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Vendredi 01 Juin, 2018 +33
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[ Contribution ] L’ARROGANCE ET L’INGRATITUDE COMME MONNAIE D’ECHANGE

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[ Contribution ] L’ARROGANCE ET L’INGRATITUDE COMME MONNAIE D’ECHANGE

Qui aurait crû qu’au soir du 19 Mars 2000 le Sénégal se trouverait dans la situation où elle se trouve actuellement ? En me posant cette question, je me pose certainement la question que se posent les sénégalais dans leur écrasante majorité tellement la déception est grande et la pilule dure à avaler. Mes chers compatriotes, ne nous leurrons pas car notre pays va mal, il va trés mal.

La situation socio-économique que traverse aujourd’hui le Sénégal frise le chaos et nous fait craindre le pire. Le spectacle qu’il présente est indescriptible. Refuser d’admettre une telle réalité serait tout bonnement faire preuve de malhonnêteté sinon de lâcheté, ce que ni ma conscience, ébranlée au plus fort d’elle-même, ni ma foi ne me permettraient de faire car l’heure n’est plus à la rigolade encore moins aux supputations. Le pays est en danger !

Je suis aujourd’hui profondément convaincu que ce Sénégal qui croule sous le poids des inondations, de la déchéance politique, économique et morale n’est pas le Sénégal qu’auraient souhaité voir tous ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui s’étaient donné rendez-vous un soir de Mars 2000 dans les artères de Dakar pour célébrer un événement historique qui venait de se passer dans notre cher pays, l’alternance.

Hélàs, l’euphorie n’aura été que de courte durée et la réalité des choses nous aura rattrapés au bout d’un itinéraire fait de doutes et d’incertitudes. Ce Sénégal qui ploie douloureusement sous le poids de la misère est bien le pays qui nous a vu naître et qui nous tant donné. Nulle n’a alors le droit de rester insensible face au mal qui est en train de le gangréner et qui risque de le perdre si des voix et des actes ne se s’élèvent pas pour dire non, non et non.

Ce Sénégal que l’on voit sombrer à petits feux est le Sénégal de ces millions de gens, ces honnêtes citoyens qui se lèvent tous les jours, à l’heure où les dernières étoiles se meurent sous un ciel encore clair-obscur et où le soleil, dans sa dernière procession, libère de ses entrailles ses premiers éclats qui viennent échouer, tels des vagues fouettant inlassablement le corps tendu d’un rocher, sur les flancs de la terre encore trempée du sang et de la sueur de tous ceux qui, un jour ou l’autre, se sont battus ou continuent encore à se battre pour assurer leur survie. Ce Sénégal-là est celui de ces braves femmes, le pagne solidement noué autour des reins, désertant quotidiennement les faubourgs de la banlieue dakaroise de yembeul, Keur Massar, Fass Mbao pour rallier le centre-ville où elles tentent, dans une dernière énérgie de désespoir, de gagner dignement leur vie dans des conditions parfois épouvantables.

C’est le Sénégal de ces milliers de jeunes qui, au jour le jour, arpentent les allées du Port de Dakar où les ruelles abritant des concessions en construction pour monnayer leur force aux prix de rémunérations qui frisent parfois l’indescence. C’est le Sénégal de ces marchands de Sandaga, de Diaobé ou du marché Sor à Saint Louis qui se battent sans relâche pour sauver ce qui leur reste d’un espoir trahi par des gens dont on ne sait d’où ils viennent tellement leur comportement frise l’irrationnalité et la barbarie.

Je me refuse alors à penser, encore moins à accepter, que ce Sénégal-là est celui des fêtards et des paresseux comme on a insidieusement voulu nous le faire croire. Tout au plus, je demeure convaincu que ce pays est celui de ces millions d’hommes et de femmes qui ont un sens élevé des responsabilités qui les incombent vis à vis de leur pays et qui tiennent à tout prix à le préserver des dérives de toutes sortes. Aucun pays n’est à l’abris d’une insurrection ou d’un révolution car la violence, qui peut s’exprimer sous des formes diverses et variées, n’est l’apannage d’aucune entité sociale.

Dès lors, comment en sommes-nous arrivés à cette situation car, véritablement, au vu des réalités du moment, l’échec dépasse toutes nos espérances. La réponse à cette question est toute simple : Nous nous trompés de choix le 19 Mars 2000. Nous avons purement et simplement fait une erreur de casting et maintenant nous en payons cher le prix. Nietzche disait : « J’ai tourné le dos aux gouvernants quand j’ai vu ce qu’ils appellent gouverner : marchander, trafiquer le pouvoir avec la racaille ».

En décidant de confier les déstinées de notre pays à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, nous ne pouvions, un instant, nous douter que nous venions de confier une partie de nous-mêmes à une bande d’arrivistes, de menteurs, de nullards, d’incompétents et de traficants de tout acabit (trafic de CV, donc de diplômes, trafic de passeports diplomatiques, trafic de drogue, pédophilie, meurtre, tentative de meurtre et j’en passe). Ces gens n’ont pas hésité à marchander sur la dépouille de ces milliers de jeunes sénégalais morts en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre les côtes espagnoles dans des embarcations de fortune. Jamais, d’ailleurs, je ne me permettrais de porter un quelconque jugement sur la vaillance de ces jeunes qui ont affronté la mort pour fuir la misère dans leur propre pays.

Quelle a été l’attitude de nos gouvernants face à ce drame qui a frappé le pays tout entier et par rapport à quoi il fallait adopter une attitude teintée à la fois de compassion et d’humanisme ? Plutôt que de porter le deuil est de proposer des solutions concrétes, ces gens se sont empressés, telles des fauves affamées devant leur proie, de réclamer au pays de josé Louis Zapatéro et de de l’extémiste Mariano Rajoye de l’argent pour, affirment-ils, les aider à lutter contre l’immigration irrégulière. Un chantage odieux ! « Je peux vous aider à lutter contre l’immigration clandestine contre mes vallées fossilles. » Telles furent les propos de Wade à l’endroit des autorités espagnoles. Ainsi, des milliards de nos francs leur furent versés par le gouvernement espagnol à la veille des élections de 2007. Vraissemblablement, cette manne financière de 13 milliards aura servi à financer la campagne électorale du candidat Wade durant ces élections de 2007.

Les centaines de visas offerts par l’Espagne, dans le cadre des accords qui ont été signés entre les deux pays, serviront plus tard à faire voyager des gens qui n’avaient pas les compétences requises, moyennant évidemment des espèces sonnantes et trébuchantes. Certains de ces visas ont été vendus jusqu’à cinq millions de francs cfa et toutes ces magouilles ont été orchestrées dans les services de Aliou Sow alors ministre de la jeunesse et par ses acolytes.

Les chefs d’entreprises espagnols qui avaient recruté ces « talents » ont, par la suite, fait part de leur profonde indignation aprés qu’ils eurent découvert qu’ils ont ont été roulés dans la farine par le gouvernement sénégalais et les contestations qui s’en sont suivies sont aujourd’hui un secret de Polichinelle. Décidément, ces gens ne nous auront rien épargné en huit années de régne : crime, mensonge, manipulation, achat de conscience, détournement...tout y passe. Rien d’étonnant pour des gens qui sont habitués au mensonge et à la triche ? Oui, ces gens sont nés dans le mensonge et la triche et ils mourront dans le mensonge et la triche.

Et, Comme si cela ne suffisait pas, ce gouvernement continue à fabriquer un nouveau type d’hommes incapables de se projeter dans l’avenir et faisant preuve d’une arrogance et d’une ingratitude sans commune mesure. Jugez-en par la gravité des propos tenus par Wade lui-même : « Je n’ai pas d’ego au Sénégal, ni dans mon parti ni dans l’opposition » ou encore : « Le PDS restera cinquante ans au pouvoir ». Comment un homme qui a bénéficié du suffrage des sénégalais aprés plus de vingt cinq ans de chasse aux voix bredouille peut-il se permettre de tenir de tels propos ? C’est à croire que notre bonhomme a réellement des comptes à régler avec son ego.

Comment alors s’étonner que ses ouailles comme Farba Senghor et Doudou Wade aient repris, telles des litanies du matin à l’image de samba Diallo, les propos de leur chef en les agrémentant d’insultes, d’injustes et de menaces à l’endroit de tous ceux qui auraient le tort de ne pas penser comme eux ou de ne pas réfléchir comme eux. Les propos tenus par Doudou Wade au lendemain de la riposte des marchands ambulants de Sandaga contre la politique anti-sociale du régime de Wade en sont une parfaite illustration mais font peur à bien des égards : « Nous sommes prêts à en découdre avec tous ceux qui seraient tentés de causer des troubles, Nous sommes prêts à tout...même à l’assassinat ». Cher Monsieur Wade, j’ai envie de vous dire que vous et votre famille politique avec à leur tête votre chef avez déjà eu à assassiner des gens et dans cette série d’assassinats, le plus macabre aura sans doute été l’assassinat de Me Babacar Sèye que votre mentor, Wade a commandité.

D’ailleurs, quelle crédibilité peut-on accorder à ces propos venant de quelqu’un qui est censé incarné les valeurs de la République mais qui n’hésite pas à faire dans l’apologie du crime ? Aucune, car ces gens ont prouvé depuis leur accession au pouvoir que leur seul et unique souci c’est d’exister politiquement, les préoccupations du peuple, ils n’en ont cure. Le spectacle auquel ils se livrent avec ce qu’il convient d’appeler l’affaire Macky, aprés l’affaire Idy, et dont le seul responsable n’est autre que Wade, est vraiment pathétique et témoigne du recul qui caractérise notre pays depuis ce fameux soir du 19 Mars 2000.

Pourtant, au même moment, parallèlement à cette guerre fratricide que le père a déclenchée au sein de sa propre famille politique, des sénégalais ont senti la nécessité de se regrouper autour d’assises qu’ils ont voulu nationales et auxquelles ils ont confié tous ceux à qui il reste encore un brin de patriotisme car s’il y a vraiment une chose que ces gens qui nous gouvernent ont réussi à faire durant leur magistère, c’est bien d’avoir tué chez bon nombre de nos compatriotes l’amour de la patrie. Le nombre de compétences ayant préfèré fuir le pays plutôt que de s’associer à cette racaille politique en est une parfaite illustration même si, par ailleurs, leur attitude est critiquable mais aussi...défendable.

Malgré les griefs qu’on peut porter de part et d’autres au tenants de ces assises, elles ont le mérite de se tenir à un moment où notre pays traverse une crise sans précédent. A une invitation pour participer aux assises, Wade et son régime n’ont trouver comme réponse que de traîter les initiateurs de ce qui n’est rien d’autre qu’une concertation nationale de traîtres avant de qualifier les assises de coup d’etat.

Voudraient-ils alors nous faire penser que les Ibrahima Fall, les généraux Seck et Keita, sans oublier le président Mbaw et toutes les compétences venues de l’intérieur comme de l’extérieur du pays sont des traîtres qui mériteraient d’être guillotinés ? Non, non Messieurs vous n’avez rien compris. Nous sommes d’ailleurs trés contents de savoir que le MFDC a décidé de participer à ces assises, ce qui sera juste une pierre de plus dans la construction de l’édifice Sénégal. Non Messieurs, les vrais traîtres sont à trouver du côté de ceux qui, au moment où les pays va mal et peine à souffler, préfèrent se livrer à une bataille de clochers à l’intérieur d’une formation qui renferme tout ce que l’on peut retouver de nauséabond en politique.

Vous avez fait primer l’intérêt partisan sur l’intérêt national. Que les gens souffrent ou qu’ils meurent ne vous incommode point. Alors, chers Messieurs, regardez-vous dans une glace et vous verrez à quoi ressemble le visage d’un traître. Ayez un peu de décence et laissez tranquille ceux qui ont au moins le mérite de s’assoir autour d’une table pour parler de ce qui leur est le plus cher au monde : leur pays.

Ayons le courage de le dire, ce pays part à la dérive et il ne mérite pas ça. Il est en train de s’effrondrer parce pris en otage et étranglé par une bande de voyous qui font planer une épée de damoclés au dessus de la tête des onze millions d’âmes que compte le Sénégal et qui, au bout du compte, ne veulent autre chose que d’en faire l’Etat des voyous. La société civile est en péril ! Ces arrivistes à la petite semaine « Fayouniou Narba Kkoromom ». Le Sénégal leur a tout donné, ce pays leur a beaucoup pardonné mais hélàs, ces gens n’ont eu à l’égard de ce peuple que arrogance et ingratitude comme monnaie d’échange. Ils ont blessé ce peuple et les blessures sont si profondes et le traumatisme tellement fort que je me demande si un jour il nous sera possible de rebondir et nous reconstruire aprés les souffrances que Wade et son régime nous ont infligées.

Malgré tout, j’ai cependant envie de dire à ces gens que quand on a le minimum de conscience des responsabilités que l’on exerce dans l’aréne sociale, que ces responsabilités soient politiques ou autres, on se doit de comprendre qu’un jour viendra où on devra impérativement rendre des comptes. Mais véritablement, je ne pense pas que ceux-là qui nous gouvernent aujourd’hui soient suffisamment conscients de cet état de fait car ils sont tellement imbus de leurs personnalités et tellement sûrs d’eux qu’ils ne voient pas le danger venir. Pour rester au pouvoir, ils seraient prêts à tout, même à vendre leur âme au diable.

S’il leur reste un minimum de bon sens et de lucidité, ils doivent comprendre qu’un jour viendra où le peuple soldera définitivement ses comptes avec eux. Ce jour-là, personne ne sera là pour les plaindre, non personne.

Amadou Mbaye 75013 Paris
[email protected]



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