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MOUSTAPHA TALL, IMPORTATEUR DE RIZ «Il faut faire en sorte que l’argent du riz reste au Sénégal, un concurrent peut perturber un marché libre»

  • Par : Recueillis Par A. B. FALL | Le 22 février, 2011 à 21:02:54 | Lu 11017 fois | 25 Commentaires
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MOUSTAPHA TALL, IMPORTATEUR DE RIZ «Il faut faire en sorte que l’argent du riz reste au Sénégal, un concurrent peut perturber un marché libre»

Son nom est intimement lié à la vente du riz. Ce produit très consommé au Sénégal est au centre des débats depuis que le gouvernement a décidé de revoir à la baisse son prix. Pour comprendre les enjeux qui découlent de cette guerre des tranchées entre les différents acteurs du secteur, Moustapha Tall constitue un interlocuteur privilégié. Pour cet importateur, l’État a une alternative pour régler le problème de l’autosuffisance alimentaire en riz, en se tournant vers la Vallée

Vous êtes un importateur de riz connu au Sénégal, pourquoi tant de bruits autour du riz ? Comment fonctionne ce secteur qui connaît une fissure depuis quelque temps ? 

Je m’active dans l’import-export et la distribution du riz, des denrées alimentaires, depuis une trentaine d’années. Du temps des monopoles étatiques et des quotas, ce jusqu’à nos jours, je n’ai pas quitté ce secteur. C’est devant moi qu’on a libéralisé le secteur partiellement et ensuite totalement en 1995. 

L’annonce nous avait été faite par l’Usaid au Méridien Président avec un décret présidentiel à la main pour mettre, en quelques sortes, les gens devant le fait accompli. Nous sommes des acteurs sénégalais qui officient dans le secteur comme des quotataires. Naturellement, la relève devait être assurée par nous autres opérateurs si l’Etat le voulait, à l’époque. Mais, ce que le régime précédent ne voulait pas faire pour nous, l’actuel régime l’a fait pour corriger une injustice avec l’avènement de la nouvelle société, la Spcrs. A l’époque, les traders de riz basés en Europe avaient fait un grand lobbying de haut niveau auprès des bailleurs, en l’occurrence la Banque mondiale et le Fmi, pour fustiger la manière de gérer des autorités, en ce qui concerne la défunte caisse. 

Ce qu’il y avait comme cas de détournement de fonds et de dépréciations de stock alors qu’il n’en était rien aux yeux des acteurs comme nous, en un mot une très mauvaise gestion de cette affaire. Ce qui a donné raison aux traders. Et les bailleurs imposaient à tous les pays africains qui bénéficiaient de leurs concours la condition sine quoi non de se retirer du secteur. En un mot, c’était la libéralisation de la filière au profit exclusif de ces traders qui ne sont rien d’autres que les fournisseurs de ces caisses africaines et qui étaient mieux préparés que les opérateurs sénégalais. Donc ces gens étaient en pôle position et n’ont pas eu de mal à envahir le marché africain comme s’ils voulaient nous coloniser une nouvelle fois, économiquement parlant.

 L’Etat a décidé de baisser le prix du riz, mais certains importateurs ne sont pas d’accord avec la décision. Ce qui n’est pas votre cas. N’y a-t-il pas un deal entre vous et l’Etat ?

 Effectivement, certains importateurs ne sont pas satisfaits de la mesure. Certains parmi eux, tout comme moi, sont satisfaits. Mais, il faut savoir qu’aucune mesure dans ce bas monde n’a rencontré un satisfecit total. Il y aura toujours des contestations surtout quand il s’agit d’une mesure de cette nature. Mais, il faut qu’ils sachent que dans un marché libre, même un concurrent peut venir perturber un marché vers la baisse s’il le veut et tu n’y peux rien. Par exemple, rien que le change de la monnaie peut faire une fluctuation de plus de 25%. Donc rien qu’avec une telle comparaison, il n’y a pas photo avec l’effort demandé par l’État. Maintenant quant à dire, je fais un deal avec l’État, c’est mal me connaître. Je n’ai jamais été un combinard dans ma vie. Vous pouvez voir mon histoire, sinon je n’aurais pas eu tous les déboires que j’ai connus par le passé. Ce n’est pas maintenant que je vais l’être.

 Quels sont les enjeux de la commercialisation du riz au point que vous êtes exclu du comité des importateurs ? Vos intérêts ne sont-ils pas menacés avec cette décision ?

 Les enjeux sont très clairs. Premièrement, ça sera l’exclusion de ces traders dans le circuit du riz au Sénégal au profit des producteurs et autres opérateurs sénégalais au grand dam du consommateur et de l’État sur le plan économico-social du pays. C’est pour cette raison, uniquement, qu’ils s’empressent, par l’intermédiaire de ces importateurs de riz qui sont dans une association (Apc), pour proposer mon exclusion de cette instance qui n’a, à mon sens, aucune valeur puisque c’est vraiment une coquille vide sans objectif clair ni règlement intérieur. Pour moi, y être est une perte de temps. Je les remercie vivement de m’avoir libéré pour m’épargner. 

En ce qui concerne le conseil d’administration qu’ils ont tenu pour encore proposer mon exclusion du conseil, c’est complètement illégal. J’attends la notification de ce conseil pour attaquer la décision devant le tribunal pour l’annuler. Ils ont convoqué une assemblée générale pour demander à l’assemblée mon exclusion du conseil et du comite de pilotage qui dirige présentement la Spcrs. Pour votre information, la société n’a pas de Directeur général. Elle est dirigée par le comite de pilotage. Les intérêts des opérateurs sénégalais ne sont nullement menacés puisque la Spcrs nous appartient au même titre que les producteurs et riziers sénégalais. La seule différence dans cette future configuration, c’est qu’il n’y aura plus de traders dans la prochaine composition. Car, l’objectif visé est de faire en sorte que l’argent du riz reste au Sénégal pour le développement économico-social de notre cher pays. 

 Quel est l’avenir de la filière Riz au Sénégal ? Et, celui de la Vallée peut-il être une alternative pour l’Etat ? 

L’avenir de la filière est prometteur. On a quelqu’un à la tête de ce pays qui croit à l’agriculture. Si on voit bien ce qu’il fait dans ce domaine, ces prédécesseurs ne l’avaient pas fait. Si on regarde le plan Réva (Retour vers l’agriculture), la Goana (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance) tout cela montre qu’il croit en l’agriculture. Et, la dernière décision capitale c’est d’avoir accepter de mettre sur pied une structure chargée de commercialiser le riz local. Ce qui va doper la production et permettre d’atteindre très rapidement l’autosuffisance en riz. La structure assurera non seulement la commercialisation du riz local, mais aussi l’exportation vers d’autres pays africains ou arabes. Le riz de la Vallée peut être une alternative pour l’État et même servir d’exemple pour toutes les autres spéculations de la Goana.

 N’est-il pas compétitif ? Les Sénégalais ne se ruent pas vers ce riz cultivé chez nous et par des compatriotes.

 Il est bien compétitif, au vu de sa qualité nutritionnelle et son taux de rendement qui est de l’ordre de 8 à 9 tonnes à l’hectare qui est largement supérieur à la moyenne mondiale. Avec une subvention par l’État des intrants et semences, une assistance technique locale devait nous permettre d’être très compétitif. En augmentant les surfaces emblavées et en encourageant aussi les petits producteurs à se transformer en agro businessmen pour augmenter très rapidement la production nationale, nous pourrons atteindre l’autosuffisance en riz. Et une fois cet objectif atteint, nous serons non seulement dans la distribution du riz local, mais aussi nous nous chargerons de la promotion du riz sénégalais à l’extérieur comme nous le faisons pour le riz thaïlandais ici au Sénégal.


Recueillis par A. B. FALL


Commentaire (2)


Smokey En Février, 2011 (21:49 PM) 0 FansN°: 1
 :-D  :-D  :-D  bayilen lekka thiep :-D  :-D  :-D 
Balde Casamance En Février, 2011 (22:35 PM) 0 FansN°: 2
 :haha:  :haha:  :haha:  :haha:  KOGNE BA GUI TOTH  :haha:  KADIANDO YA GUI TOTH KOGNE DI  :haha:  :haha: 

KABA KHEERE  :haha:  SEUKEUTO  :haha:   :haha:  :haha:  LOLLLL  :haha:  :haha:  :haha: 

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