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THIÉNABA : «Une République islamique» dans un État laïc

  • Par : Ibrahima NDIAYE | Le 09 mars, 2010 à 14:03:39 | Lu 7233 fois | 1 Commentaires
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THIÉNABA : «Une République islamique» dans un État laïc

Fondée par Ahmadou Ndack Seck en 1882, Thiénaba est une communauté rurale du département de Thiès, située entre la commune de Thiès et celle de Khombole. Cette localité qui fait ainsi partie des premiers foyers religieux du Sénégal se veut gardienne du temple de la charia, la loi islamique, dans un État laïc comme le Sénégal où 95 % de la population sont des musulmans.
Les autorités religieuses de Thiénaba qui, tout en reconnaissant l'autorité administrative, sont les descendants du fondateur de cette localité, ont pris le soin de créer une sorte de ligne de démarcation qui divise la localité en deux parties : Thiénaba gare et Thiénaba Seck. Cette dernière partie qui abrite les autorités religieuses est distante de Thiénaba gare d'environ un kilomètre. Et, c'est cette partie qui abrite l'autorité administrative et toutes les infrastructures liées à l'administration, créées par le colon.

Ainsi, les autorités religieuses, pour perpétuer cette volonté de leur guide religieux, ont instauré la charia pour juger ceux qui osent franchir les interdits de l'Islam. Aussi, toutes les dispositions sont prises à cet effet. En effet, aux côtés du khalife, il y a l'imam de la grande mosquée qui se charge de veiller à l'application de la loi islamique. De ce fait, il a la garde du fouet, un des instruments pour la correction de ceux qui bravent les interdits.
Chaque année, à l'occasion du Gamou, l'événement commémorant la naissance du Prophète Mohamed (Psl), les populations de cette localité et les fidèles  qui ont fait allégeance à Thiénaba prennent l'engagement devant la mosquée et le khalife général en tête qui incarne l'autorité religieuse, de respecter et faire respecter les principes et les valeurs de l'Islam.
C'est ce qui fait qu'à Thiénaba Seck, la consommation de boissons alcoolisées, la cigarette, la fornication, y sont interdites, selon les informations recueillies sur place. En ce qui concerne la dernière interdiction, la surveillance est plus accrue. Une femme qui tombe enceinte sans être dans les liens du mariage est renvoyée de la communauté rurale jusqu'à son accouchement.
Et si elle désire revenir dans la localité, cette dernière doit au préalable subir la flagellation, comme prévue par la charia, en prenant 100 coups de fouets à la place du village au vu et su de tout le monde, avant d'intégrer à nouveau Thiénaba Seck.
L'imam ou celui qu'il aura choisi se chargera de donner les 100 coups aux pécheurs. Selon M. Ndiouga Mbengue, membre de la commission communication du comité d'organisation du Gamou, l'imam, avant de passer à l'acte, sans que le bras ne décolle de son corps, prend un premier coup comme pour dire que quiconque transgresse la loi établie par Dieu dans le domaine de la fornication va subir le même sort avant d'exécuter la sentence.
Après, celle-ci, toujours selon M. Mbengue, la victime fait deux raakas et renouvelle son engagement à respecter la charia pour ensuite réintégrer les seins. Concernant l'adultère, les concernés sont définitivement renvoyés de Thiénaba Seck puisqu'il que la peine de mort qui doit être appliquée dans ce cas, n'est pas autorisée au Sénégal.
Rappelons que Serigne Ahmadou Ndack Seck a combattu la présence française avec les armes aux côtés de Cheikhou Amadou entre 1871 et 1875, année de la grande bataille de Samba Sadio, avant de fonder Thiénaba. La localité s'étend sur une superficie de 158 kilomètres carrés, composée de 38 villages pour une population estimée à environ 20 mille âmes. Il est à signaler qu'elle partage, avec quatre autres communautés rurales, l'arrondissement de Thiénaba.

Ibrahima NDIAYE

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