Elle n’a que 13 ans mais son père la façonne déjà comme l’héritière du régime: en Corée du Nord, Kim Jong Un prépare les esprits à ce qu’une femme accède au pouvoir
Derrière le rideau opaque du régime nord-coréen, les signes se multiplient : la fille du dirigeant suprême, Kim Ju Ae, apparaît comme la successeure désignée. Un pari audacieux dans une société patriarcale... mais soigneusement orchestré.
Le congrès du Parti des travailleurs s’est achevé hier à Pyongyang. Sans surprise, Kim Jong Un a été reconduit à la tête du régime. Pourtant, le leader nord-coréen semble déjà préparer l’avenir : celle que les médias officiels présentent désormais comme sa "fille bien-aimée" pourrait bien devenir la prochaine figure du pouvoir.
Kim Ju Ae, 13 ans, est la seule des trois enfants supposés du dirigeant à être apparue publiquement. Dans la mythologie officielle, elle est désormais associée à l’ "étoile du matin", quand son père est qualifié de "soleil" de la nation. Le message est limpide : la lumière de la dynastie doit continuer à briller.
Une mise en scène millimétrée
Dans un pays où tout est secret (l’âge exact de Kim, sa date de mariage, ou même le nombre de ses enfants restent inconnus) chaque image diffusée par les médias d’État compte. Et ces images parlent.
Selon une enquête du Nikkei Asia, l’analyse par intelligence artificielle de 14.000 heures de télévision nord-coréenne montre que Kim Ju Ae apparaît désormais presque aussi souvent à l’écran que son père. Elle est omniprésente : cérémonies militaires, inaugurations d’écoles, visites d’usines… autant de signes qu’elle est plus qu’une simple "princesse" du régime.
Le travail d’image d’une future dirigeante
Autre indice : l’évolution soigneusement calibrée de son style. Fini les doudounes d’adolescente et les chaussures plates ; place aux manteaux structurés, aux tenues immaculées et aux cheveux longs, signe de distinction dans un pays où les jeunes filles doivent les porter courts. Ses apparitions au bras de son père, marchant à sa hauteur plutôt qu’à distance, ne laissent guère de doute sur la symbolique : une héritière en formation.
Les médias d’État multiplient aussi les scènes de tendresse entre Kim Jong Un et sa fille : regards complices, baisers, gestes affectueux. Dans un régime où le chef est vénéré comme une divinité, laisser paraître une telle proximité relève de la mise en scène politique : humaniser le leader, légitimer son lien de sang, marteler que la seule qui a le droit de le toucher... est son héritière.
Préparer le terrain... longtemps à l’avance
À 13 ans, Kim Ju Ae est bien loin du pouvoir réel. Mais le temps joue contre son père. Kim Jong Un, quadragénaire au profil de santé incertain, aurait tiré les leçons de la transition brutale vécue à la mort de son propre père. Préparer une succession, surtout féminine, dans un régime patriarcal, demande patience et calcul.
En consolidant dès maintenant la légitimité de sa fille, Kim semble vouloir s’assurer que, le moment venu, la dynastie perdure.
Deux femmes au cœur du pouvoir
L’autre figure féminine en ascension à Pyongyang, Kim Yo Jong, sœur du dirigeant, a été promue lors du congrès à un poste équivalent à un portefeuille ministériel. Fine stratège, elle apparaît comme une "régente potentielle" chargée d’encadrer la jeune héritière en cas de vacance du pouvoir.
Dans un État façonné par les hommes, Kim Jong Un semble miser sur deux femmes : sa sœur pour la stabilité immédiate, sa fille pour l’avenir. Un pari audacieux, mais peut-être la seule manière, pour le "soleil" de Pyongyang, d’assurer la survie de son empire au-delà de sa propre ombre.
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