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Afrique

Quand l’affaire Habré est évoquée dans la presse arabe

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Quand l’affaire Habré est évoquée dans la presse arabe

Une presse impitoyable

Les sujets d’actualité africaine sont rarement abordés par la presse arabe proche-orientale comme on y aborde les autres sujets. En effet, si l’Afrique est évoquée sous un angle particulier, c’est qu’elle est, pour la plupart des chroniqueurs arabes du Proche-Orient, un continent différent des autres, un continent très noir, très mythique, surréaliste. L’Afrique est toujours traitée par cette presse avec une méchanceté intellectuelle absolue, où ni le respect ni la compréhension n’ont de place.


Un jour, m’est tombé entre les mains un article de journal qui exigeait des émirats du Golfe arabo-persique de se doter de structures étatiques efficaces afin de stopper le flux migratoire d’Africains vers le Golfe. Il est d’autant plus urgent de prendre de telles mesures de prévention que ces Africains risquent de transplanter des maladies mortelles sur le sol du Golfe et que les pays africains courent le risque de se vider de leurs populations appauvries et meurtries suite à la mauvaise gouvernance de leurs propres dirigeants.

Moi personnellement, j’ai réagi avec toutes mes forces à ces allégations en envoyant une contribution au journal en question où j’ai réaffirmé que les Africains n’ont pas transmis au Golfe des maladies qui n’y existaient pas déjà.

Un autre cas révélateur d’une mentalité simpliste et naïve concerne l’origine douteuse du Führer allemand, Adolf Hitler, origine évoquée par un éminent philosophe égyptien faisant écho à des rumeurs selon lesquelles Hitler serait d’origine africaine. Sûrement le Führer était persona non grata et aucune ethnie au monde ne voulait de lui qui était en son temps l’incarnation du mal. Or, pour les esprits malveillants l’Afrique abrite l’origine du mal. C’est très normal que l’homme rejette les cadeaux encombrants de l’Histoire. Le Führer en était un très encombrant, très empoisonné.

J’ai réagi également en envisageant la possibilité de la naissance d’une rumeur antithétique allant dans le sens que Hitler est d’origine arabe et que ses ancêtres quittèrent jadis la péninsule arabique et colonisèrent la zone septentrionale de l’Europe. Ce ne sont donc là que des légendes. Or, les légendes sont faites pour le simple plaisir de l’âme, bien que rejetées par la raison.

  Une autre illustration est fournie par Samir Atallah, l’éminent chroniqueur du journal du Proche-Orient, où il écrit un jour que Charles Taylor du Liberia, loin d’être un ami du colonel Khaddafi, était son esclave. En effet, le plus grand chroniqueur du monde arabe a analysé le rapport des deux chefs d’Etat avec sa finesse légendaire, mais dans une terminologie puante de racisme et de haine. Naturellement, il m’était impossible de ne pas réagir face à cette attitude. J’ai répondu en réaffirmant avec vigueur que Taylor était effectivement un ami de Khaddafi et qu’il était même un ami plus malin, plus doué que l’auteur du Livre vert, l’initiateur de la 3e théorie tiers-mondiste et le Roi des rois d’Afrique – le pauvre : il aimait tant ces titres pompeux – en suçant gratuitement et gracieusement le pétrole libyen sans lequel il n’aurait pu se doter d’armes de destruction politico-ethnique.

Je m’en tiens là dans cette énumération ininterrompue des illustrations de la thèse selon laquelle la presse arabe dans sa globalité n’est pas tendre avec l’Afrique noire.


L’affaire Habré

Néanmoins les écrits que j’ai présentement sous les yeux et qui traitent de l’affaire Habré ne le font pas avec la passion habituelle. Au contraire, ils sont d’une tonalité exceptionnellement modérée et équilibrée. Il est dit d’abord que c’est la Belgique qui a exigé que le Sénégal juge Habré ou qu’il le lui livre immédiatement. Il n’y a pas d’autres alternatives. Les Belges se sont réjouis très vite de la décision du Tribunal pénal international, décision qu’ils estiment historique et sans appel au sens juridique de l’expression. En effet, c’est la Belgique qui a tout manigancé pour arracher du Tpi ladite décision, afin d’obliger le Sénégal à enclencher immédiatement le procès de Habré ou, à défaut, de procéder à sa livraison sans délai à l’Etat belge.

Avant l’entame du procès, la Belgique avait promis d’assurer une collaboration judiciaire totale et une assistance financière substantielle si l’Etat du Sénégal décidait de juger l’ancien Président tchadien. Le Tpi lui-même, avant que l’Etat belge le lui demandait, avait exprimé le souhait que le Sénégal entame le procès de Habré sans délai, pour ses crimes de guerre et de génocide avec, à l’actif de son régime sanguinaire, 40 000 victimes au sein des activistes de l’opposition et des groupes ethniques.

La Belgique a entamé ses agissements après que des citoyens belges ont déposé des plaintes contre Habré. Il faut souligner que la justice sénégalaise avait fait preuve de courage lorsqu’elle a opposé un refus catégorique à la demande des Belges d’inculper Habré, de le livrer et de le juger pour ses crimes de guerre, de torture et d’assassinat politique durant son règne entre 1982 et 1990.

Ce que j’ai fait remarquer au sujet de Habré dans la presse arabophone du Proche-Orient est que le procès de Habré est inévitable. Seulement, il faudra éviter qu’il ne soit pas un procès absurde à la Kafka, pour que l’Africain ne se sente ni blessé dans sa fierté ni humilié dans sa dignité, et qu’il ne soit dans l’impossibilité d’apercevoir les raisons pour lesquelles Habré est jugé ici ou ailleurs.

L’Etat du Sénégal devait lancer le procès avant même que la Belgique le lui demande, étant donné qu’il a ratifié les conventions internationales relatives aux crimes similaires. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’a jamais été question que le Sénégal soit un Etat paria qui abrite des terroristes ou des fugitifs impliqués dans la torture ou le génocide.

Quoi qu’il en soit, la Belgique n’a nullement le droit de formuler des prétentions avec ce ton hégémoniste et impérialiste, ou de manigancer en promettant d’accorder des aides financières quelconques au profit d’un pays sous-développé. Il n’est même pas sûr que les Belges tiennent promesse. Le Sénégal, à l’instar de tout autre Etat africain, n’aurait rien à gagner de substantiel et de consistant de l’aide financière belge.  La raison en est simplement que la Belgique se situe toujours dans le cercle restreint des pays certes développés, mais très avares, qui n’accordent que des charités et des dons insignifiants très au-dessous du zéro de leur produit intérieur brut.

Apparemment, l’Etat du Sénégal ne se laisserait jamais berner par le mirage d’une aide budgétaire hypothétique. Il est évident que la Belgique ne serait intéressée, ni de près ni de loin à l’affaire Habré si certains de ses citoyens n’avaient pas figuré parmi ses victimes. En fait, la conception européenne des droits de l’Homme est quelque peu égoïste, solipsiste. 


liiiiiiiaffaire_de_malade

2 Commentaires

  1. Auteur

    Kotch

    En Juillet, 2013 (20:24 PM)
    poster mon commentaire svp
  2. Auteur

    Passager

    En Juillet, 2013 (21:41 PM)
    c'est qui le rat d'égout qui a pondu ce charabia truffé de "je" à n'en plus finir ?

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