Samedi 15 Juin, 2024 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33
Societe

[Contribution] Vous avez dit pointage ? (Par Momar Aly NDIAYE)

Single Post
[Contribution] Vous avez dit pointage ? (Par Momar Aly NDIAYE)
Dans une lettre datée du lundi 8 avril, le président de la République appelle les agents de l’État «à incarner pleinement les principes de ‘Jub, Jubal, Jubanti’». À ses «chères collaboratrices, chers collaborateurs», Monsieur Bassirou Diomaye Faye demande «que la droiture, la probité et l’exemplarité commandent chacun de [leurs] actes et que [leur] travail quotidien soit imprégné de ce souci permanent du bien commun, où le service à nos concitoyens et leur bien-être priment sur toute autre considération».

Ces préceptes constituent le socle des actions et décisions du chef de l’État. Ils forment le fil rouge de sa profession de foi politique.

Le savoir-faire de nos fonctionnaires est globalement reconnu. Mais ces derniers évoluent dans un environnement professionnel gangréné. Un grand corps malade dont les maux ont pour noms effectifs pléthoriques, absentéisme et retards chroniques, accueil désinvolte, lenteurs interminables, paperasse superflue, corruption décomplexée, clientélisme politique, gabegie outrancière…

Un système, mille fonctions

Pour gommer ces tares et ainsi s’arrimer au message présidentiel, plusieurs mesures sont envisagées. Les nouvelles autorités promettent de rendre transparentes et de digitaliser autant que possible les procédures administratives, de délocaliser davantage les établissements publics stratégiques, d’instaurer le culte du résultat à tous les étages, d’améliorer l’accueil réservé aux usagers du service public, de rendre plus objectifs et justes les critères de recrutement des agents…

Mais toutes ces mesures produiront peu d’effets si l’équation des absences et retards n’est pas en amont résolue. Le pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye ne s’y trompe pas, il prévoit de prendre le taureau par les cornes, notamment, par la modernisation et la généralisation du système de gestion du temps et des présences dans la Fonction publique.

La perspective est prometteuse. Dans les reportages consacrés au sujet ces derniers jours par les médias, elle suscite l’enthousiasme des Sénégalais. Les plus optimistes y voient l’épitaphe des anachronismes qui plombent l’efficacité de l’administration publique et écornent son image. Une belle promesse de redonner au service public ses lettres de noblesse.

Le dispositif est sommairement désigné «système de pointage». Il est souvent réduit à sa plus simple expression : un outil de mesure du temps de travail. Mais qu’il soit mécanique ou biométrique, il remplit des fonctions beaucoup plus étendues. Associé à un logiciel de gestion centralisée des ressources humaines, il permet aussi de gérer les plannings, les heures supplémentaires, les congés, les sessions de formation, les notes de frais ainsi que la paie.

Avec ce dispositif, il n’est plus possible pour un travailleur de badger pour ses collègues ou de s’octroyer frauduleusement des heures de travail. Et le suivi de l’évolution des carrières et des compétences est automatisé, plus fiable.

Autre avantage : dans un monde post-Covid-19, où les entreprises recourent de plus en plus au télétravail et où certains gestes barrières sont demeurés des réflexes, le pointage moderne offre la possibilité de badger, d’une part, à distance via différents périphériques tel le téléphone mobile et, d’autre part, sans contact par le biais de terminaux biométriques et à reconnaissance faciale.

De plus, en cas d’incendie ou d’autres catastrophes sur un lieu de travail, il facilite l’organisation des secours…La liste des bienfaits du système n’est pas exhaustive.

Protection des données personnelles

Malgré tout, le pointage provoque parfois des réticences et des résistances légitimes. Les plus soupçonneux l’assimilent à un moyen de flicage des travailleurs, au mépris de la préservation de leur vie privée. Mais, c’est oublier que la Commission de protection des données personnelles (CDP) veille au grain pour le respect de la loi (n°2008-12 du 25 janvier 2008) encadrant son utilisation.

En son article premier, ledit texte «garantit que tout traitement [de données personnelles], sous quelque forme que ce soit, respecte les libertés et droits fondamentaux des personnes physiques», «veille à ce que les Technologies de l'information et de la communication (TIC) ne portent pas atteinte aux libertés individuelles ou publiques, notamment à la vie privée». L’article 2 précise que sont soumis à cette loi «toute collecte, tout traitement, toute transmission, tout stockage et toute utilisation des données à caractère personnel par une personne physique, par l'État, les collectivités locales, les personnes morales de droit public ou de droit privé…».

Ces dispositions légales sont prises en compte par les entreprises spécialisées dès l’installation du dispositif. Mieux, celles-ci recommandent à leurs clients d’y veiller scrupuleusement à leur tour.

Le pointage n’est pas une nouveauté dans l’administration publique sénégalaise. Le système est déjà installé à la présidence de la République, au Trésor public, à la Direction générale des impôts et domaines (DGID), à l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (IPRES), à la mairie de Ziguinchor… L’hôpital Albert Royer a activé son dispositif la semaine dernière tandis que l’hôpital Roi Baudoin de Guédiawaye prévoit d’acquérir le sien bientôt.

Le système a été mis en place au niveau de ces établissements publics par des entreprises sénégalaises à l’expertise et à la crédibilité reconnues. Les sociétés pionnières affichent 30 à 40 ans d’expérience au compteur. Elles opèrent dans plusieurs pays africains et comptent parmi leurs clients des institutions de référence comme la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’opérateur de téléphonie Orange, plusieurs grandes banques commerciales et de nombreuses agences du système des Nations unies.

Avec de tels état de services, ces entreprises locales devraient pouvoir mener à bon port le projet de généralisation du dispositif au niveau de l’administration publique, suivant un cahier des charges intégrant la formation des agents à l’utilisation du système, la maintenance, le dépannage et le traitement des données collectées, entre autres points essentiels.

Passée l’étape de la diffusion à grande échelle des principes édictés par le chef de l’État dans sa lettre, point celle de leur implémentation dans la durée et à l’échelle de l’ensemble de l’administration publique centrale comme déconcentrée. Pour ce qui concerne spécifiquement la lutte contre les retards et absences, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme du Service public a donné le ton au niveau de son département. À son arrivée sur les lieux, mardi 16 avril, tôt le matin, Monsieur Olivier Boucal a posé son pouce sur le terminal de pointage pour enregistrer son heure d’arrivée. Tout un symbole.


6 Commentaires

  1. Auteur

    Ligguey Jotna !

    En Avril, 2024 (13:32 PM)
    Oui, pointage pour ponctualité et Assiduité. Conditions obligatoires. Cependant "  Pass Pass " surtout ! Autrement retour à l'abnégation au travail, l'amour du travail ( un rêve japonais, possible) . Être au service du citoyen et des populations avec respect. Partout : dans les hôpitaux, IPRES ( comme vous avez citée) , CSS. Bref partout. Au travail enfin. Plus de beau Slogan Wadien" travailler, toujours travailler, encore travailler..." . Malheureusement, le Sopi avait viré ayla mal Gouvernance. Macky oublié" la gestion sobre et vertueuse ", il a fait pire avec son régime plus démocratie piétinée en Dictature prison break.
    Top Banner
    • Auteur

      Reply_author

      En Avril, 2024 (13:47 PM)
      Et rien ne sert venir tôt au bureau pour cause de pointage forcé et ne rien faire au bureau, souvent même déranger les autres salariés concentrés sur leurs... travaux. Faut travailler ou laisser la place aux milliers de chômeurs bardés de diplômés. 
    {comment_ads}
    • Auteur

      Reply_author

      En Avril, 2024 (14:09 PM)
      Ce minitre Boucal ne venait pas à l'heure, rentrait avant l'heure et venait rarement.
       
       
      Faites une enquete au trésor. En plus, l'administration devrait penser au télétravail surtout que Dakar est saturée et il y a une écoresponsabilité en perspective avec les embouteillages et la pollution des voitures.
    {comment_ads}
  2. Auteur

    En Avril, 2024 (13:38 PM)
    Une technologie en soit ne rend pas efficace un systeme. C'est plutot l'homme qui rend efficace une technologie. Un fonctionnaire peut être présent dans le lieu de travail tout en étant absent. Comme du reste un fonctionnaire peut être absent du lieu de travail tout en produisant des résultats. Pour dire que le système de pointage ne peut rien résoudre. Dans les ministères, certaines personnes s'enferment dans les bureaux qui pour une petite sieste, qui pour chater par wahtsapp, qui pour commenter les articles en ligne comme je suis en train de le faire. Aussi longtemps que l'état recrute des personnes sur la base de recommandations politiques, familiales ou religieuses, le problème restera entier. Le pointage, c'est pour le secteur privé.
    {comment_ads}
    Auteur

    En Avril, 2024 (13:51 PM)
    Le pointage ne résoudra rien du tout et sera très vite rangé ou oubliette. 

    Une Administration, on la motive, on la fixe des objectifs et on l'évalue sur les résultats. 

    Le temps de travail au bureau est révolu. Aujourd'hui on peut être partout et tout le temps au bureau. 
    {comment_ads}
    Auteur

    En Avril, 2024 (14:51 PM)
    Pendant que le monde développé prône le télétravail qui permet d’économiser sur les factures d’eau,  d’électricité,  le temps de transport,  des gens nous pompent l’air avec la présence physique universelle. 
    {comment_ads}
    Auteur

    Mbeurgou

    En Avril, 2024 (15:28 PM)
    Je commence par là où l auteur de l article a fini son papier. Je sors comme du Ministère de la Fonction publique, sur place il n ya aucun dispositif de pointage. Le dispositif qui s y trouve ce n’est pas pour contrôler le temps de présence ou l heure d arrivée des agents. C'est en réalité un dispositif pour contrôler l accès à certains endroits. Vous ne pouvez pas entrer dans une division sans pour y avoir été autorisé. Le gendarme suivant votre destination vous donne un badge que vous utilisez pour ouvrir la porte principal du service visité. Donc je répète il n'y a point de dispositif de pointage à la Fonction publique. C'est une erreur de communication qu il faut rapidement corriger. Maintenant il est souhaitable qu un tel dispositif soit installé non pas seulement à Ministère de Boucal mais dans tous les ministères. A la Fonction les agents continuent d'arriver en retard. Je m’y suis rendu pour un dossier et j'ai attendu presqu'une heure avant l arrivée du chef de division. 
    Top Banner
    Auteur

    Bougouma Kouta

    En Avril, 2024 (16:53 PM)
    Une belle contribution. 
    {comment_ads}

Participer à la Discussion

  • Nous vous prions d'etre courtois.
  • N'envoyez pas de message ayant un ton agressif ou insultant.
  • N'envoyez pas de message inutile.
  • Pas de messages répétitifs, ou de hors sujéts.
  • Attaques personnelles. Vous pouvez critiquer une idée, mais pas d'attaques personnelles SVP. Ceci inclut tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée, sexuel ou en violation avec la loi. Ces messages seront supprimés. --
  • Pas de publicité. Ce forum n'est pas un espace publicitaire gratuit.
  • Pas de majuscules. Tout message inscrit entièrement en majuscule sera supprimé.
Auteur: Commentaire : Poster mon commentaire

Repondre á un commentaire...

Auteur Commentaire : Poster ma reponse

ON EN PARLE

Banner 01

Seneweb Radio

  • RFM Radio
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • SUD FM
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • Zik-FM
    Ecoutez le meilleur de la radio

Newsletter Subscribe

Get the Latest Posts & Articles in Your Email