Réduction des émissions de gaz à effet de serre en assainissement : l’ONAS dévoile ses 4 scénarios et 4 options d’atténuation au 23ème Congrès de AAEA
La réduction des émissions des gaz à effet de serre est une thématique émergente. En Afrique, le Sénégal à travers l’Office National de l’Assainissement du Sénégal fait partie de ceux qui mènent le lead. Au 23ème Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement, tenu à Yaoundé au Cameroun, la thématique a cristallisé l’attention des participants lors d’un des panels, le mercredi dernier. L’ONAS avec Enda Energie, l’Institut mondial de la Croissance verte (GGGI) ont commencé à défricher le champ quasi vierge des liens entre l’assainissement et les changements climatiques.
Les parties prenantes ont commencé par identifier les sources d’émission des gaz à effet de serre. « Nous avons réalisé une étude avec Enda et GGGI afin d’alimenter la contribution nationale déterminée (CND). Le but, c’est de faire l'inventaire des effets de serre. Pour ce faire, il faut faire un diagnostic des deux systèmes, collectif et autonome. Et par rapport à ces deux systèmes, nous avons remarqué que les trois maillons qui pouvaient générer les gaz à effet de serre sont les fosses septiques, l’ouvrage qui permet de faire la rétention des eaux usées produites au niveau des ménages, le maillon traitement que ça soit les Stations de Traitement des Boues de Vidange (STB) ou les Stations d'Épuration, et le troisième et dernier maillon, c’est le milieu récepteur », liste le Chef du Département Épuration et Développement des sous-produits de l’Assainissement, Abdoulaye Mallo Guèye.

Emission de gaz dans le milieu récepteur
L’expérience a montré que l’effluent qui n’a pas été traité de manière complète continue à émettre les gaz y compris dans le milieu récepteur. « L’effluent continue à se dégrader même dans le milieu récepteur. C’est pour cela qu’il faut intégrer l’ensemble des données sur les trois maillons pour faire un inventaire exhaustif. Après cet inventaire, il fallait utiliser une plateforme IPCC pour générer des valeurs d’émission. Et ce sont deux gaz qui sont pris en compte à savoir le protoxyde d’azote et le méthane. Comme vous le savez, le méthane est 28 fois plus réchauffant que le CO2. Mais pour le protoxyde d’azote, c’est plus de 200 fois », a précisé Abdoulaye Mallo Guèye.
Les 4 scénarios
Après l’inventaire, place à la modélisation des 4 scénarios. Le premier scénario repose sur le Business as usuel qui sous-entend rependre les mêmes pratiques et politiques du Sénégal. Il s’agit de voir ce que cela va donner en 2050. Mais d’ici là, il y a des scénarios intermédiaires. « Nous avons un niveau des émissions de gaz à effet de serre de 1700 gigagrammes équivalents C02 entre 2018 et 2024. Et pour le S3, nous avons un niveau d’émission qui avoisine les 1110 gigagrammes équivalents C02. Cela veut dire que si un effet d’atténuation est fait, on aura une réduction qui avoisine 600 gigagrammes équivalents en C02. Cela n’est pas négligeable », déduit Abdoulaye Mallo Guèye.
La réduction de 600 gigagramme équivalent CO2 équivaut à ce émettrait une centrale thermique fonctionnant avec du fuel lourd polluant, d’une puissance de 100 mégawatts et qui tourne durant 8.000 heures par année. « Cela montre le potentiel que l’assainissement a pour participer à la stratégie du Sénégal de réduction des émissions de gaz à effet de serre », a argumenté le chef de Département Épuration et Développement des sous-produits de l’Assainissement au Sénégal.
Les 4 mesures d’atténuation
Parmi les options d’atténuation qui émergent, il y a le renforcement des capacités épuratoires des stations d’épuration parce que lorsque l’effluent est traité de manière correcte, l’émission a tendance à diminuer. La deuxième mesure, c’est par rapport à la réutilisation, l’eau épurée, les boues. Cette réutilisation participe à la sécurité alimentaire. La 3ème mesure que j’ai proposée, c’est la densification du réseau d’assainissement. Parce que dans des villes denses comme Dakar, c’est vrai ; que nous faisons la promotion de l’assainissement autonome, mais il est beaucoup plus approprié de mettre les réseaux d’assainissement pour adresser tout ce qui est pollution de la nappe phréatique », a développé Abdoulaye Mallo Guèye.

La 4ème voie de réduction des émissions est celle de l’introduction des technologies précisément celles relatives à la production de l’énergie et ce qui permet inversement de baisser la consommation de l’énergie fossile. Plus les stations d’épuration fonctionnent avec l’énergie propre, plus ONAS réduira son empreinte carbone sans oublier la réduction de la charge d’exploitation. « La 4ème et dernière mesure, c’est l’adoption de la technologie biogaz. Cette adoption a fait ses preuves on sait que le biogaz permet de convertir le méthane et diminuer les émissions de gaz. Dans le même temps, nous réduisons les coûts d’exploitation et optimisons les coûts énergétiques des différentes stations et tout ce qui est technologie de valorisation de nos sous-produits. Il va falloir une qualité requise avant de faire de la valorisation », commente le chef du Département Épuration et Développement des Sous-produits de l’assainissement de l’ONAS.
Belem, le déclic
La corrélation entre l’assainissement et les changements climatiques commence à être perçue. Cette problématique émergente intéresse des partenaires et en Afrique, des pays veulent s’inspirer du modèle sénégalais qui est pourtant à ses débuts en dépit des données tangibles disponibles. Après la Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique ( COP-30), tenue à Belem au Brésil, l’ONAS a levé un coin du voile sur le travail qu’il est en train de faire dans une optique de réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Depuis notre participation à la Cop 30 à Belem, on voit beaucoup de structures qui s’intéressent plus à l’assainissement et les changements climatiques. Parce que derrière le discours, nous avons des chiffres.
Cela est un atout pour convaincre les bailleurs. Tant que nous n’avons pas des études abouties, l’obtention du financement devient impossible. C’est pour cela, avec l’engagement du Directeur Général de l’ONAS, Séni Diène, nous nous attelons à mettre en place des systèmes de monitoring permettant in fine d’avoir des données fiables, des projets éligibles aux financements climatiques et aux fonds verts climats », a avancé Abdoulaye Mallo Guèye.
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