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Mamadou Lamine Dianté : « le baccalauréat 2020 n’est nullement de qualité inférieure »

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Mamadou Lamine Dianté : « le baccalauréat 2020 n’est nullement de qualité inférieure »
Ancien coordonnateur du Grand cadre des syndicats d’enseignement, Mamadou Lamine Dianté estime qu’il ne sert à rien « de chercher à maculer la belle réussite » des bacheliers. Dans cet entretien avec Seneweb, il invite l’Etat à débarrasser les curricula de certaines aspérités encombrantes, tout en proposant des pistes de réflexion sur l’orientation des bacheliers.

Les résultats du baccalauréat dépassent la barre des 45% cette année. Comment expliquer ce taux de réussite important dans ce contexte de Covid-19 où l’école a été fortement perturbée ?

Nous voudrions d’emblée préciser que le baccalauréat 2020 n’est nullement de qualité inférieure, bien au contraire. C’est justement l’anormalité de l’année scolaire qui confère aux récipiendaires tout le mérite qui leur revient. Car toutes les conditions étaient réunies pour leur trouver mille et une excuses si cela se passait autrement. Nous félicitons donc chaleureusement tous les heureux candidats qui ont permis d’avoir cette grande réussite au baccalauréat cette année, au moment où l’on s’y attendait le moins.

Nous espérons que cela inaugure la nouvelle ère de l’école de la réussite au Sénégal. Le protocole pédagogique mis en route contient surement les déterminants de la réussite. Il convient de bien les identifier, de les consolider, sinon de les renforcer. Ces déterminants de la réussite pourraient être ?l’allègement des programmes”, la limitation de la taille des groupes pédagogiques, la réduction du temps de présence de l’élève à l’école, la baisse de la charge de travail des enseignants, l’amélioration de l’environnement scolaire, entre autres.

En effet, les acteurs se sont longtemps plaints des programmes scolaires surdimensionnés, mais les autorités sont restées statiques. C’est pourquoi, à notre humble avis, cet ?allègement des programmes” n’a été qu’une bonne manière de débarrasser les curricula de certaines aspérités encombrantes, car le Sénégal a adopté l’approche par compétences (APC) depuis plus de dix ans.

La limitation de la taille des groupes pédagogiques qui est l’un des facteurs de réussite de l’APC, pourrait aussi être un déterminant de la réussite car notre pays administre désormais le ?bac UEMOA”, dont les épreuves sont conçues selon le modèle de l’APC. La réduction du temps de présence de l’élève à l’école augmente théoriquement celui de présence à la maison, autrement dit, le temps d’apprentissage et d’exercices de l’élève.

Car, faut-il le rappeler, à l’école on étudie et à la maison on apprend, et si le temps le permet on peut faire beaucoup d’exercices de consolidation des acquis. Sans oublier que les nombreuses initiatives développées par le ministère et par les enseignants ont permis d’améliorer le niveau d’encadrement des élèves, cette année.

Quant à la charge de travail de l’enseignant, plus elle est allégée et plus celui-ci a le temps de développer des initiatives qu’exige la méthode APC. Donc, le ministère de l’Education nationale ne devrait plus arguer de l’indemnité de recherche documentaire pour continuer de surcharger les enseignants, notamment dans le moyen-secondaire.

Certains disent que le dispositif à la reprise n’a duré qu’un mois. Donc insuffisant pour influer sur les résultats de manière significative.

En réalité, c’est plutôt 45 jours de cours en présentiel environ, pour les élèves de Terminale. Tenant compte du cadrage opéré dans les programmes et des éléments que nous avons évoqués tantôt, il est plus que compréhensible qu’on ait enregistré pareilles performances.

Il y a quand-même de la suspicion. Pensez-vous qu’elle est légitime ?

Pas à notre avis. Il ne sert d’ailleurs à rien de chercher à maculer la belle réussite de nos vaillants bacheliers. Bravo à eux, encore une fois.

L’Etat a été accusé de sélection au baccalauréat en tenant compte des places à l’université. Pourquoi alors aura-t-il levé le pied cette année ?

Vous conviendrez avec nous qu’en réajustant les programmes, on laisse de moins en moins de place au « jeu de cache-cache » avec les élèves. C’est pourquoi nous souhaitons vivement qu’une évaluation objective soit faite le plus rapidement possible, et que de réformes consolidantes de cette grande réussite interviennent.

Le moment est venu de minimiser davantage les déperditions de ressources engendrées par les échecs massifs constatés d’année en année. La réussite scolaire est toujours rentable aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les ménages qui investissent de plus en plus dans la scolarité des enfants.

Justement il y aura beaucoup de bacheliers cette année. Comment s’y prendre pour les orientations ?

L’Etat saura trouver les solutions idoines. Nous avons toujours fustigé l’utilisation de l’examen du baccalauréat comme filtre de rétention des élèves, en raison de la psychose qui habiterait les autorités face à un flux énorme de bacheliers qui taperaient aux portes de nos universités. C’est l’Etat qui s’est retrouvé dans son propre piège, de n’offrir comme seule perspective aux bacheliers que l’orientation à l’université.

Un étau qui s’est davantage resserré autour du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche depuis l’avènement de Campusen, qui l’oblige à orienter tous les bacheliers qui s’inscrivent sur cette plateforme. Mais nous avons foi en l’intelligence de l’Etat.

Pour notre part, le repositionnement de la formation professionnelle technique pourrait être une solution à envisager. Il faudra simplement préciser la ligne de démarcation qui éviterait des querelles de prérogatives entre les ministères de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur. Ainsi, en matière de formation professionnelle et technique, on pourrait confier au ministère de la formation professionnelle, qui forme traditionnellement au BTS, les ?bac + 2”.

Si l’Etat décide de requalifier les ISEP en Instituts supérieurs de formation professionnelle et technique (ISUFPT) relevant du ministère de la formation professionnelle, on pourrait former une masse critique de cadres moyens de niveau BTS, capables de porter efficacement le développement économique de notre pays dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la pisciculture, de l’artisanat, etc.

Et la carte des ISUFPT sera élargie, densifiée et structurée en fonction des potentialités socioéconomiques du pays. Et le ministère de l’enseignement supérieur sera positionné à partir de la licence 3 pour former des cadres supérieurs et des experts dans les domaines de la formation professionnelle technique. De ce fait, on donnerait aux bacheliers la possibilité de choisir d’aller à l’université ou de s’orienter dans la formation professionnelle post-bac. Si cette politique est bien conduite, elle pourrait à terme décongestionner nos universités.

D’autre part, on pourrait ouvrir les vannes au niveau des CRFPE (centres régionaux de formation des personnels de l’éducation) afin de massifier les effectifs pour doter notre pays d’un nombre suffisant de personnels de l’éducation qualifiés. Bref, il existe une foultitude de solutions. Il faut les réaliser, car nous prenons désormais goût à la réussite massive aux examens scolaires.



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