMOA, les banques disposent aujourd’hui de liquidités importantes. Les refinancements de la BCEAO, les dépôts de la clientèle et les émissions de dette publique ont alimenté leurs ressources ces dernières années. Pourtant, cette abondance apparente ne se traduit pas toujours par une hausse du crédit pour les entreprises et les ménages.
Le paradoxe est visible dans les chiffres du marché interbancaire. En février 2026, le volume moyen hebdomadaire des échanges entre banques dans l’UEMOA a atteint 861,9 milliards de F CFA, contre 778,8 milliards en janvier, tandis que le taux moyen à une semaine reculait à 4,19 %. Cela montre que les établissements disposent globalement de ressources plus abondantes et à un coût plus faible.
Mais cette liquidité ne circule pas de manière uniforme vers l’économie réelle. Les banques restent prudentes dans l’octroi de prêts, notamment aux PME, aux agriculteurs, aux jeunes entreprises et aux ménages modestes. Beaucoup de ces emprunteurs ne disposent pas de garanties jugées suffisantes, de comptes certifiés ou de revenus stables.
La préférence des banques pour les titres publics explique une partie de cette situation. Les obligations d’État offrent souvent des rendements élevés avec un risque perçu comme plus faible que celui associé au financement du secteur privé. Dans un environnement marqué par l’incertitude économique et la hausse des créances douteuses, les banques ont donc intérêt à placer une partie importante de leurs ressources dans la dette publique.
Certains secteurs sont aussi considérés comme plus risqués. L’agriculture dépend fortement des conditions climatiques et des variations de prix. Les petites entreprises sont souvent fragiles sur le plan comptable et financier. Le commerce informel reste difficile à évaluer pour les banques. Résultat, même lorsque la liquidité est disponible, elle ne se transforme pas automatiquement en crédit.
Cette situation crée un paradoxe économique. Les ressources existent dans le système bancaire, mais elles restent concentrées dans des placements jugés sûrs, tandis que les secteurs les plus créateurs d’emplois peinent à se financer. Une banque peut donc apparaître très liquide tout en accordant peu de prêts productifs.
Réduire ce décalage suppose de renforcer les mécanismes de garantie, d’améliorer les registres de crédit, de sécuriser les titres fonciers et de développer des instruments capables de partager le risque avec les banques. Tant que ces freins subsisteront, l’abondance de liquidité restera largement déconnectée des besoins réels de financement de l’économie.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.