Pr Chérif Salif Sy : « Le FMI est un signal de crédibilité, pas une solution miracle »
Dans une économie mondiale de plus en plus interdépendante, la relation entre les États africains et les institutions financières internationales suscite des débats passionnés. Ce dimanche 12 janvier 2026, le professeur Chérif Salif Sy, économiste, enseignant-chercheur et président du Forum du Tiers-Monde, était l’invité de l'émission Jury du Dimanche sur iRadio. Il a apporté un éclairage précis sur le rôle du Fonds monétaire international (FMI), la qualité du débat économique au Sénégal et l'articulation entre développement et sécurité.
« Le Fonds monétaire ne finance quasiment pas les États », a d'emblée martelé le professeur Sy. Selon lui, l’idée que le FMI soit un apporteur de ressources financières massives est un mythe. Dans la réalité, son intervention agit comme un « signal de crédibilité » destiné à rassurer les marchés, les agences de notation et les partenaires internationaux.
« Les sommes que nous recevons sur une période peuvent être cinq ou dix fois plus importantes que ce qu’apporte le Fonds. Le FMI, c’est une certification », explique-t-il. Cette sorte de caution morale et technique atteste de la rigueur de la gestion économique d’un pays, lui permettant d'accéder à des financements extérieurs à des conditions souvent plus favorables. Il a d'ailleurs rappelé que certains pays, à l'instar de l’Algérie, restent membres de l’institution sans solliciter de prêts, conservant ainsi cette précieuse « fréquentabilité » internationale.
Crédibilité, taux d’intérêt et coût social
Pour l'économiste, l'influence du FMI se mesure surtout à sa capacité d'agir sur les taux d'intérêt. Un parrainage du Fonds peut permettre à un pays d'emprunter à des taux bas (parfois 2 ou 3 %), là où une absence de crédibilité ferait s'envoler les coûts de la dette.
Toutefois, le professeur Sy a émis une mise en garde ferme contre les politiques d’ajustement structurel. Gouverner exclusivement par la contrainte budgétaire peut, selon lui, causer des « dégâts sociaux graves ».
Interrogé sur la multiplication des prises de parole d’économistes sénégalais dans l’espace public, Chérif Salif Sy adopte une posture nuancée. S'il juge la participation des intellectuels nécessaire, il déplore un excès de « volontarisme et d’idéologie » au détriment d'une démarche scientifique rigoureuse.
Il plaide pour une ambition de pédagogie et de clarification afin d'éclairer véritablement les politiques publiques. Selon lui, le gouvernement doit percevoir ces spécialistes non pas comme des adversaires, mais comme des acteurs d’un dialogue constructif.
Enfin, abordant l’instabilité aux frontières ouest-africaines, il a affirmé avec force que la sécurité précède le développement. S’inspirant du modèle de modernisation chinois, il prône une vision holistique de la sécurité intégrant l’éducation, la cohésion sociale et la moralisation de l’administration.
Face aux menaces actuelles, il préconise une coopération régionale approfondie et une mutualisation des forces pour réduire les coûts et renforcer l’efficacité des réponses sécuritaires.
Commentaires (7)
Def lo meune wakh lo meune sio teude YANDORRR,,!
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