Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et à Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Ousmane Sonko (Par Dianoune SEYDI)
Qu’il me soit permis, dans la solennité grave de ce jour qui n’appartient ni au tumulte des foules ni aux murmures des courtisans, de m’adresser à Vous non comme on harangue un roi, mais comme on parle à l’homme chargé d’une destinée, à l’âme qui se sait dépositaire d’un peuple tout entier.
Vous voilà, l’un Président, l’autre Premier Ministre, portés non point par la seule mécanique d’un scrutin, mais par l’aspiration brûlante de tout un peuple, la clameur étouffée de décennies d’injustices, et l’espérance nue de ceux qui n’ont plus que leur foi en l’avenir comme dernier pain à rompre.
La langue française est parfois faible pour dire la profondeur du silence d’un peuple qui regarde. Mais dans ce silence, Messieurs, se trouvent des regards qui vous fixent, non pour vous admirer, mais pour vous rappeler. Vous rappeler que vous êtes l’issue d’un long exil, la lumière entrevue après la longue nuit, les fils improbables d’un serment ancien, formulé dans la douleur, signé dans le sang, scellé dans les larmes de nos mères.
De grâce, ne permettez point que l’Histoire se morde la queue.
Nous avons vu tomber les feuilles mortes de tant de révolutions trahies. L’Afrique en est le mausolée. Ne devenez pas les héritiers amnésiques de ceux qui promettaient l’aube et creusèrent des tombes. Soyez plutôt ces bergers vigiles, dont parle le prophète Isaïe, qui veillent la nuit pour que l’ennemi ne trouve pas la bergerie assoupie.
Le piège, Messieurs, ne sera pas un coup d’État brutal, ni un complot ourdi dans l’ombre ; non, il sera plus subtil : il viendra sous les traits du bon conseiller, du flatteur désintéressé, du réconciliateur empoisonné. Méfiez-vous de ceux qui, vous ayant autrefois combattus, viennent aujourd’hui parés de la tunique du pardon, mais dont la main serre le poison du schisme. Le système que vous avez combattu ne meurt jamais : il mue.
Souvenez-vous, souvenez-vous toujours, des noms qui ne sont pas gravés sur des plaques mais dans les veines de notre conscience collective : ces femmes humiliées, ces jeunes fauchés dans la fleur de l’espoir, ces vieillards battus pour avoir crié votre nom, ces prisonniers sans juges, ces martyrs sans tombeaux.
Ils n’attendent ni statues ni médailles. Ils attendent simplement que leur sang versé ne soit pas trahi par des querelles de forme, des disputes d’ego ou des divergences de méthode. L’Histoire, Messieurs, ne retiendra pas vos nuances. Elle jugera votre unité. Elle mesurera non vos discours, mais votre entente. Car une maison divisée contre elle-même ne saurait tenir, disait Lincoln. Et l’Afrique, lasse de ses spasmes, ne peut se permettre un accouchement mort-né de plus.
Aimez-vous, Messieurs, d’un amour politique, lucide, sans naïveté, mais avec cette gravité fraternelle qui lie les compagnons de lutte. Que vos divergences deviennent richesse, que vos désaccords s’expriment dans le respect, mais que jamais l’un ne pense pouvoir être sans l’autre.
Ne laissez pas l’orgueil ruiner ce que la sueur du peuple a bâti.
Vous incarnez aujourd’hui la part vivante d’un rêve ancestral. Ce rêve qui habite nos villages, nos bidonvilles, nos rues grouillantes et nos cœurs vides. Ce rêve d’un continent debout, d’un Sénégal souverain, digne, fécond, éclairé, juste. Ce rêve n’a pas besoin d’un héros, il a besoin d’un pacte. Vous en êtes les signataires.
Que l’orgueil des puissants ne vous corrompe pas. Que la douceur des fauteuils ne vous endorme pas. Que le chant des sirènes ne vous égare pas.
François Mauriac disait : « Ce qui manque au monde, c’est l’âme. » Je vous en prie, Messieurs, gardez la vôtre.
Et si vous deviez un jour vaciller, souvenez-vous de ce peuple qui n’a plus d’autre recours que vous. Souvenez-vous que sur votre entente repose non seulement l’espoir de 54% de Sénégalais, mais l’aspiration d’un continent tout entier, orphelin de modèles.
L’Afrique vous regarde. Le monde vous jauge. Le peuple vous attend.
Puissent vos pas ne jamais s’éloigner de cette humble grandeur que confère le service du Bien commun.
A Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye et à son Premier Ministre Ousmane Sonko,
Je vous donne cette image de moi-même en tant que sympathisant de Pastef, mon reflet dans les lectures des histoires politiques. C’est le témoignage de ma confiance en vos destinées de leaders et d’une admiration qui ne finira jamais.
Respectueusement, lucidement et fraternellement ! Un fils de la patrie, témoin de l’attente !
Dianoune SEYDI, traducteur de Conférence à la Commission de l’Union africaine, traducteur certifié au Ministère de l’Intégration africaine et des Affaires Etrangères.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion