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Emigration clandestine : Effet de mode ou enfant naturel d’une émigration asymétrique ?

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Emigration clandestine : Effet de mode ou enfant naturel d’une émigration asymétrique ?
Colonel mamadou Adje

Ministère du Tourisme et des Transports Aériens

L’émigration clandestine n’est pas un phénomène nouveau en soi puisqu’ayant été identifiée à différentes étapes de l’histoire notamment depuis que l’Etat-nation s’est imposé comme acteur principal des relations internationales.

      Elle aurait  poursuivi sa marche discrète comme ce fleuve d’ALBERT SIMAIN aux « eaux autoritaires, rançonnant durement les ruisseaux attributaires et riche de ses flots par les flots augmentés » sans que personne ne s’en émeuve si ce n’est les épouses éplorées et les familles vivant dans l’angoisse du retour hypothétique de l’être aimé qui n’avait peut être jamais aperçules lumières de « barça » et dont les restes, sans sépulture, dérivent à jamais au fond des abysses.

II fallu que les médias en général, la télévision en particulier, par son pouvoir émotionnel, jette une lumière crue sur ces hussards des temps modernes s’empalant sur les défenses électrifiées aux lames acérées de Ceuta et Ménilla pour secouer l’opinion publique, faire agir les autorités étatiques et pousser les pays européens à se barricader face à cette nouvelle menace !

Pourtant, en d’autre temps, les gigantesques mouvements de populations d’Irlande et de Russie vers l’Amérique, sans commune mesure avec ces centaines de milliers de clandestins déboussolés, avaient seulement suscité la compassion et fait ériger « ELLIS ISLAND »en terre d’Eden.

          Mais, dans un contexte géopolitique particulier d’après 11 septembre, l’Europe, ilot de prospérité et de jouissance, face à un océan de pauvreté, dérangée dans son repos vespéral, jetant un regard prospectif au-delà des murailles de CEUTA et MENILA, n’a vu qu’une armée d’affamés et de rejetons de l’ajustement structurel, avant-garde d’une larme de fond susceptible de charrier un désordre que les stratèges du terrorisme international ne regarderaient pas sans intérêt.

            Quant à l’Afrique, qui espérait amorcer à l’entame du nouveau millénaire un tournant décisif dans la prise en compte de son destin, elle offre au monde le spectacle désolant d’une course effrénée de ses forces vives qui étaient pourtant  la préoccupation majeure des politiques de développement en cours sous la houlette des Institutions de Breton Wood.

         Les plus optimistes y voient un effet de mode, une réaction passagère d’une jeunesse en mal de repères, livrée à l’hyper médiatisation des sirènes d’hellène.

         Ils n’ont pas tout à fait tort, mais si l’on analyse le profil démographique des candidats, les moyens conséquents engagés dans la recherche du sésame, le taux important de récidive, la recherche forcenée de voies de contournement des dispositifs sécuritaire et les enjeux financiers pour les réseaux de trafiquants, les tenants de cette thèse peuvent être considérés comme des « horloges en panne, qui ont l’heure deux fois par jour » pour paraphraser Emmanuel TODD.

Ainsi,  quand on tient compte de l’inclination naturelle des sénégalais à émigrer pour le meilleur et parfois pour le pire,  la « détérioration constante des termes de l’émigration » ,  les restrictions sécuritaires sur la mobilité à l’échelle planétaire, on peut affirmer sans risque de se tromper que l’émigration clandestine a dépassé l’effet de mode et n’est rien d’autre  que la conséquence de la tendance asymétrie de l’émigration des sénégalais en particulier , des pays pauvres d’Afrique en général face à la « sanctuarisation » de plus en plus prononcée de l’Eldorado européen

Les rapports des autorités italiennes, trois ans après la mise en œuvre des mesures sécuritaires en attestent : 14.968débarqués de Janvier à septembre 2007 contre 16.093en 2006 (soit une légère diminution) mais dans le même temps le nombre d’embarcations a presque doublé et le budget de « Frontex » est passé de 14.millions d’Euros en 2005 à 32 millions en Juin 2007 et tout prés de nous l’actualité est dominée par ces 300 émigrants clandestins qui ont  probablement tous péri en mer en tentant d’atteindre Lampédusa !

    Les mesures sécuritaires sont donc loin d’être une panacée devant la détermination desémigrants clandestins à forcer les portes de l’Europe et la flexibilité des stratégies de contournement mises en œuvre par les trafiquants.

Sous ce rapport, si l’on compare l’émigration clandestine à un iceberg, la partie visible est constituée de ces « hommes au mental d’acier pas forcément  nécessiteux » selon une enquête de Serge Daniel de J.A, décidés à braver le Désert et à prendre d’assaut les enclaves espagnoles, « ces petits murs de Berlin » et à qui sont en principe, destinés les mesures sécuritaires prises en concertation avec les pays récepteurs.

Mais, en  dessous de ce tourbillon git l’immense majorité qui « boue comme dans une urne trop pleine », attendant « l’âge canonique de l’émigration » et les inévitables pressions familiales pour faire écho aux sirènes des réseaux des l’émigration clandestine.

Alors il faut agir vite pour éviter que cette jeunesse ne se jette à l’eau au péril de sa vie pour les mirages de l’Europe et nous somme tous interpellés en tant qu’autorités politiques et religieuses, parents, frères et amis de ces potentiels candidats à l’émigration  !

Sans prétendant tracer la voie royale pour  la maitrise cette  masse de candidats à l’émigration , on peut toutefois considérer que seuls le renversement des tendances « asymétriques » de l’émigration des sénégalais par la mise en œuvre d’une  politique d’émigration fondée sur la maitrise et l’accompagnement des flux migratoires,la mobilisation des « Sénégalais de l’extérieur » et le renforcement du rôled’encadrement et d’éducation dévoluaux Forces de Défense et de Sécurité permettraient de promouvoir une émigration légale et de reléguer l’émigration clandestine au rang de phénomène ou d’effet de mode.

Ne nous y trompons pas, il ne faudrait pas compter sur l’assouplissement des mesures sécuritaires car les restrictions à la mobilité vont s’inscrire dans la durée et la volonté des jeunes sénégalais de voir « Barça » ou à défaut « Barzakh »  restera elle aussi plus que jamais intact !

Il s’agira donc de donner à chaque jeune cet « american dream », cette perception que le rêve de voir « Barca » par des moyens légaux peut devenir un objectif réalisable !

                                                                       Col Adje  00 221 77 396 63 12


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