Divulgation de statut sérologique dans l’affaire Pape Cheikh Diallo : Dr Khoudia Sow pointe un vice de procédure
Le climat social est électrique ces derniers jours. Entre arrestations de figures médiatiques et surenchère politique, la question de l’homosexualité est au centre du débat public, alimenté par l’affaire Pape Cheikh Diallo et ses rocambolesques rebondissements. Face à ce dossier de transmission présumée volontaire du VIH où la préservation de la santé publique, les enjeux judiciaires et moraux s’entrechoquent, la frontière du secret médical s’effrite.
Analysant cette affaire qui tient en haleine toute la société sénégalaise, Dr Khoudia Sow pose un diagnostic lucide. Invité de l’émission Objection de ce dimanche sur Sud Fm, la sociologue, médecin et chercheur en médecine pointe d’emblée un vice de procédure dans l’enquête menée par la Brigade de Recherches de Keur Massar. Mieux, elle dénonce une violation de la loi à travers la divulgation de statut sérologique des mis en cause.
« On a vu dans un communiqué (de la gendarmerie, Ndlr) repris par les médias, des noms de personnes avec leur statut sérologique. Alors que, dans la loi, la divulgation du statut sérologique des personnes est protégée. D’abord le dépistage est volontaire et il faut un consentement éclairé. C’est seulement sur réquisition du procureur qu’on peut aller faire le test à une personne sans son consentement. Bien sûr avec au préalable une enquête. Il nous semble que tout ceci n’a pas été fait », fait-elle remarquer. « Les statuts sérologiques des personnes sont strictement confidentiels », rappelle-t-elle avec fermeté.
Pour la sociologue, le Sénégal est aujourd'hui le théâtre d'un affrontement entre deux camps antagonistes : les partisans de la répression extrême, c’est-à-dire ceux qui veulent une criminalisation radicale portée par une forte demande sociale. Et de l’autre côté, une minorité de jeunes homosexuels qui, par certains signes ou comportements, souhaitent rendre visible leur différence.
Entre ces deux pôles, les pouvoirs publics semblent avoir cédé à la « pression socio-politique », qui a mené à l’annonce d’un projet de loi des peines contre les auteurs d’actes contre-natures. Des pressions qui, selon le médecin, mettent à rude épreuve les avancées significatives réalisées par les acteurs engagés contre le Sida au Sénégal.
« Dans notre société depuis un moment les questions sur l’homosexualité font l’objet d’enjeux politiques. Tous les candidats ont pratiquement été obligés de se prononcer sur cette question. Il y a eu une pression politique très forte qui a été faite sur les pouvoirs publics et à un moment donner une forme de demande sociale émanant parfois d'autorité de tout bord, y compris certaines autorités religieuses qui ont fait que cette pression politique a amené les autorités à avoir une approche un peu plus radicale », analyse-t-elle.
« Borom gnary tour », une réalité sénégalaise ancestrale
Face au discours présentant l'homosexualité comme un phénomène d'importation récent, Dr Khoudia Sow oppose une réalité historique. Elle rappelle que dans toute société, une minorité (estimée entre 0,5% et 1%) naît avec une « différence ». Pour illustrer son propos, elle évoque l'expression wolof « borom gnary tour » qui, selon elle, atteste que la « confusion de genre » a toujours existé et a longtemps été reconnue, bien avant que le débat public ne se radicalise sur cette question de l’homosexualité sous l'effet de l'agenda politique actuel.
À l’en croire, en brisant le secret médical et en stigmatisant les populations porteuses du virus, le risque est de voir ces dernières fuir les structures de soin, mettant ainsi en péril des décennies de lutte contre le VIH.
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