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Croissance sans progrès social, l’illusion des chiffres flatteurs

Auteur: AÏcha Fall

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Croissance sans progrès social, l’illusion des chiffres flatteurs

Dans le débat public, les termes croissance et développement sont souvent employés comme s’ils désignaient une même réalité. Pourtant, ils renvoient à deux dimensions distinctes de la trajectoire économique d’un pays. La croissance correspond à l’augmentation du produit intérieur brut, c’est-à-dire à la valeur des biens et services produits sur une période donnée. Le développement, lui, renvoie à l’amélioration concrète des conditions de vie, à l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi décent et à une répartition plus équitable des richesses.

Les économies africaines offrent de nombreux exemples de cette dissociation. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne a enregistré en moyenne une croissance annuelle d’environ 4 % entre 2000 et 2014, avec des pics supérieurs à 6 % dans plusieurs pays exportateurs de matières premières. Pourtant, le taux de pauvreté extrême dans la région reste l’un des plus élevés au monde, autour de 38 % en 2022 selon les dernières estimations de l’institution. L’augmentation de la production n’a pas automatiquement transformé les structures sociales ni réduit les écarts de revenus.

Cette situation s’explique en partie par la nature même de la croissance. Lorsqu’elle repose sur des secteurs capitalistiques comme les hydrocarbures ou les mines, elle génère peu d’emplois directs et diffuse faiblement ses bénéfices dans le reste de l’économie. Le produit intérieur brut peut alors progresser rapidement tandis que l’emploi formel, la qualité des services publics ou la mobilité sociale stagnent. La richesse créée se concentre dans certains segments sans irriguer durablement l’ensemble de la société.

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) rappelle, à travers l’indice de développement humain, que le revenu n’est qu’une composante du progrès. L’espérance de vie, le niveau d’instruction et l’accès aux services essentiels pèsent tout autant dans l’évaluation du bien être collectif. Un pays peut afficher un revenu par habitant en hausse tout en souffrant d’inégalités territoriales marquées, d’un système de santé fragile ou d’un chômage massif des jeunes. Dans ce cas, la croissance demeure un agrégat comptable, sans traduction tangible pour une large part de la population.

La confusion persiste aussi parce que la croissance est plus facile à mesurer et à communiquer. Un taux annuel de 5 % se lit immédiatement et permet des comparaisons internationales rapides. Le développement, lui, exige une analyse plus fine, qualitative autant que quantitative. Il interroge la qualité de la dépense publique, la gouvernance, la capacité à transformer les ressources naturelles en capital humain et productif.

Distinguer clairement ces deux notions n’implique pas d’opposer l’une à l’autre. La croissance demeure nécessaire pour élargir les marges budgétaires et financer les politiques sociales. Mais elle n’est pas une fin en soi. Sans orientation vers la diversification productive, l’emploi et la réduction des inégalités, elle peut même renforcer des déséquilibres existants. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage, mais de produire mieux et de répartir plus équitablement les fruits de l’activité économique.

Auteur: AÏcha Fall
Publié le: Lundi 16 Février 2026

Commentaires (8)

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    Solutions il y a 18 heures
    Man kay je me souviens avec le livre SOLUTIONS, on nous avait dit que le Senegal avec du Gaz et du Pétrole .... Que le niveau de vie des sénégalais allait dépasser celui des kowetiens et des émiratis. Ayiiiii
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    diop ousmane il y a 18 heures
    très bon article nous avons besoin de ces thèmes pour mieux faire la distinction . bon courage
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    Quantbusiness il y a 17 heures
    C'est un constant tres interessant qui n'est pas le meme selon les different pays , la taille de l'economie et sur la demographie qui donne une nouvelle dimmension a cette relation. C'est une relation beaucoup plus complexe que vous l'imaginez. En effet la croissance en Afrique est trop insuffisante pour satisfaire a une explosion de la demande sociale. Et du coup cela va necessairement creer un gap. Les besoins d'une population dont la moite de la population sont jeune est completement differents. Aux US le budget le plus important est celui de la defense alors qu'au Senegal l'education se taille la part du lion. Ensuite la taille de l'economie n'est pas la meme ce qui fait la valeu ajoutee generee n'est pas la meme sans compter l'implication du facteur monnaie ou l'equivalent en terme monetaire.Ensuite il existe un autre aspect de cette croissance qui est souvent occulte mais qui peut influencer les retombees sociales. Dans les pays devellopes la crissance est souvent dopees par l'innovation des entreprises. Cela permet une meilleure redistribution des profits. Ici aux USA les salaries des grandes cies comme Google, Facebook, Apple, Oracle, Salsforce...etc percoivent des primes ou bonus annuels equivalent au minimu a la moitie de leur salaire annuel.C'est d'ailleurs un phenomene qui a contribue a l'emergence d'une nouvelle classe de millionaires qui ne sont que des employes de ces cies.
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    66u8 il y a 17 heures
    La question de fond est celle de la redistribution équitable des revenus de la croissance. Même dans les pays du G20, la croissance économique ne profite pas à tous. Il y a des couches vulnérables ou des sous qualifiées qui sans redistribution à travers des allocations, des emplois aidés ou des formations, resteront toujours sur le carreau.
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    Gabriella Rawling il y a 17 heures
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    patriote il y a 17 heures
    Titre : Redressement budgétaire et souveraineté : le choix de la résilience face au diktat du FMI L'analyse éclairante de Aïcha Fall, qui distingue la croissance du développement, arrive à point nommé dans le débat national. Alors que le gouvernement actuel présente son plan de redressement, certains critiques se focalisent uniquement sur les indicateurs de croissance à court terme, oubliant l'état de délabrement dans lequel l'économie a été trouvée. Je souhaite, à travers cette contribution, défendre la logique profonde du régime actuel en m'appuyant sur les arguments de l'auteur, mais également sur le choix souverain et résilient que le Sénégal a fait face à une institution internationale qui a pourtant failli dans sa mission de surveillance. Il est essentiel de rappeler la situation catastrophique héritée par les nouvelles autorités. Pendant des années, nous avons peut-être eu l'illusion d'une certaine vitalité économique, mais celle-ci relevait exactement du piège décrit par Madame Fall : une croissance extravertie, reposant sur des secteurs capitalistiques, générant peu d'emplois et concentrant la richesse sans transformer le pays. Les caisses étaient vides non pas parce que le PIB n'augmentait pas, mais parce que les fruits de cette croissance étaient mal répartis, mal gérés, et ne servaient pas à construire un développement durable. Mais il y a plus grave. Aujourd'hui, le Fonds Monétaire International, qui était pourtant présent au Sénégal depuis des années, qui supervisait les comptes publics et validait les ratios d'endettement, ose exiger une restructuration de notre dette . Comme le souligne l'économiste Meissa Babou : « Où était-il quand la dette a été déclarée à 70 % du PIB, alors que nous sommes à 130 % ? » . Cette institution, co-responsable de la situation par son silence complice devant les « micmacs » financiers de l'ancien régime, voudrait aujourd'hui imposer au nouveau pouvoir, fraîchement élu, le poids d'ajustements brutaux . Le refus de la restructuration : un acte de souveraineté Face à cette injustice, le gouvernement a fait un choix clair : refuser la restructuration de la dette, malgré les pressions. Pourquoi ? Parce que, comme l'explique Meissa Babou, « la restructuration, c'est l'ajustement structurel » . Derrière ce mot technique se cachent des réalités que nous avons déjà vécues dans les années 1990 : suppression des subventions, dévaluations, inflation galopante, cession des entreprises publiques, souffrance sociale. Le nouveau régime, élu sur une promesse de rupture, ne peut pas infliger cela à son peuple. Le FMI lui-même reconnaît que « les décisions ne peuvent être prises que par les autorités sénégalaises » . Le Sénégal a donc décidé d'assumer sa souveraineté en empruntant une voie plus difficile mais plus digne : celle de la résilience et du financement endogène. Comme l'affirme le ministre Ahmadou Al Aminou Lo, « la souveraineté c'est d'abord pouvoir vous même financer votre développement » . Avec un taux de pression fiscale de 20 % contre 30-40 % dans les pays développés, une marge existe, et le gouvernement a décidé de l'exploiter par un effort citoyen et équitable. La résilience par le marché régional : une alternative crédible Contre toute attente, et malgré l'absence de programme avec le FMI, le Sénégal démontre une capacité de résilience remarquable. Le succès des Appels Publics à l'Épargne (APE) sur le marché régional est éclatant : 560 milliards FCFA mobilisés lors du quatrième APE, dépassant de 40 % l'objectif initial . Cela prouve que « les investisseurs institutionnels et individuels de l'UEMOA continuent de faire confiance à la signature souveraine du Sénégal » . Cette stratégie de repli intelligent sur le marché régional est un puissant amortisseur. Elle permet de naviguer la période d'incertitude sans asphyxie financière, tout en éliminant le risque de change lié aux emprunts en devises . Le gouvernement a ainsi pu financer son Plan de Redressement Économique et Social (PRES), doté de 633,7 milliards pour 44 projets prioritaires en 2026, couvrant les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, la santé et l'éducation . Investir dans le capital humain et la transformation structurelle Ce plan, contrairement à ce que certains disent, n'est pas un plan d'austérité. C'est une tentative courageuse de réconcilier enfin croissance et développement. Il s'attaque précisément aux déséquilibres que l'article de Madame Fall met en lumière : Refuser la croissance à tout prix : Le gouvernement a fait le choix de la transparence et de la sincérité budgétaire, quitte à afficher des chiffres moins flatteurs à court terme. Il ne s'agit pas de "produire davantage" dans l'urgence, mais de "produire mieux" en réorientant l'investissement. Investir dans le capital humain : La priorisation des dépenses publiques vers l'éducation (Université virtuelle, universités régionales), la santé (35 nouveaux centres de santé) et la protection sociale, malgré un contexte budgétaire contraint, est la preuve que l'objectif n'est pas la croissance pour elle-même, mais bien l'amélioration des conditions de vie . Poser les bases d'une diversification productive : Avec 119 milliards pour l'industrie et l'agro-industrie, et le développement des agropoles Sud et Centre, le Sénégal mise sur la transformation locale et la création de valeur ajoutée, pour sortir de la dépendance aux matières premières . Le potentiel transformateur des ressources naturelles Enfin, cette traversée de la zone de turbulence actuelle ne prend son sens qu'au regard du colossal potentiel de transformation qui s'ouvre avec le démarrage des projets pétroliers et gaziers de Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim . Contrairement aux contre-exemples africains, l'État s'engage à canaliser ces revenus via un fonds souverain transparent pour préparer l'après-pétrole. Critiquer ce plan au nom d'une croissance qui serait plus faible aujourd'hui, c'est faire preuve de myopie. C'est confondre le symptôme avec la maladie. Le régime actuel a eu le courage de poser un diagnostic lucide, de dire non aux solutions faciles mais humiliantes de la restructuration imposée, et d'administrer un remède amer mais nécessaire en puisant dans nos propres forces. L'enjeu aujourd'hui n'est pas seulement de produire davantage, mais de produire mieux, de répartir plus équitablement, et de le faire en maîtres chez nous. Soutenir ce plan, c'est soutenir cette vision de long terme, cette quête de souveraineté économique qui, comme l'a si bien montré la victoire héroïque des Lions à la CAN, est désormais inscrite dans l'ADN de ce peuple résilient.
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    Quantbusiness il y a 16 heures
    La majorite du budget ($ 950 milliards) du budget du Pentago va financer les projets du ministere de la defense pour proteger les americains et non payer les salaires des militaires et fonctionnaires de ce ministere. Les principaux beneficiaires sont des entrepriss privees e comme Boeing, Loockheed Martin, Northrop Grumman...etc. Ce sont des entreprises qui embauchen des milliers de travailleurs et tous les cadres de ses entreprises sont de potentiels millionaires. Il detiennent des actions de ces cies qui s'apprecient avec la flambee ou l'ascension fulgurante des indices bousiers.
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    Anconsa il y a 15 heures
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