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RETRAIT DES BASES FRANÇAISES : Les enjeux d’un départ annoncé - Rien n’est encore définitif.

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RETRAIT DES BASES FRANÇAISES : Les enjeux d’un départ annoncé - Rien n’est encore définitif.
Rien n’est encore définitif. Mais le processus semble irréversible : trois quart des 1.200 militaires français vont très bientôt se retirer du Sénégal. Un départ accueilli par la population avec un mélange de fierté et d’incrédulité.

L’information est tombée, vendredi, 19 février 2010. Ce jour-là, un communiqué signé par M. Mamadou Bamba Ndiaye, chargé de la communication de la présidence de la République du Sénégal annonce le démantèlement prochain des bases militaires françaises à Dakar. « Les bases militaires françaises vont quitter le Sénégal en vertu d’un accord qui sera paraphé avant le 4 avril 2010 par les deux parties », informe Mamadou Bamba Ndiaye. Et le chargé de la communication de préciser : « cette décision a été prise à l’issue d’une audience que le président Abdoulaye Wade a accordée à M. Hervé Morin, ministre français de la Défense ».

Cette décision est une suite logique du discours du président Sarkozy fait, au Cap, en février 2008.

« La France ne va plus jouer le rôle de gendarme en Afrique », avait déclaré le président Sarkozy devant les parlementaires sud-africains. Prenant Paris au mot, Dakar vient d’accepter cette politique de « rupture » réitérée, vendredi, par Hervé Morin. Et lance ainsi un signal fort à l’ancienne puissance coloniale. Pour autant, il n’y a rien de concret sur le désengagement des troupes françaises à Dakar. De gros nuages planent sur ce dossier. Sous quelle forme fermeront ces bases ? Avec quels effectifs ? Pourquoi ? Bref voilà autant de questions que se posent bon nombre d’observateurs. Des interrogations d’autant plus légitimes qu’Hervé Morin n’a pas caché le souhait de la France qui veut conserver à Dakar « un pôle de coopération militaire à vocation régionale ».

En clair, Paris ferme ses bases mais, en cas de crise, veut que Dakar serve d’escale à ses bateaux et avions. Suffisant pour que ce départ annoncé soit accueilli avec un mélange de fierté et d’incrédulité. « C’est une demie mesure suspecte. C’est une manière de nous dire : nous partons mais nous vous contrôlons », commente, Abdoulaye Pouye, étudiant en Droit. Il ajoute : « la vérité, c’est que les Français ne veulent pas partir du Sénégal ».

Un sentiment partagé par Moussa Traoré, directeur adjoint de la Rédaction du journal ivoirien, « l’Expression ». « Les Français n’iront nulle part. Ils n’ont aucun intérêt à abandonner une seule de leurs bases en Afrique », précise le journaliste ivoirien qui est à Dakar dans le cadre d’un séminaire de renforcement de capacités.

Certains se félicitent, au contraire, de la politique de rupture prônée par Sarkozy. Et saluent surtout « le courage » du Sénégal dans le traitement de ce dossier. « C’est un acte de souveraineté que le Sénégal a pris en acceptant, séance tenante, la fermeture des bases militaires », se réjouit Ramatoulaye Soumaré, une étudiante malienne. Même conviction chez le politologue sénégalais, Babacar Justin Ndiaye. Cette nouvelle politique souhaitée par Paris et acceptée par Dakar est d’autant plus historique, analyse M. Ndiaye, que ces accords de défense sont estampillés « secrets défense ». Et « tout ce qui est secret, dit-il, est opaque et obscur ».

Philosophe et enseignant au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), Thierno Diop est, lui, formel : le désengagement annoncé des troupes françaises, dit-il, n’est en rien un tournant pour le Sénégal. Encore moins un acte de souveraineté. « Comment parler de souveraineté si 50 ans après son indépendance, le Sénégal est encore incapable de faire face à un incendie ? », se demande M. Diop. « D’ailleurs, je ne crois pas que les Français vont quitter le Sénégal », poursuit M. Diop. Mame Less Camara abonde dans le même sens et souligne la position géostratégique du Sénégal et de sa capitale, Dakar. « Attendons de voir ce que veut réellement la France. Mais tout porte à croire qu’il s’agit plutôt d’un redéploiement sur le continent en tenant toujours compte des intérêts de l’ex-puissance coloniale ».

« La Françafrique économique va perdurer »

Selon Mame Less Camara, la fermeture des bases militaires n’est nullement synonyme de la fin de la domination française en Afrique.

La « Françafrique économique », soutient-il, elle, va, perdurer. « La France et l’Afrique, c’est plus que des accords de défense. C’est un ensemble d’intérêts qui ne sont plus militaires mais économiques ». Et M. Camara de rappeler les 80 milliards de Fcfa d’appui budgétaire de la France au Sénégal, pour lui permettre de payer sa dette intérieure. « La France avait dit : je vous donne cet argent mais à condition de payer en premier les entreprises françaises ». Voilà qui prouve, explique M. Camara, que l’influence et la domination françaises vont continuer. Il y a aussi que ce retrait est à mettre en relation avec le mode de recrutement de l’armée française, commencé sous Jacques Chirac. L’armée française d’aujourd’hui, note Mame Less, est une armée de métiers où les gens viennent avant tout pour chercher du travail ».

Mainte fois annoncée, toujours repoussée

Cette fois-ci, tout porte à croire que l’Elysée ne reculera pas : la révision des accords de défense, mainte fois annoncée, toujours repoussée, va enfin voir jour. Ainsi en a décidé Nicolas Sarkozy. C’est une promesse de campagne qu’il compte respecter. « Je vais opérer une rupture avec les pratiques antérieures », avait promis le candidat Sarkozy qui s’exprimait sur les relations entre la France et les pays d’Afrique. Joignant l’acte à la parole, Nicolas Sarkozy, se voulant président de « rupture », avait réitéré cette promesse devant les parlementaires sud-africains. C’était le 28 février 2008. Soit sept mois après son discours controversé de Dakar. Mais ce jour-là, au Cap, parmi les annonces faites par Nicolas Sarkozy figurent en bonne place la renégociation de tous les accords de défense entre la France et l’Afrique ainsi que la volonté du président de la République de ne plus vouloir « gendarmer » l’Afrique.

« La France n’a pas vocation à maintenir indéfiniment des bases militaires en Afrique », avait précisément dit le patron de l’Elysée.

Selon le président Sarkozy, ce qui a été fait en 1960 n’a plus le même « sens » aujourd’hui. Ces accords, qui datent des années 60, sont « obsolètes », avait-t-il dit, souhaitant dans ce fameux discours du Cap, une « nouvelle relation » entre la métropole et ses ex-colonies. « La relation entre la France et l’Afrique ne peut être fondée sur des accords et sur des politiques qui sont des survivances d’une époque où le monde était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui », avait encore déclaré le président français.

Autre remarquable rupture d’avec le passé : c’est la promesse d’une transparence des futurs accords de défense.

« La transparence, c’est la meilleure garantie pour des relations solides et durables, le meilleur antidote aux fantasmes et aux incompréhensions si complaisamment répandus lorsqu’on évoque les liens qui unissent la France aux Africains. Contrairement à la pratique passée, nos accords devront être intégralement publiés. Je compte également associer étroitement le Parlement français aux grandes orientations de la politique de la France en Afrique », avait promis Nicolas Sarkozy. Comme, dans une moindre mesure, l’avait fait son prédécesseur, Jacques Chirac. Autrement dit, l’actuel patron de l’Elysée est surtout attendu dans le respect de ces promesses.

Des accords « secrets » longtemps dénoncés

C’est sur la base d’un accord « secret » signé au lendemain des indépendances, entre le Sénégal et l’Hexagone, que les troupes françaises sont cantonnées à Dakar. Communément appelées Forces françaises du Cap-Vert, ces troupes, qui représentent aujourd’hui un effectif de 1.200 militaires (appuyés par une soixantaine de fonctionnaires civils et ouvriers de la défense), sont répartis comme suit : le 23ème Bataillon d’infanterie de Marine (Bima) avec ses 600 hommes tiennent garnison à Bel-Air, la Marine nationale avec un effectif de 300 militaires installés dans l’Arsenal (base navale) et l’armée de l’Air avec 300 militaires qui disposent de la base aérienne (DA160) à Ouakam et qui utilisent la zone militaire de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Ayant comme mission principale de participer, en cas de besoin, à la défense de l’intégrité du Sénégal, ces troupes ont pendant longtemps fait l’objet de dénonciations. Surtout de la part des mouvements de jeunesse des années 1960. De fait, de nombreux Africains ont fini par considérer la présence des soldats français comme « une insulte au sentiment national ».

« Je suis très heureux de voir ces militaires français quitter le Sénégal. Pour un pays souverain, c’est inacceptable », admet Badara Ndao, un étudiant en Histoire. Invité, jeudi dernier, à « Diné ak Diamono », une émission diffusée sur Walfadjri (organe privé), le Pr Iba Der Thiam a soutenu que cette fermeture des bases militaires françaises est « une grande victoire pour un grand nombre de jeunes qui luttaient pour une souveraineté totale des pays africains ». Au cours de cette émission, l’historien Thiam, qui est largement revenu sur le contexte de signature de ces accords de défense, a rappelé qu’un puissant mouvement contre la présence des militaires français au Sénégal s’était constitué au début des indépendances. Toutefois, insiste le Pr Thiam, ce désengagement des troupes françaises n’aura aucune conséquence sur les relations entre les deux pays.

« Ce n’est ni une rupture encore moins une séparation avec la France. Les liens séculaires entre nos pays seront maintenus », a encore précisé le professeur Thiam non moins vice-président de l’Assemblée nationale et membre de la mouvance présidentielle..

Une présence multiforme

La présence des militaires français en Afrique est multiforme. Il y a des bases comme c’est le cas au Sénégal avec 1.200 militaires, une présence sous mandat international (Côte d’Ivoire avec 4.200 éléments et République centrafricaine avec 200 militaires, entre autre). Et à côté, la France a signé avec une vingtaine de pays africains des accords de défense et des Accords d’assistance militaire et technique (Atm). Ce sont ces Atm qui avaient permis à la France d’intervenir au Tchad en février 2008 et de sauver le régime du président Idriss Déby Itno. Seulement certains pays, en plus d’abriter des bases, ont également signé des accords de défense avec la France. C’est le cas du Sénégal et huit autres pays : Côte d’Ivoire, Gabon, Centrafrique, Cameroun, Togo, Tchad, Djibouti et Comores. Tout porte à croire que ce sont ces derniers accords qui seront revisités. Signés pour la plupart très discrètement dans la foulée des indépendances, ces accords de défense impliquent une garantie « stratégique » de la France contre un agresseur extérieur, une aide à la mise au pas de mouvements de rébellion liés à l’extérieur et, en cas de besoin, au rétablissement d’une situation interne périlleuse avec « exfiltration » du chef de l’Etat. Mais depuis quelques années, ces accords ne sont pas appliqués par la France. A titre illustratif, la Côte d’Ivoire, Djibouti et le Togo, dont les autorités avaient invoqué « une agression extérieure », n’avaient pas reçu l’appui espéré de la France.

JEAN-CHRISTOPHE RUFIN, AMBASSADEUR DE LA FRANCE AU SENEGAL : « C’est un accord absolu et parfait sur les intentions des deux pays »

L’ambassadeur Jean-Christophe Rufin a laissé entendre sur Rfi que la fermeture des bases militaires françaises n’est ni une rupture encore moins un divorce mais le résultat d’un « véritable accord de partenariat » entre Paris et Dakar.

C’est ce qu’on appelle faire une déclaration pour dissiper toute équivoque. Invité sur Radio France internationale (Rfi), l’ambassadeur de France au Sénégal a voulu être clair. « Il ne faut pas lire ce changement dans la nature de notre présence (Ndlr : militaire) comme une rupture, un divorce. Le Sénégal a souhaité modifier notre dispositif actuel. Nous l’avons pris en note et nous l’avons fait comme il l’a demandé. Donc ce n’est pas du tout un constat de désaccord. C’est au contraire un accord absolu, parfait je dirais, sur les intentions. Nous étions très ouverts. Nous avions plusieurs possibilités. Les Sénégalais, nous ont proposés une solution. Nous l’avons adoptée », a fait remarquer Jean-Christophe Rufin qui répondait à notre confrère Laurent Correau. Et son Excellence de soutenir qu’il s’agit-là d’un « véritable accord de partenariat dans lequel chacun a fait valoir ce qu’il souhaitait ».

Pour autant, le diplomate français annonce une rupture et lève un coin de voile sur les futurs accords. Ce sera « moins la présence de troupes qui sera mise en valeur que le renforcement des capacités propres du Sénégal », a-t-il précisé. Justement, la visite du ministre de la Défense, Hervé Morin entre dans ce cadre. Selon M. Rufin, lors de son audience au Palais de la République, Hervé Morin a réaffirmé au président Wade l’intention de la France « de maintenir et d’augmenter, dans la mesure du possible, la présence des Sénégalais dans ses écoles militaires (Saint-Cyr, Ecoles de sous-officiers et d’application). « Donc, je crois que le lien historique, plus que centenaire, entre les forces armées sénégalaises et les armées françaises n’est pas du tout rompu », a encore expliqué Jean-Christophe Rufin, rappelant que le contexte actuel ajouté au désir des pays africains voudrait bien que ces accords soient renégociés.

« C’est une volonté de coller, d’abord, au désir des pays dans lesquels nous nous trouvons. Et puis aussi à la modernisation parce que, au fond, le monde n’est plus tout à fait celui des indépendances. Cette année du cinquantième anniversaire, nous voulions et nous aurons un dispositif complètement rénové », a insisté le diplomate français.

A.DIALLO (avec Rfi)

BABACAR JUSTIN NDIAYE, JOURNALISTE POLITOLOGUE : « C’est courageux, car il s’agit d’une décision historique sans précédent »

Le politologue Babacar Justin Ndiaye pense que Dakar a fait acte de courage en acceptant la fermeture des bases militaires françaises. Il note qu’une page est tournée dans l’histoire des rapports franco-sénégalais.

Que recouvrent les accords de défenses entre la France et l’Afrique signés au lendemain des indépendances ?

Il est difficile de répondre à cette question. La difficulté renvoie à ces accords eux-mêmes qui sont logés dans un chapitre clair-obscur. Les Accords de défense sont un terme générique qui renferme des clauses et des conventions relatives à la formation, à l’assistance et au concours au maintien de l’ordre...intérieur. C’est un cocktail de liaisons secrètes qui touchent à la souveraineté, sans l’implication des Parlements. Sékou Touré parlait, en faisant allusion au caractère déséquilibré du Pacte de défense, à l’Association du cavalier et de sa monture.

Selon vous, qu’est-ce qui explique cette décision de la France de fermer ses bases militaires en Afrique ?

La Mondialisation a ses atouts et ses inconvénients pour la France. La responsabilité historique d’un pré carré s’étiole. Cela implique une contrainte mais en même temps la France ouvre l’horizon de sa présence vers des pays comme l’Angola. L’ancienne puissance coloniale a pu trouver aussi dans le Golfe arabique ou persique, une base militaire (Abou Dhabi) qui compense le démantèlement d’autres présences plus traditionnelles.

Vous voulez dire que ce n’est pas le coût élevé de ses bases qui est derrière cette décision ?

C’est moins un problème de moyens que de motivations. La guerre froide est terminée. François Mitterrand a prononcé son discours de La Baule en 1990 qui a donné le coup d’envoi de la démocratisation, souvent cosmétique des pays du pré carré. Mieux, les pays de l’Est représentent un nouveau centre d’intérêts pour cette France qui s’européanise à vue d’œil au sein de l’Union européenne. Même si certaines richesses comme l’uranium au Niger ou le pétrole au Gabon, cristallisent l’attention des investisseurs de l’Hexagone.

Peut-on dire qu’avec le contexte actuel, ces accords secrets avaient vocation à être revisités ?

A l’heure de l’arme nucléaire, des sous-marins, des engins et des missiles intercontinentaux, ce type de coopération - abstraction faite du volet assistance-formation - reste surréaliste, notamment après l’écroulement du Mur de Berlin et la fin des balades militaires soviéto-cubaines en Afrique. Aujourd’hui, la conjoncture rend caducs de pareils accords, souligne leur obsolescence et met en relief leur archaïsme. Sans parler d’une certaine forme de blessure à la souveraineté nationale. Mais ce qui est frappant, c’est que c’est Nicolas Sarkozy qui prononce l’oraison funèbre de ces accords, tandis que les partis politiques sénégalais, de l’extrême gauche au parti libéral, en passant par le Parti socialiste de Senghor qui les avait signés, restent muets dans leurs discours et leurs programmes sur un sujet aussi névralgique qui interpelle l’esprit et les réflexes patriotiques.

Durant toutes les campagnes électorales, on ne parle que de prix de denrées, de fichier électoral. Pourtant, le professeur Raymond Aron enseigne que « la présence d’une armée étrangère sur le sol national, en tant de paix, est une insulte au sentiment national ».

Le Général de Gaulle a chassé les militaires américains de l’Hexagone et quitté l’Otan en 1966.

Toujours est-il que ces bases militaires n’ont pas la même valeur stratégique ?

Certains sites abritant ces bases militaires depuis 1960, sont devenus, au fil du temps, stratégiquement dévalués comme le franc Cfa. C’est le cas des bases Bouar et de Bangui en République centrafricaine. C’est la même chose pour Port-Bouet en Côte d’Ivoire et accessoirement Libreville au Gabon. Il n’y a que Dakar et Djibouti qui présentent toujours un intérêt stratégique stable. L’opération « Epervier » au Tchad est à lier étroitement et conjoncturellement à l’Etat de guerre dans ce pays. D’ailleurs, le démantèlement d’ « Epervier » est à l’ordre du jour. Dans cet ordre d’idées, le concept de « Recamp » est traduit ironiquement comme une reculade de la France face aux contraintes africaines de maintien de la paix.

Thabo Mbeki, ancien président de l’Afrique du Sud, disait que la fermeture des bases militaires françaises faisait partie de la suite du processus de décolonisation en Afrique. Qu’en pensez-vous ?

Un discours sur la décolonisation n’est pas la décolonisation. Sarkozy dit tout et le contraire de tout, suivant le lieu et l’auditoire. Son discours de Dakar est aux antipodes de celui du Cap. Lequel est très décalé de l’allocution de Constantine, en Algérie. Il a une démarche à géométrie variable, à l’image de l’avion Mirage.

Qu’est-ce qui va changer avec le départ des militaires français du sol africain ?

La présence militaire sur le sol national en temps de paix prend les couleurs d’une occupation étrangère. Les Américains ont libéré la France, avec le débarquement de Normandie en 1944. Néanmoins, de Gaulle a quitté l’Otan en 1966. Pourquoi l’Afrique ne s’émanciperait pas de ces accords qui heurtent le sentiment national. L’Afrique peut forger des pactes régionaux qui assureraient mieux sa sécurité de façon endogène. Je pense que 50 ans après l’indépendance, ces accords, qui portent l’empreinte quelque part de Jacques Foccart, sont anachroniques. Aussi bien du côté français que du côté africain, on arrive à la conclusion que c’est coûteux, à la fois financièrement pour la France et politiquement pour les Africains éternellement sous tutelle.

Pensez-vous, comme beaucoup d’observateurs, que Dakar a été courageux en acceptant la fermeture des bases militaires françaises ?

D’un point de vue politique, c’est courageux, car il s’agit d’une décision historique sans précédent. En 1974, les accords ont été revus et retouchés, mais pas remis en cause. Même si la fermeture n’est pas totale, une page est tournée dans l’histoire des rapports franco-sénégalais.

Avez-vous le sentiment que Paris a été surpris par la réponse du Sénégal ?

La France est une grande puissance bien outillée pour s’informer en temps réel sur les intentions des gouvernements d’Afrique francophone. Cependant, elle est contrariée par la rigidité des positions du Sénégal.

Cette fermeture des bases militaires marque-t-elle la fin de la Françafrique ?

La Françafrique est crépusculaire. Même, s’il s’agit d’un crépuscule interminable.

Ce désengagement « partiel » des français aura-t-il des conséquences sur les relations séculaires entre Paris et Dakar ?

Nous aurons des rapports de plus en plus adultes



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