Évaluez l’originalité et l’impact de la politique chinoise de financement du développement

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Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates.

Arame Sall et Balla Mbaye Diop

 

De manière générale, les pays occidentaux déploient leur financement en Afrique sous l’aspect du « développement » ou encore d’objectifs à atteindre sur un horizon défini (OMD, ODD). C’est l’Occident qui a toujours la source des investissement directs étrangers destinés à l’Afrique.

En effet, l’aide de l’Union européenne est-elle souvent liée à un ensemble de conditionnalités visant à réformer les économies africaines dans un sens libéral (Cf. ajustements structurels et DSRP (Documents stratégiques pour la réduction de la pauvreté)). Par exemple, l’intégration des pays africains à l’économie mondiale a été définie comme une des grandes orientations de l’aide européenne. La signature des accords APE (Accord de partenariat économique) est censée impulser cette intégration. Outre les conditionnalités « économiques », existent aussi des conditionnalités « politiques ». Ainsi, depuis les années 1990, l’Europe aide les pays d’Afrique à condition que ceux-ci s’engagent sur la voie de la démocratie et de la bonne gouvernance (synonyme surtout de bonne gestion) et qu’ils collaborent en matière de lutte contre le terrorisme et l’immigration non contrôlée. En l’absence de progrès en ce domaine, l’Europe se réserve donc théoriquement le droit de couper le robinet du financement. En Afrique, où l’ajustement libéral a eu des conséquences désastreuses, ces conditionnalités économiques et politiques – dont sont assortis les accords de coopération – sont mal perçues et considérées comme une imposition de type néocolonial.

Depuis la traite négrière, en passant de la colonisation jusqu’à la période des indépendances, ce sont les Occidentaux qui représentent la puissance dominante en Afrique. Ils s’ingèrent fondamentalement dans les tous les aspects : politiques, religieux, économiques, technologiques etc. Les aides, bourses, prêts et contrats occidentaux sont souvent accompagnés de conditions qui, la plupart du temps, privent les pays africains de toute forme d’indépendance en matière de choix. Imposer, à la plupart des nations africaines les plus endettées, comme conditions préliminaires à la réduction de la dette, la privatisation de sociétés publiques et l’instauration de programmes d’ajustement structurel en est un exemple saisissant. Dambisa Moyo décrit la futilité de ces aides et programmes de prêt dans l’extrait suivant dans son ouvrage L’aide fatale :

« Les donateurs ont tendance à imposer des conditions sur l’aide de trois manières. Premièrement, elle est souvent liée à l’approvisionnement. Les pays qui acceptent l’aide doivent la dépenser dans des biens et des services spécifiques qui sont issus des pays donateurs ou d’un groupe choisi par les pays en question. Cela s’étend au personnel également : les donateurs emploient leurs propres citoyens même si le pays pauvre comporte des candidats au profil approprié. Deuxièmement, le donateur peut se réserver le droit de présélectionner le secteur et/ou le projet que son aide supportera. Troisièmement, l’aide s’écoule seulement tant que le pays récipiendaire s’engage à respecter un ensemble de politiques économiques et politiques ».

Ainsi selon elle toujours, l’aide participe à réduire le nombre de fonctionnaires, une privatisation des industries nationales et une suppression des barrières commerciales. Mais aussi, plus grave encore, l’aide contribue à la corruption, dictature, insécurité et mauvaise gouvernance n’ont pas diminué, au contraire. L’aide financière est souvent détournée dans des projets improductifs ou le plus souvent tout simplement volée par des membres corrompus du gouvernement. Les conditions posées n’ont eu que peu d’effet et certains de leurs aspects sociopolitiques, comme l’établissement de la démocratie ou la lutte contre la corruption, ont parfois simplement été ignorés, tant par le donateur que par le bénéficiaire. Il apparaît ainsi qu’aucun lien ne peut être établi entre les efforts de réforme d’un pays ou son respect des conditions posées et le taux de distribution des fonds d’aide.

Le modèle de l’aide crée un décalage entre l’État et les citoyens puisque l’argent gratuit ou pas cher de l’aide rend le gouvernement autonome financièrement et le dispense de la reddition des comptes, contrairement au cas où il dépend des recettes fiscales (Young et Sheehan, 2014).

Cependant, la Chine ne pose pas de conditions à son aide en termes de politiques et d’orientations économiques. Pas plus qu’elle n’a d’exigence vis-à-vis de ses partenaires en termes de démocratie, de transparence dans l’usage des fonds, de lutte contre la corruption, etc. Sa politique de coopération se fonde sur la « non-ingérence » dans les affaires intérieures des pays africains. Ce qui l’amène à investir dans des pays où corruption et violations des droits de l’homme atteignent des proportions endémiques, comme au Zimbabwe et au Soudan.

La Chine contribue de plus en plus à renforcer la coopération Sud-Sud en contribue d’avantage aufinancement du développement des pays en développement (PED). Inscrite au cœur d’une vague deconvergences Sud-Sud alternative au système occidental dominant , la politique chinoise de coopération au développement basée sur un modèle capitaliste classique de financement d’infrastructures en échange de ressources naturelles, mais opportunément présentée comme une alternative financière « win-win » et aisément mobilisable à court terme, représente aujourd’hui le point fort et la porte d’entrée de la Chine dans les pays en développement (Wintgens, 2016).Sa politique de financement du développement des PED a ainsi fait l’objet de nombreuses controverses.En effet, certains auteurs pensent que cette coopération Sud-Sud est "gagnant gagnant" car les PED ont des ressources naturelles mais ne disposent pas de moyens pour leurs exploitations. Alors que la Chine, elle a non seulement les moyens financiers mais aussi la technologie dont ces pays ont besoin pour exploiter pleinement ces ressources. D’autres auteurs défendent l’idée selon laquelle la politiquechinoise de financement dans les pays en développement est louche et n’est pas à intérêt équitable.Pour mieux clarifier ce débat, nous allons dans une première partie, évaluer l’originalité de la politiquechinoise de financement du développement et dans une seconde partie, étudier son impact sur les paysen développement.

 

L’originalité de la politique chinoise de financement du développement des PED.

 

La politique d’aide étrangère de la Chine se base sur huit principes bien définis. Ils furent établis à l’origine par Zhou Enlai lors de sa visite à 14 pays d’Asie et d’Afrique en 1964, et reposent sur les valeurs fondamentales de l’égalité, des avantages mutuels et de l’inconditionnalité (Huang et Ren, 2012). Ils constituent depuis lors le cadre fondamental régissant l’aide étrangère de la Chine à d’autres pays en développement. Durant cette période, la Chine accordait des prêts sans intérêt ou à faible taux d’intérêt, avec des conditions de remboursement à long terme. Cependant cette aide publique au développement de la Chine est aujourd’hui augmentée d’un partenariat économique soutenu des entreprises et sociétés chinoises qui s’implantent dans les PED. La Chine met particulièrement l’accent sur l’amélioration des infrastructures, l’exploitation des ressources internes et la formation du personnel local dans les pays destinataires (IOSC-PRC, 2011). La coopération chinoise n’impose pas de conditions pouvant affecter la politique économique nationale des pays partenaires. En fait, elle repose généralement sur les demandes des destinataires et s’aligne sur leurs besoins urgents en matière d’infrastructures publiques et d’investissements (Naidu et al., 2009).

Sa politique d’aide se fonde sur des approches de « no-strings-attached» et la «non-ingérence» contrairement aux donateurs traditionnels qui mettent l’accent sur «la conditionnalité» et «exigences pour les normes minimales de la gouvernance».

Ce modèle baptisé « consensus de Pékin » constitue une alternative au « consensus de Washingtong» du fait que la Chine n’impose pas des conditions politiques et économiques, tels que la libéralisation économique ou privatisation ou établissant un système multipartite et organiser des élections.

Ainsi, La Chine, en finançant les projets de développement, met l’accent sur l’« efficacité du

développement » plutôt que l’« efficacité de l’aide » (Wintgers, 2016).

Sa politique d’aide se fonde sur des approches de « no-strings-attached» et la «non-ingérence»contrairement aux donateurs traditionnels qui mettent l’accent sur «la conditionnalité» et «exigencespour les normes minimales de la gouvernance».Ce modèle baptisé « consensus de Pékin » constitue une alternative au « consensus de Washingtong»du fait que la Chine n’impose pas des conditions politiques et économiques, tels que la libéralisationéconomique ou privatisation ou établissant un système multipartite et organiser des élections.Ainsi, La Chine, en finançant les projets de développement, met l’accent sur l’« efficacité dudéveloppement » plutôt que l’« efficacité de l’aide » (Wintgers, 2016).

II) Les impacts de la politique chinoise de financement du développement

Dans cette partie nous allons évaluer les impacts négatifs et positifs de la politique chinoise definancement des PED

A) Les impacts négatifs de la politique chinoise de financement du développement

La Chine est régulièrement critiquée sur le fait qu’elle pille les ressources naturelles des PED, qu’ellen’investit que dans les pays riches en pétrole et en ressources minières, car elle a besoin des mati èrespremières de ces nations pour nourrir ses usines. Les résultats de l’étude menée par Kolstad et Wiig(2011) montrent que les investissements chinois sont actuellement plus centrés sur les pays riches enressources. Ce fait peut amener à accuser la Chine de néo-colonisation et d’exploitation. Les entreprises chinoises, même si elles n’ont rien de comparable avec les multinationales occidentales, sont des organisations capitalistes, quoique marquées par des caractéristiques chinoises comme l’explique Huang (2008) et sont motivées par la maximisation des profits. Ainsi, elles  investissent dans les nations où elles s’attendent à recevoir des retours sur investissement. Il est important de souligner que si les importations chinoises issues de ces pays riches en ressources minérales sont bien en augmentation, elles sont encore peu élevées comparées à celles des pays occidentaux.Du fait que la Chine finance contre des ressources (modèle Angola), elle incite ainsi les pays endéveloppement tendance à se concentrer sur la production des matières premières et des denréesagricoles et à négliger les autres secteurs de l’économie, notamment l’industrie manufacturière.Par exemple, en Amérique Latine, cette pratique a entrainé une « reprimarisation des économie » et aaccru la dépendance vis-à-vis des marchés mondiaux qui sont comme on l’a vue ces deux dernièresannées très volatiles.Par ailleurs, la concurrence des produits chinois a porté tort aux industries locales. Confrontés à desconcurrents très compétitifs, les producteurs latino-américains ont perdu des parts sur les marchésnationaux et extérieurs, notamment aux Etats-Unis. Cet effet a été très marqué dans le domaine dutextile. Il a été moins sensible dans d’autres secteurs comme l’électronique et les machines (Huang Y.(2008).En mettant en œuvre certains projets ou programmes de développement, les entreprises chinoises nerecrutent pas assez la main d’œuvre locale. En effet, les entreprises chinoises ont été fréquemmentcritiquées pour n’employer que peu, voire aucun Africain dans les projets qu’elles mènent en Afriqueou dans leurs sociétés installées sur le continent (Brautigam, 2015). Un exemple symbolique qui est cité la plupart du temps est la construction du siège de l’Union africaine à Addis-Adeba en Éthiopie, bâtiment que la Chine donna en cadeau à l’Union africaine. Divers articles de presse ont affirmé que le projet a été réalisé par de la main d’œuvre chinoise importée. Dans un continent au niveau de chômage si élevé, en particulier chez les jeunes, cette question revêt une grande importance et méritait en effet d’être soulevée.Les entreprises chinoises ont eu assez souvent une attitude contestable. Elles ont été accusées d’autrepart d’appliquer des méthodes de « dumping » et de livrer des produits de qualité médiocre. Des cas decorruption (notamment en Bolivie et au Mexique) ont été signalés dans lesquels des firmes de RPCétaient impliquées. Les crédits chinois se sont révélés moins avantageux qu’il n’y paraissait à premièrevue et ont servi une stratégie visant à dominer certains secteurs de l’économie. Ainsi Pékin a été accusé parfois de pratiquer une politique néocolonialiste.

B) Les impacts positifs de la politique chinoise de financement du développement

La politique chinoise de financement du développement peut avoir des effets positifs dans certains pays en développement. En effet, en offrant de larges débouchés aux pays latino-américains et en leuraccordant des crédits relativement généreux, la Chine a contribué de manière significative à leurcroissance économique. Grâce à ce partenariat, à d’autres de facteurs externes favorables et à une bonne gestion macro-économique sur le plan interne, les Etats d’Amérique latine ont pu améliorer leurs performances économiques. Le PIB a progressé de 5% par en moyenne entre 2000 et 2013 et a atteint des taux supérieurs dans certains pays (Colombie, Pérou). Cette prospérité a permis de réduire la pauvreté dans la plupart des pays concernés et a favorisé l’apparition d’une classe moyenne. On observe cependant depuis deux ans un tassement de la croissance dû à la baisse des cours mondiaux des matières premières et au ralentissement de l’activité économique en Chine. Selon les estimations du FMI, le PIB de la région a progressé seulement de 2.9% en 2014 et il a été 1% en 2015De même, la population africaine dans sa grande majorité approuve les effets de la relation afro-chinoise et les projets menés par les Chinois. Cela est dû en partie au fait que les résultats de ces projets sont immédiatement visibles, généralement de bonne qualité, considérablement moins chers que les projets occidentaux, et délivrés en temps et en heure. Les produits issus de ces projets et programmes sont concrets et visibles. Les routes, ponts, écoles, hôpitaux, stades, immeubles officiels, voies de chemin de fer, infrastructures dédiées à la télécommunication, etc. sont utilisables immédiatement et participent positivement à l’amélioration du cadre de vie de la population ( Davies, 2007). L’importance des IDE chinois dans les secteurs de la vente et du commerce n’est pas non plus à sous-estimer, pas plus que celle des produits chinois, la plupart du temps moins chers que leurs équivalents occidentaux.On peut ajouter par ailleurs le développement de plusieurs zones économiques spéciales, orientées vers l’expansion du commerce et de l’industrie et reconnues comme un moyen de favoriser le transferttechnologique vers l’Afrique. Ces zones créent de plus en plus d’emplois et participent à la croissanceéconomique qui a été constatée dans certaines économies africaines. En 2011, six zones économiquesspéciales étaient déjà mises en place par la RPC en Afrique1. La diversité des secteurs économiquesimpliqués ainsi que le positionnement stratégique de ces zones ont fait de ces dernières des élémentstrès importants du développement économique de l’Afrique (Yabin et Xiao, 2017),ConclusionAujourd’hui la Chine est devenue un partenaire commercial incontournable, un important pourvoyeurd’investissements directs étrangers (IDE) et un grand fournisseur de prêts financiers pour un nombrecroissant de pays en développement. Elle cherche à aider les pays en développement à accroître leurcapacité de développement en mêlant commerce, coopération économique et investissements dans les secteurs productifs, contrairement à la priorité conférée aux secteurs sociaux par les bailleurstraditionnels.La coopération entre la Chine et les PED est devenue un sujet incontournable dans la jungle del’investissement étrangère. Ceci s’explique par la position chinoise en matière de développementdurable et le maintien de sa croissance. Ainsi certains qualifient la relation de néo-colonialisme pourfaciliter le pillage des ressources naturelles. Cependant il est à noter que le modèle d’échanges deressources contre financement entre la Chine et ses partenaires des PED même s’il n’est pas équitable, contribue à la croissance économique des pays destinataires. Dès lors il faudra mettre en place des règles plus pertinentes lors des sommets pour des bénéfices équitables. Il revient alors aux gouvernements des PED d’imposer des conditions leurs permettant d’accélérer le processus de développement via cette coopération a vec la Chine sinon ils seront toujours le point d’appui de la Chine pour le maintien de sa croissance. 

 

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À propos de Roman Polyarush

Donc en ouverture pharaonique (écran gigantesque, des stars par douzaines, des spectateurs par milliers. De cette quatrième édition de Lumière. J'avais vu le film de Schatzberg il y a quelques mois et l'avais aimé. Cette fois j'ai vu plus de défauts qui tiennent pour beaucoup.

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4 commentaires à Le blues de Christian Eckert, député socialiste "normal"

Roman Polyarush

Personnellement, si des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 16 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Sara Gordon

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Rio Ferdinand

Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 11 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Victor Kirkland

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

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