Saraya : Le Conseil départemental mise sur le maraîchage féminin pour réduire la dépendance alimentaire
À Saraya, le maraîchage devient un levier stratégique de développement local. Sous l’impulsion du Conseil départemental, des dizaines de groupements de femmes bénéficient d’un appui matériel et technique pour renforcer leur autonomie économique et approvisionner le marché local en produits frais.
Dans le département de Saraya, la tomate, l’oignon, le gombo ou encore la laitue viennent encore trop souvent d’ailleurs. Du Mali voisin ou de Dakar, les produits maraîchers parcourent des centaines de kilomètres avant d’arriver sur les étals locaux. Un paradoxe dans une zone pourtant dotée de vastes terres fertiles et d’un potentiel agricole important.
C’est ce constat qui a poussé le président du Conseil départemental de Saraya, Moussa Danfakha, à faire du maraîchage une priorité.
« Nous sommes partis d’un constat simple : la plupart des produits maraîchers consommés ici viennent de l’extérieur. Pourtant, nous avons des terres, de l’espace et des femmes courageuses qui savent travailler la terre. Il fallait redynamiser ce secteur qui peut être très porteur pour notre économie locale », explique-t-il.
Des périmètres maraîchers pour relancer la production locale
Dans un premier temps, le Conseil départemental a lancé l’implantation de périmètres maraîchers dans plusieurs villages, avec des clôtures et des points d’eau pour sécuriser et faciliter la production. Mais face à la faiblesse des moyens budgétaires, la stratégie a évolué vers un appui plus ciblé aux groupements déjà actifs.
Ainsi, 19 villages ont bénéficié d’un don de grillage pour protéger les champs contre les animaux errants. Chaque groupement de femmes a reçu huit rouleaux de grillage de 25 m, tandis que des productrices individuelles ont chacune reçu quatre rouleaux.
Le coût global de l’opération s’élève à 10 millions F CFA hors taxe.
« À défaut de créer partout des périmètres maraîchers, nous avons choisi d’accompagner directement celles qui s’y activent déjà. Ce matériel leur permet de sécuriser leurs cultures et d’augmenter leur production », précise Moussa Danfakha.
« Avant, nos récoltes étaient détruites par les animaux »
Pour les bénéficiaires, cet appui change concrètement leur quotidien.
Aminata Camara, présidente d’un groupement féminin dans un village de Saraya, témoigne : « Avant, nos récoltes étaient souvent détruites par les animaux. Nous perdions beaucoup d’efforts et d’argent. Avec le grillage, nos champs sont protégés. Aujourd’hui, nous pouvons produire en toute tranquillité et vendre nos légumes au marché. »
Même satisfaction chez Fatoumata Diallo, autre présidente de groupement : « Ce soutien du Conseil départemental nous a redonné espoir. Nous avons maintenant la possibilité de cultiver toute l’année. Certaines femmes arrivent à payer la scolarité de leurs enfants grâce aux revenus du maraîchage. »
Au-delà du matériel, le Conseil départemental mène un travail d’accompagnement plus large. Depuis son installation, l’institution affirme avoir soutenu 30 groupements de femmes, soit près de 1 000 femmes, à travers des formations et le financement d’activités génératrices de revenus.
« L’autonomisation des femmes est au cœur de notre action. Avec le peu de moyens dont nous disposons, nous orientons notre budget vers ces braves femmes qui portent l’économie locale », souligne le président.
Un appel fort pour le rétablissement du Fonds d’appui au développement local
Mais pour Moussa Danfakha, ces efforts restent insuffisants sans un soutien plus conséquent de l’État, notamment à travers le Fonds d’appui au développement local (FADL).
Ce fonds, alimenté à hauteur de 0,5 % du chiffre d’affaires annuel des sociétés minières, était destiné aux collectivités impactées par l’exploitation minière.
Aujourd’hui, selon lui, le département et la commune de Saraya ne figurent plus parmi les bénéficiaires. « Ce n’est pas un cadeau qu’on nous fait, c’est un droit. Ce fonds devait soulager nos collectivités. Malheureusement, il a été centralisé et les populations locales n’en voient plus la couleur.»
Le président plaide même pour une augmentation de cette part à 1 %, comme dans certains pays de la sous-région.
Entre enclavement, insécurité et manque d’infrastructures
Saraya fait face à de nombreux défis : enclavement, manque d’électricité, difficultés d’accès aux soins, faiblesse des infrastructures et insécurité liée à l’exploitation minière.
« Nous sommes dans une zone délaissée sur le plan socioéconomique. Une discrimination positive doit être faite en faveur de zones comme Saraya. Nous faisons partie du Sénégal et nous avons droit au développement », insiste Moussa Danfakha.
Le maraîchage, une réponse locale aux défis du développement
Pour les femmes de Saraya, le maraîchage est bien plus qu’une activité agricole. C’est un outil d’autonomie, de dignité et de résilience économique.
Mariama Cissé, présidente d’un autre groupement, conclut : « Avec la terre, l’eau et un peu de soutien, nous pouvons nourrir Saraya nous-mêmes. Nous n’avons pas besoin d’attendre les légumes de Dakar ou du Mali. »
À Saraya, la relance du maraîchage féminin apparaît ainsi comme une réponse locale et pragmatique aux défis du développement, en attendant que les appuis institutionnels suivent.
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