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SAINT- LOUIS D'HIER ET D’AUJOURD’HUI : Cette élégance perdue de la Venise de l'Afrique

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SAINT- LOUIS D'HIER ET D’AUJOURD’HUI : Cette élégance perdue de la Venise de l'Afrique

Ancienne capitale de l’Afrique Occidentale Françaises (Aof) et du Sénégal, la ville de Saint-Louis a perdu une partie de ce qui faisait son attrait légendaire. Ce qui fût l'une des 4 communes françaises où résidaient des gouverneurs colons a rompu d’avec le légendaire «takussanu ndar». La vie n'est plus ou très peu de flâneries d'hommes bien sapés et des femmes royalement habillées. Le traditionnelle «thiébou djeune penda mbaye» (le plat local) a perdu de sa saveur à l'épreuve de la conjoncture actuelle… Entre autres charmes délaissés.

Les femmes saint-louisiennes se différencient des autres à travers leur port vestimentaire. Les hommes se distinguaient avec leur costard, pipe à la bouche et la canne sous le bras. Un peu comme ces dandys Marseillais en dilettante sur la cannebière aux bords du Vieux-Port. Les femmes de l’ancienne capitale de l’Aof avaient l'art de porter une jupe longue bouffante, chemisier de rigueur, le tout assorti à un long chapeau serti d'une plume posé délicatement sur la tête. Et une fois bien habillée, elles se dandinaient à pas de caméléon dans les rues, sur les allées du pont Faidherbe, appréciant le couché du soleil. En exhalant, au passage, des effluves exquis. Cette originalité bien saint-louisienne amenait les hommes à convoiter une «domou ndar» (femme de ndar). Ce charme de "grande royale" a, hélas, disparu. Car le flambeau n’a pas été entretenu par la nouvelle génération. Celle-ci a troqué la coquette mise à l'ancienne contre le bling-bling fait de jeans et hauts mis à la va-vite. Autre temps, autre mœurs. Cependant, la styliste Ndèye Diop Guissé, ancienne Ciseau d’or, s’efforce de raviver le flambeau. Notamment en faisant valoir le style "signares" en habillant les hôtesses d'accueil lors de manifestations dans la ville nordique.

La saveur perdue du "Penda Mbaye"

En plus d'être gracieuses dans le port, les Saint-Louisiennes étaient réputées être des cordons bleus, surtout en matière de ce riz au poisson bien assaisonné, le fameux "thiébou djeune Penda Mbaye" servi à midi. Rien que pour préparer ce plat local, les dames y passaient un temps fou. Elles avaient tout ce dont elles avaient besoin pour mitonner le repas. «Je me rappelle que ma mère se rendait très tôt le matin au marché pour acheter des légumes fraîchement récoltés des vergers de Gandiol et attendre que les poissons «nobles» (thiof ou mérou blanc en français, seudd ou capitaine, entre autres) soient débarqués au quai de pêche de Guet-ndar pour s’approvisionner. Les ingrédients et autres condiments qui permettaient de préparer un bon plat de «Penda Mbaye» se trouvaient sans peine dans les étals des marchés. Mais, de nos jours, trouver du poisson noble est un véritable parcours de combattant», confie Thiané Ndiaye. Cette dame est traiteur et tient le fourneau lors de baptêmes et autres cérémonies grandioses. Pour elle, les jeunes générations ne préparent pas le «thiébou djeune» comme leurs aînées. «Non seulement elles sont pressées de terminer la cuisine pour vaquer à d'autres occupations, mais elles ne disposent pas de tous les ''niama niama'' (ingrédients), pour pouvoir préparer un bon ''thiéb''». Samba Diouck, un pêcheur de Guet-ndar, rencontré au quai de pêche, renseigne que les poissons nobles appropriés "Penda Mbaye" font défaut maintenant. Il explique que les eaux sénégalaises ne sont plus poissonneuses du fait du non-respect de la période de repos biologique. De plus, les rares poissons de choix pêchés sont vendus aux hôteliers aux prix forts, hors de portée des bourses des dieks (grande dame). Leurs gorgorlus (époux débrouillards) n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de la conjoncture.

Alors, à l’impossible nul n’est tenu, le «thiébou djeune Penda Mbaye» est dévalué et a perdu de sa saveur légendaire. Et aujourd’hui, les familles saint-louisiennes n’ont plus le choix et elles sont plutôt préoccupées à juste faire bouillir la marmite.

Ces nouveaux riches, fossoyeurs du patrimoine

Beaucoup de maisons sur l’île de ndar croulent sous le poids de l’âge. Avec une architecture coloniale et construite en bois et en dur, la plupart de ces demeures sont, aujourd’hui, délaissés. Leurs propriétaires n’ont pas les moyens de les réhabiliter et vivent dans la hantise d’un effondrement des bâtisses. D’autres se sont établis hors de la ville, préférant vendre leurs maisons. Mais, le plus désolant est que ces maisons sont acquises, pour la plupart, par des nouveaux riches peu soucieux de préserver le style architectural d'origine. Or, il est fait obligation de maintenir la construction initiale sur l’île. Les autorités municipales qui devaient veiller au respect de la directive ne font pas montre de poigne à ce propos. Ce laisser-aller a fini par exaspérer l’Unesco qui a menacé de déclassement l'île de Saint-Louis. Celle-ci a été érigée en Patrimoine mondiale de l'Humanité en 2000, après un premier classement en 1976 comme secteur sauvegardé par le Président Léopold Sédar Senghor.

Lors de sa récente visite à Saint-Louis, le directeur du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, Francesco Bandarin, a prévenu contre les multiples agressions à l'île qui risquent de changer son caractère historique. M. Bandarin avait certes salué les efforts multiples faits dans le cadre de la gestion du patrimoine, mais n’en avait pas moins déploré «des changements de techniques dans la construction de certains bâtiments qui leur ôtent leur caractère traditionnel pour lequel cette ville a été classée patrimoine mondial». «Vous ne pouvez être inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco et faire n’importe quoi», avait insisté le fonctionnaire de l’instance internationale, appelant à une action rapide pour changer le cours des choses. Il faut se promener sur l’île pour constater que les couleurs beige et blanc recommandées sur les murs des maisons ne sont pas respectées.

Le fanal résiste, mais ne fait plus recette

Le "fanal", un des événements phares de la ville de Saint-Louis, se tient presque tous les ans. C’est un peu comme le Carnaval à Rio. L’événement a commencé au XVIIIe siècle, et il est le seul legs historique à être quelque peu sauvegardé. Force est de reconnaître que quelques personnes y participent. Très couru autrefois, c’est presque dans l’indifférence que beaucoup de ndar-ndar (habitant de Saint-Louis) accueille aujourd'hui la manifestation. La comédienne Marie Madeleine Diallo est une des rares personnalités à oser espérer que le Fanal va retrouver son lustre d’antan. Elle s'y emploie à travers sa structure Jaloré Production pour faire revivre ce grand défilé nocturne, à veille de Noël, à travers la ville, aux sons des percussions, des djembés et des chants, et de la démarche gracieuse des «signares». De l'appellation des jeunes femmes métisses, issues du mariage de Portugais avec des femmes sérères de la Petite-Côte du Sénégal, dans les comptoirs de Rufisque, puis de Gorée et finalement de Saint-Louis jusqu'au milieu du XIXe siècle



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