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Crypto actifs en Afrique, risques et avantages : Diagnostics et recommandations de six Gouverneurs de banques centrales

Auteur: Youssouf SANE

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Crypto actifs en Afrique, risques et avantages : Diagnostics et recommandations de six Gouverneurs de banques centrales

Les crypto-actifs et les innovations technologiques ont été au cœur d’une journée de discussions intenses, lors de la conférence internationale organisée par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Les débats ont été clôturés par des échanges profonds, entre les gouverneurs de six banques centrales d’Afrique, lors d’une table ronde de haut niveau.

Durant celle-ci, il a été relevé la vigueur avec laquelle ces éléments transforment les systèmes financiers, en offrant des opportunités, notamment dans les domaines de l’inclusion financière, de la modernisation des paiements et de l’amélioration de l’accès aux services financiers. Le gouverneurs ont, cependant, formulé des recommandations importantes quant aux risques liés à la volatilité des crypto-actifs, aux cybermenaces, au blanchiment de capitaux, entre autres.

Coopération comme premier bouclier

Agostinho Fernandes, gouverneur de la Banque centrale de Sao Tomé, a souligné que “les crypto-actifs sont déjà sur le continent”. Bien qu’ils n’aient pas encore fait leur apparition dans son pays, il souligne que c’est le moment de se préparer pour “profiter de cette opportunité, mais surtout de faire attention aux risques”. 

Pour contenir ces risques, il souligne la nécessité de coopérer, surtout au niveau sous-régional, notamment entre les banques centrales “pour pouvoir profiter des expériences des uns et des autres”. Il recommande aussi une coopération à l'intérieur de chaque pays et aussi avec les entités chargées de la protection des données, la police judiciaire, et même avec Interpol.

“Parce que les cyberattaques, qui sont une menace majeure, peuvent venir de n'importe quel horizon. Donc il faut qu'il y ait une coopération internationale pour essayer de traquer ces menaces”, dit-il.

L’innovation, mais avec des garde-fous

Gouverneur de la banque centrale du Libéria, Henry F. Saamoi a, lui aussi, concédé qu’il n’est plus possible d’ignorer ces innovations numériques. Au contraire, il faudrait y prêter une attention particulière. «L’innovation est inévitable. Nous devons composer avec. Nous devons continuer à innover. L’innovation peut favoriser l’efficacité, l’inclusion et la croissance. Mais ce que nous voulons souligner au Liberia, c’est que l’innovation sans garde-fous peut déstabiliser des économies fragiles comme la nôtre», avertit-il.

Chez lui, dit-il, il est envisagé une réglementation pour les crypto-actifs afin d’en encadrer l’environnement. Une mesure qui s’inscrit dans une démarche de prudence systémique, une volonté de protection des consommateurs et un alignement sur les normes internationales.

Cadre pour une innovation responsable

Gouverneure de la banque centrale de Maurice, Dr Priscilla Muthoora Thakoor a déclaré que son pays est fortement lié au flux de capitaux étrangers. Et donc, l'innovation et la transformation numérique constituent une question de survie économique pour lui. La vision du pays est de créer «un cadre qui promeut une innovation responsable», dit-elle.

Et ce cadre va «dans le sens de reconnaître que seule la monnaie de banque centrale est l'instrument légal pour les paiements». Il se veut aussi prudent, en s’appuyant sur un «arsenal de textes juridiques et de directives rigoureux, conformes aux normes internationales et aux meilleures pratiques», dit-elle.

Mme Thakoor a exhorté à une collaboration étroite entre régulateurs et acteurs de l’écosystème, tout en attirant l’attention sur l’importance des fondamentaux macroéconomiques pour éviter une adoption contrôlée des crypto-actifs et de précipiter la dollarisation numérique. 

La place centrale de la confiance 

Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) a, lui, souligné la place centrale de la confiance institutionnelle, notamment sur la mission des banques centrales. «Celle de garantir la stabilité monétaire et financière, la mission de la protection de l'épargnant, des consommateurs de tous les produits innovants», dit-il.

Et cette protection, indique le gouverneur, passe par la réglementation. Au niveau de la Cemac, il indique qu’ils se font accompagner, en faisant appel aux spécialistes pour prendre en compte toute la complexité.

Jean Claude Kassi Brou, Gouverneur de la Bceao qui a organisé la conférence, a souligné la richesse des contributions sur la problématique. En plus de la réglementation, trois aspects clés sont ressortis des discussions, dit-il. Et la première, reste l’infrastructure. «Parce qu'il faut qu'il y ait vraiment une infrastructure qui soit adaptée, pour pouvoir suivre tous ces risques», explique-t-il.

Trois enseignement principaux

Puis, la deuxième nécessité est liée aux capacités et aux ressources humaines. «Avoir les compétences pour avoir les personnes qui puissent effectivement suivre, en permanence, tous ces risques qu'on essaie d'anticiper et qu’on puisse construire un système résilient», explique le gouverneur de la Bceao.

Le troisième aspect qui est ressorti dans les discours, dit-il, a trait à la nécessité primordiale de s’inscrire dans une dynamique de coopération. «Il faut qu'on évite l’arbitrage réglementation», indique Jean-Claude Kassi Brou qui appelle à une harmonisation des réglementations. 

Au niveau de la Cedeao, une dynamique de ce genre a été amorcée. «On doit même pouvoir aller au-delà de la CEDEAO, au niveau de l'ABCA. C'est pour pouvoir aller sur encore des niveaux d'harmonisation plus poussés», a-t-il indiqué. Dr Rogério Lucas Zandamela, Gouverneur de la Banque centrale du Mozambique s'est aussi joint aux débats.

“C'est une rencontre très utile….”

En somme, le Gouverneur de la Bceao a tiré un bilan satisfaisant des débats : «C'est une rencontre très utile. Parce qu’elle a permis à chacun de voir un peu où est-ce qu'il se situe et quelles sont les étapes qui doivent être remplies pour se mettre à niveau, en tout cas le niveau le plus adéquat», a-t-il salué.

Auteur: Youssouf SANE
Publié le: Jeudi 14 Mai 2026

Commentaires (1)

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    Quantbusiness il y a 33 minutes
    Ces transfers de technologie peuvent permettre a l'Afrique de rattraper le train de l'emergence economique. J'ai une forte conviction du fort potentiel de ce secteur pour relever certaines lacune des pays africains en terme de financement. C'est tout un ecosysteme qui peut emeger pour remplacer ou cohabiter avec les banques traditionnelles pour offrir des produits simple de transaction a la porte des citoyens. Je suis en phase avec tout ce qui a ete mentionne ci-dessu . je voudrai souligner un aspect qui n'a pas ete aborde qui touche a l'architecture existante des systemes d'information des gouvernements africains. Si elles sont capable de repondre a ce defi des crytptos. C'est a dire de permettre la surveillances de ces operations ou transactions hors du circuit bancaire ou vaec. Il faut la participation des universites pour mettre en place ces systemes et eduquer le public. Concernant les reserves de Bitcoin au niveau de la BCEAO ma seule reserve est le "timing" de la contruction ou mise en place. Nous sommes a une periode ou les marches financiers sont a un niveau eleve ou record (en terme de p/e, ou une mesure plus stricte CAPE cyclically adjusted PE).

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