Fusiller le fusible pour épargner le système
Une semaine après l’élimination des Lions en seizièmes de finale de la Coupe du monde face à la Belgique (2-3) — au terme d'un scénario haletant —, un homme cristallise unanimement les rancœurs : Pape Thiaw. Des Unes de la presse aux tribunes des supporters, en passant par les bongomans et joueurs de tama, tout le monde réclame le scalp du sélectionneur.
Face à un tel rejet et sa relation compliquée avec l'équipe fédérale, la position de l’ancien Stéphanois est devenue intenable : il doit partir. Au-delà de la vox populi, Thiaw paie ses propres errements. Ses choix d'hommes en début de compétition — notamment la titularisation d'un Kalidou Koulibaly complètement à la rue — et son manque flagrant de jugeote tactique à ce niveau de la compétition ont définitivement ruiné son crédit.
Néanmoins, réduire la bérézina des Lions à la seule responsabilité du coach est aussi injuste que mensonger. Pape Thiaw est le bouc émissaire idéal : une cible facile que l’on cloue au pilori pour s’éviter d’analyser les problèmes de fond. Au Sénégal, le sélectionneur est structurellement coupable. Aliou Cissé l’a appris à ses dépens : le coach est le seul responsable des défaites, quels que soient le calibre de l’adversaire ou les lacunes individuelles des joueurs sur la pelouse.
Pour cette campagne, la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) porte, à mon sens, au moins 85 % de la responsabilité de cet échec. Les révélations successives de Sports News Africa dépeignent une instance fédérale naviguant entre amateurisme crasse et indécence pure, de quoi nous faire mourir de honte. Abdoulaye Fall, Abdoulaye Saydou Sow et leurs acolytes n’ont jamais mis le coach et les joueurs dans les dispositions nécessaires pour réussir cette campagne américaine.
En privant Pape Thiaw de contrat et de salaire, ils ont, dès le départ, installé un climat toxique au sein de la Tanière et affaibli son autorité face au groupe. Que dire des révélations sur le gigantesque barnum à l’hôtel des Lions, de l’incapacité à fournir une alimentation adéquate aux athlètes, ou des altercations directes entre fédéraux et joueurs ? Le sommet du grotesque a d'ailleurs été atteint au moment du retour, l'instance fédérale s'avérant incapable d'organiser le rapatriement de la délégation dans des conditions dignes de ce nom.
Ce chaos ambiant est tout simplement incompatible avec les exigences du sport de haut niveau. Et pourtant très peu de voix s'élèvent dans la presse spécialisée ou dans le monde des consultants pour critiquer Abdoulaye Fall et ses collaborateurs. Pape Thiaw est le punching-ball favori, le fusible commode à faire sauter.
Les règlements de la FIFA empêchent l’État de dissoudre cette fédération sous peine de suspension internationale. Soit. Mais l'équipe fédérale mérite a minima d’être convoquée devant une commission d’enquête parlementaire pour s'expliquer sur son incurie. Il est temps de crever l’abcès et de s'assurer que de tels manquements ne se reproduisent plus.
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