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Afrique

Ahmed Ben Salah, l’enfant terrible du bourguibisme, s’en est allé

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Ahmed Salah (debout, au c.) aux côtés de Habib Bourguiba, au sommet des non-alignés, Belgrade, le 1er septembre 1961
Initiateur d’une expérience socialiste en Tunisie, l’ancien ministre s’est éteint le 16 septembre à Tunis. Itinéraire d’un bourguibiste pas comme les autres.

« Je pardonne tout à Bourguiba. C’est grâce à lui que j’ai pu servir mon pays », confiait l’ancien super ministre Ahmed Ben Salah en 2011. Ils siègent désormais ensemble au panthéon des bâtisseurs de la Tunisie moderne.

Considéré comme l’un des hommes clés de la période post-indépendance, son décès le 16 septembre, à 95 ans, ramène les Tunisiens à l’heure des grands débats de l’ère du bourguibisme. Pour certains, Ahmed Ben Salah, auquel des funérailles nationales vont être rendues, est un héros sacrifié par Bourguiba, pour d’autres il a mené le pays à sa perte avec sa politique collectiviste.

Il a surtout été l’homme d’une époque, imposant une expérience socialiste qu’il a poussée à l’extrême. Ceux qui estiment qu’Ahmed Ben Salah a été le chef de file de ce mouvement omettent souvent de rappeler qu’il n’a rien fait sans l’accord du Bureau politique du Parti Socialiste Destourien (PSD), parti-État conduit par Bourguiba. Et rien non plus sans en avoir avisé le père de la nation.

Cela ne dédouane pas pour autant Ahmed Ben Salah des conséquences catastrophiques de sa politique. L’accélération de la mécanisation et de la mise en commun de l’exploitation des terres via des coopératives a conduit certains à des gestes désespérés.

De fait, personne n’était prêt dans le monde de l’industrie naissante ou dans les milieux ruraux à céder ses biens à l’État même sous la contrainte. Les Tunisiens venaient à peine de récupérer leur souveraineté mais aussi l’exploitation de leurs terres qu’ils devaient la rétrocéder à l’État ? Inimaginable pour un pays qui, entre période ottomane et protectorat français, venait de mettre fin à des siècles de tutelle étrangère.

Forte personnalité

Ahmed Ben Salah, qui avait hérité la fibre nationaliste de son père, l’un des premiers militants du mouvement national, avait aussi pris ses marques dans le mouvement syndical. Au point de s’imposer aux commandes de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) après l’assassinat de son fondateur et secrétaire général, Farhat Hached en 1952.

Mais sa forte personnalité avait inquiété les dirigeants de l’UGTT et ceux du Néo Destour. Écarté, il est aussitôt récupéré par Bourguiba qui avait pressenti le potentiel du jeune Ben Salah, rencontré en France lorsqu’en parallèle de ses études, il était agent de liaison du souverain Moncef Bey, en exil à Pau.

Ben Salah fait d’abord ses armes à la Santé puis aux Affaires sociales. Quand il est nommé au Plan et aux Finances en 1961, l’enthousiasme né de l’indépendance commence à s’émousser dans une Tunisie qui doit faire face à la recrudescence des problèmes économiques.

                              "AHMED BEN SALAH DÉRANGE, NÉGLIGE LES INTRIGUES DU SÉRAIL ET LES INIMITIÉS QU’IL FAIT NAÎTRE DANS LE PREMIER CERCLE DE BOURGUIBA"

Il sera le premier à introduire en Tunisie l’idée de la planification. Tout à ce projet, qui est finalement celui d’une vie, le super ministre et hyper actif Ahmed Ben Salah devient l’homme le plus puissant de la décennie 1960. Son département absorbe au passage l’Éducation nationale, empiète sur celui de l’Agriculture. Presque un État dans l’État.

Ahmed Ben Salah dérange, néglige les intrigues du sérail et les inimitiés qu’il fait naître dans le premier cercle de Bourguiba. Son impopularité et l’échec du collectivisme fourniront un prétexte tout trouvé pour l’écarter définitivement. Démis de ses fonctions en 1969, il est traduit devant la Haute Cour qui le condamnera en 1970 à dix ans de travaux forcés.

Technocrate patriote

Le bouillonnant technocrate patriote acquis à la cause socialiste s’évade trois ans plus tard, se réfugie en Algérie puis en Europe, avant d’être gracié par le président Zine el-Abidine Ben Ali en 1988. Il crée même un parti, le Mouvement de l’Unité Populaire (MUP), mais ne reviendra définitivement en Tunisie qu’en 2000, quelques mois après le décès de Bourguiba.

« Jamais cet élan ne faiblit jusqu’à ce revirement du sort qui vit tant de forces contraires se liguer contre lui, le jetant sur les chemins de l’exil et lui fermant, alors qu’il était dans la fleur de l’âge, le chemin vers ce que le Combattant suprême [Bourguiba] appelait “la joie de vivre” », dira de lui l’un de ses anciens compagnons de route, feu Chedli Klibi qui vantait également la qualité de sa plume et le décrivait comme un fin lettré.

Mais pour Ben Salah, la rupture est consommée, il n’y aura pas de réel retour en politique même s’il est régulièrement consulté par les nouveaux hommes politiques qui émergent de la révolution de 2011. Il était devenu une sorte de vieux sage qui, entre ses cigares et ses verres de whisky du soir, appréciait les discussions politiques sans fin dans son salon de Radès.

En rejoignant ses amis le Premier ministre Suédois Olof Palme, le président du Parti socialiste autrichien Bruno Kreisky, le chancelier allemand Willy Brandt, le ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz et le président algérien Houari Boumediène, il referme définitivement une parenthèse de l’histoire de la Tunisie, quand les visions les plus utopiques semblaient encore atteignables.

liiiiiiiaffaire_de_malade

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