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Justice

Vols, crimes, viols, abus : L’avocat, un défenseur de toutes les causes ?

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Vols, crimes, viols, abus : L’avocat, un défenseur de toutes les causes ?


Viols, crimes, vols, prédations… Y a-t-il une déontologie à respecter dans la nature des causes à défendre ? Si la majorité des Sénégalais ne maîtrise pas totalement les ficelles qui entourent le métier d’avocat, ils ne restent pas indifférents dès lors qu’il s’agit de se prononcer sur l’emploi souvent plein de préjugés. Tantôt angélisé, tantôt diabolisé, le métier d’avocat attire à la fois sympathie et désapprobation.

Un avocat ne défend-il pas mieux son client, lorsqu'il le croit innocent ? « Un mauvais avocat, probablement. Un bon avocat, non. L'avocat n'est pas juge, il n'est pas non plus le garant de la morale : c'est un défenseur avant tout, d’un accusateur, et d’un tiers. L'avocat ne défend pas un homme, il défend d'abord un dossier. La seule question utile qu'il doit se poser est : le dossier contient-il des éléments suffisants pour entraîner la condamnation de mon client ? » souligne maître Bamba Cissé.   


Son confrère Me Yéri Ba affirme lui : « Je ne prends cependant pas n’importe quel dossier. J’ai des limites, je trouve que certaines causes ne méritent pas attention de ma part. Pour autant, je ne critique pas les confrères qui les enrôlent. C’est une question de choix, de tempérament et d’éducation », fait-il savoir.


 «Pour faire son travail, l’avocat doit rester objectif. Un avocat qui dit oui à tout ne sera pas efficace. Pour être franc, dans les dossiers au pénal, j'ai une règle d'or : mon premier ennemi, c'est mon client. Pourquoi ? Parce qu'il va parfois me mentir pour tester son histoire sur moi, afin de me faire croire qu'il est innocent pour titiller ma corde sensible»,  relève l’avocat qui capitalise déjà plusieurs années au barreau.

 
Devoirs  de l’avocat


L’avocat est soumis à des règles professionnelles et déontologiques. Il prête serment dès qu’il accède à la profession. « Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité », dit-il, entouré de ses confrères, amis et famille, au cours d’une cérémonie qui, de par son caractère,  revêt une solennité. Ce serment prêté, l’avocat se tourne alors vers ses activités. Cette activité amène le professionnel du Droit à côtoyer honnêtes citoyens, personnes malencontreusement accusées, brigands de grands chemins, voleurs, pédophiles… Dans ce tri, pas simple, l’avocat est tout de même appelé à enrôler certains et à défendre leur cause. La société ayant foncièrement horreur des contre-valeurs, s’en prend dès lors à la personne qui se propose de prendre la défense d’un présumé pédophile par exemple.


«Un avocat peut refuser un dossier ou une affaire pour des motifs propres ; et il ne peut intervenir dans une même affaire pour plusieurs personnes, s’il existe entre elles un conflit d’intérêts. S’il accepte une affaire, l’avocat doit la conduire jusqu’à son terme », renseigne maître Bamba Cissé.   


Toutefois, il peut, dans certains cas, s’en décharger, mais il doit prévenir son client en temps utile pour lui permettre de sauvegarder ses intérêts. A l'inverse, le client peut désavouer son avocat, s’il n’est pas satisfait de ses prestations, précise-t-il. 


L’avocat est tenu au secret professionnel et doit donc garder confidentiel le contenu de ses discussions et courriers ainsi que les informations dont il aurait eu connaissance au cours d’échanges avec l’avocat de l’adversaire.        

       
L’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire, mais elle est conseillée. En dépit du fait que la personne poursuivie est la mieux placée pour connaître, apprécier et choisir ses moyens de défense, il est difficile, en l’état d’une procédure, de mettre en œuvre une défense efficace sans l’aide d’un avocat.

L’assistance d’un avocat est-elle obligatoire ?


« Qu’il s’agisse de prouver l’innocence ou d’atténuer la responsabilité, la démonstration doit reposer sur une connaissance exhaustive du dossier, tenir compte du point de vue de l’accusation, être cohérent avec les faits et s’appuyer sur des éléments matériels. L’ensemble des actes de l’information étant soumis à des formes prescrites par le Code de procédure pénale, il appartient à l’avocat de s’assurer de leur régularité », relève Me Bamba Cissé.  Partant, l’avocat connaît en principe d’avance, en âme et conscience, si les faits imputés à son client sont fondés ou non. C’est dans cette perspective qu’il prend la décision de défendre celui-ci.


D’aucuns à la recherche de notoriété, ou désirant se frayer une place, défendront n’importe quelle cause. D’autres, mettant en avant l’aspect pécuniaire, enrôleront des dossiers, en faisant fi des possibles préjugés. Il y a enfin ce lot d’avocats qui, persuadés que la dignité humaine doit prévaloir dans la défense de toutes et de tous, prendront un dossier au nom de la préservation de cette dignité humaine. Il n’est nullement indiqué qu’un avocat doit se limiter à tel ou tel autre dossier. Il est libre de s’engager à prendre le dossier dès lors que celui-ci est suspendu en justice.

 
Rôle de l’avocat avant le procès     

         
L’avocat est le seul à avoir un accès complet et permanent au dossier, lequel contient la totalité des déclarations transcrites par les enquêteurs, des auditions et interrogatoires effectués par le juge d’instruction, ainsi que la totalité des constatations matérielles et des expertises techniques.  La communication de pièces du dossier à la personne mise en examen ne pouvant se faire qu’avec l’accord du juge d’instruction, il est important de s’assurer que l’avocat a pris effectivement connaissance de l’ensemble du dossier. «L’avocat suit le déroulement de l’instruction et peut solliciter par écrit l’accomplissement d’actes de la procédure : interrogatoire du prévenu, audition d’un témoin, confrontation, transport sur les lieux, production d’une pièce utile à l’information, complément d’expertise ou contre-expertise. Il vérifie les conditions de détention et la régularité de la procédure et doit soulever toutes nullités de l’information susceptibles de conduire à l’annulation de toute ou d’une partie de la procédure », note Moussa Aw, juriste.


L’avocat s’entretient avec le prévenu sur le dossier afin d’en réduire les zones d’ombre, les incohérences et élaborer une stratégie. Il assiste son client devant le juge d’instruction, le prépare aux interrogatoires en lui rappelant le contenu de ses déclarations à la police et en lui indiquant la possibilité ou non de changer le contenu de ses déclarations. Il devra expliquer et justifier les raisons des contradictions ou modifications contenues dans ses nouvelles déclarations.    



Perspicacité, force argumentaire et combines


Certains n’y vont pas par quatre chemins. Ils jurent devoir leur salut au travail extraordinaire abattu par leur avocat, alors qu’ils étaient décidément dans de sales draps. A cet égard, le témoignage de ce jeune homme nommé Modou, âgé de 33 ans, est très éloquent. Accusé d’association de malfaiteurs, de vol en réunion et d’irruption chez autrui, il a été arrêté pour avoir été cité par un des prévenus comme faisant partie de la bande de malfaiteurs. Ce qui du reste n’était aucunement avéré,  car le jeune homme ne s’est jamais illustré dans ce genre d’activité. 


La perspicacité et la force argumentaire de son avocat l’ont définitivement tiré d’affaire le jour du procès. Aujourd’hui, c’est avec recul et philosophie qu’il évoque cette partie sombre de sa vie. « Après avoir discuté avec mon avocat, il a tout de suite compris que je n’étais ni de près ni de loin mêlé à ce dont on m’accuse. Il s’est dès lors constitué pour défendre vaillamment ma cause. Cela a pris du temps, mais je m’en suis, en définitive, sorti. C’est cela l’essentiel », laisse-t-il entendre. 


Dans le métier d’avocat, la liberté prime sur tout. Ce professionnel du Droit est en effet appelé à défendre la cause de personnes désemparées ou désespérées, à la recherche du salut. Des causes souvent différentes qui s’articulent sur le défi de faire ressurgir la vérité. Paré de leurs robes noires, ces professionnels du Droit formés à bonne école usent de procédures et de textes pour la manifestation de la vérité.   
« Les avocats, quand ils font bien leur travail, exercent l’un des plus beaux métiers. Rien n’est plus méritant que de sortir d’affaire quelqu’un d’innocent qui était voué à la condamnation sur la base de simples accusations entièrement fallacieuses », laisse entendre Modou.


D’autres particuliers fustigent les honoraires parfois élevés des avocats. Ce qui, à coup sûr, les empêche de pouvoir faire recours à leur service. Des personnes souvent aux revenus  peu conséquents et rattrapées par les turpitudes de la vie. Les avocats spécialisés dans les affaires criminelles bénéficient d’une grande latitude pour déterminer le montant de leurs honoraires. La seule limite est imposée par le Code de conduite professionnelle du tribunal : les montants pratiqués ne doivent pas être « excessifs » au regard du travail requis et de l’expérience de l’avocat. Le code précise néanmoins qu’il revient à l’avocat de juger du caractère « excessif » de ses honoraires.


« Les règles de facturation font l’objet d’un accord entre l’avocat et le client au début de l’affaire. Est signée une sorte d’avance de laquelle sera déduit le montant de la prestation. Il y a deux modes principaux de facturation : horaire et forfaitaire. La tarification horaire est la plus usitée », laisse entendre cet avocat sous le sceau de l’anonymat.


Des facteurs objectifs (taille de la firme, nature du crime, nombre de personnes travaillant sur l’affaire, fortune de l’accusé...), mais aussi subjectifs (réputation de l’avocat, expérience, complexité estimée de l’affaire...) entrent en compte dans le montant de la note, avoue-t-il. Un des principaux obstacles qui font renoncer des clients potentiels à solliciter les services d’un avocat est donc la question du coût.


Les robes noires sont-elles assoiffées d’argent, âpres au gain et méprisantes pour les revenus modestes ? « Bien sûr que non. Les avocats exercent une profession libérale. Cela signifie que notre seule source de revenus, ce sont les honoraires que nous versent nos clients. Ces honoraires sont libres. Il n’existe aucun tarif comme pour les médecins. Notre but est de gagner de quoi vivre, comme tout le monde. Cela semble simple à dire. Pourtant, pour y arriver, il faut que chaque mois nous encaissions de quoi payer d’abord nos charges et frais. Une vision du métier en dehors du prétoire permet d’en mesurer la portée », souligne maître Bamba Cissé.


D’autres citoyens rencontrés fustigent le comportement de certains avocats parce que prêts à défendre toutes les  causes. « Aux yeux de ce genre d’avocats,  tout ce qui compte c’est de se faire de l’argent, peu importe la manière », assène Adama Guèye. Il est, à ses yeux, déplorable que certains avocats prennent par exemple l’initiative de défendre des pédophiles, des assassins, des agresseurs ou des voleurs. « Ce genre de personnes ne méritent pas égard malgré l’argent qu’elles sont prêtes à débourser, leur cas ne doit pas être pris en compte », tranche-t-il sans état d’âme.


Une profession libérale et indépendante


La profession d’avocat est libérale et indépendante. Les avocats sont regroupés en barreaux établis auprès de chaque tribunal de grande instance. Chaque barreau est administré par un conseil de l’ordre présidé par un bâtonnier. Les membres du conseil de l’ordre et le bâtonnier sont élus par les avocats inscrits au barreau.


Le conseil de l’ordre se prononce sur les demandes d’admission au barreau, établit un règlement intérieur qui fixe les devoirs et obligations des avocats. Il est l’organe de discipline des avocats du barreau. Par exemple, un avocat peut être radié du barreau s’il ne respecte pas les devoirs et obligations de sa profession. Il peut être saisi par le bâtonnier, par le procureur général près la cour d’appel, ou il peut se saisir d’office. Les avocats peuvent exercer un recours devant la cour d’appel. Le bâtonnier est compétent pour recevoir et instruire les réclamations dirigées contre les avocats du barreau.


Tout avocat bénéficie de certaines prérogatives et est tenu à certains devoirs particuliers destinés à sauvegarder l’indépendance et la dignité de la profession. Ainsi, il est tenu au secret professionnel : « Ce qu’il a pu apprendre dans l’exercice de sa fonction ne doit jamais être divulgué. C’est pour tout avocat non seulement une obligation sanctionnée disciplinairement et pénalement, mais également un droit en ce sens que l’avocat peut refuser de témoigner en justice sur des faits dont il aurait eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions. L’avocat bénéficie de certaines immunités : immunité de la parole et des écrits, inviolabilité relative au cabinet (perquisitions strictement encadrées), inviolabilité de la correspondance échangée entre l’avocat et son client », note maître Yéri Ba. 


Passer pour un « avocat du diable »


Un avocat est chargé de défendre la cause de personnes présumées coupables. Dans cette perspective, il est engagé dans des  dossiers souvent très difficiles, tellement la culpabilité de son client s’avère d’avance certaine. Quelle que soit cependant l’atrocité des crimes, l’immoralité de la cause, tout le monde a droit à la défense. L’avocat qui se permet d’enrôler certains dossiers compromettants, du fait de la charge des éléments, est dans cette logique souvent victime de préjugés, jusqu’à le faire passer pour un « avocat du diable ». Peu importe les jugements et préjugés, ce professionnel du Droit est tenu de faire face afin de contribuer à la manifestation de la vérité.   D’où vient en fait cette appellation d’avocat du diable ? Elle provient du milieu ecclésiastique.


En effet, « l’advocatus diaboli» était un religieux qui, au cours de l'étude préalable à la canonisation, devait rechercher tout ce qui, dans le comportement de la personne, pouvait montrer l'influence du diable, sachant qu’un saint doit au moins avoir mené une vie irréprochable. Si ce religieux avait donc vis-à-vis « du possible futur saint » disséqué des comportements compromettants, il devait s'opposer à la canonisation. Ce rôle a été supprimé par le pape Jean-Paul II en 1983.           


L’avocat à proprement dire est un professionnel du Droit exerçant une profession libérale. C’est aussi un auxiliaire de justice qui défend, assiste ou représente ses clients devant les juridictions.  L’avocat, en sus de son rôle d’information de ses clients sur leurs droits et leurs devoirs, donne des conseils ou des consultations juridiques. Il renseigne sur les procédures susceptibles de résoudre le litige, aide parfois à régler le conflit à l’amiable. En matière pénale, il intervient pour défendre les personnes soupçonnées d’une infraction ou pour représenter les intérêts des victimes, tout au long de la procédure.


Avocat des causes déjà perdues…


Dans la croyance populaire, le travail d’avocat consiste à transformer un mensonge en une vérité, à essayer de défendre  l’indéfendable. Toutefois, aussi controversée qu’elle soit, la profession d’avocat suscite beaucoup l’admiration des jeunes.


« La cour doit faire une œuvre de récupération de tout membre de la société égaré, en lui faisant une application de la loi qui comporte une forte main tendue pour une dernière chance. Ecouter l’avocat général et accorder une suite favorable à sa demande serait pour votre cour une forme d’aveuglement à laquelle je sais que vous n’allez pas vous livrer ». Ainsi plaidait maître Iba Mar Diop lors du procès d’assises d’Alboury Lô et de son supposé complice Briand Kalunga. 


Le brillant avocat cherchait ainsi  à éviter à son client la peine de mort en vigueur à l’époque au Sénégal. Ces faits qui se sont déroulés en 1992 sont rapportés par Me Alassane Cissé dans son livre « Les  Sanguinaires ».


L’avocat général d’alors François Diouf avait requis la peine capitale contre Alboury Lô à la suite de terribles révélations que celui-ci venait de faire à la barre, plongeant ainsi toute la salle dans un silence de cimetière. Alboury Lô avait fait le récit sanglant d’une série de meurtres qu’il avait perpétrés en compagnie de Jonathan Bédimo de Dakar à Bakau en Gambie.  Son avocat, Me Diop, savait que ce témoignage désastreux que venait de faire son client le menait droit au peloton d’exécution. L’expert essayait alors d’atténuer la lourde sentence qui l’attendait en évoquant la morale. « Si vous lui laissez la vie sauve, quelle que soit la durée de la peine à laquelle vous aller le condamner, son remord sera éternel. C’est déjà une condamnation », avait encore désespérément tenté de convaincre l’expérimenté avocat. Malgré sa brillante plaidoirie, Alboury Lô a été reconnu coupable des faits qu’il a lui-même avoué et condamné à la peine de mort.


Si maître Iba Mar Diop n’a pu tirer d’affaire son client, son confrère Me Cheikhou Amadou Diop, lui, a réussi à obtenir le non-lieu pour Antoine Fatoundé avant même l’ouverture du procès. Ce dernier était poursuivi avec Briand Kalunga, acquitté aussi, pour complicité. « Maître Cheikhou Amadou Diop se montra particulièrement actif. L’avocat multiplie les procédures et met en place des recours systématiques contre toutes les décisions qui sont défavorables à son client. Les pièces du dossier révèlent que sa stratégie qui a, intelligemment évolué, va se révéler payante », a écrit Me Alassane Cissé dans son livre.


En 2008, c’est avec la même détermination que  les avocats de  la bande à Ino ont défendu leurs clients pour éviter que le glaive de la justice ne s’abatte sur eux. Ils se sont presque tous attaqués à la procédure et aux réquisitoires du parquet, avant de plaider l’acquittement. Pourtant de lourdes charges pesaient sur leurs clients. 


Ino et sa bande étaient poursuivis pour, entres autres délits, association de malfaiteurs, vols commis la nuit en réunion avec effraction, usage d’armes, de véhicules et de violences, de menaces et voies de fait, etc. Leurs agissements criminels étaient devenus un secret de polichinelle de Dakar à Banjul. Djiby Ba, l’un des accusés, avait même confirmé à la barre  avoir participé, avec six autres membres de la bande  dont Ino, Alex, Mamadou Sané dit Fily, à des cambriolages de stations services. Me Amadou Aly Kane, avocat de Banda Dabo, membre de la bande accusé de 28 agressions et quatre viols, a essayé de démonter pièce par pièce l’accusation contre son client, avant de dire que celui-ci  s’est repenti et de demander la relaxe.


Les exemples sont nombreux. Des avocats se constituent ou sont constitués dans des dossiers où la culpabilité de leur client est presque certaine. Beaucoup de gens pensent également qu’il est des prévenus ou des accusés  qui ne méritent pas d’être défendus. « Les avocats sont presque indispensables dans la société. On se rend compte de leur utilité lorsqu’on est dans une situation difficile. Moi, j’en sais quelque chose. Mais parfois dans certains dossiers on se demande comment on peut défendre de telles personnes. Tellement les faits pour lesquels elles sont poursuivies sont ahurissants qu’elles ne méritent pas d’être défendues », a estimé Mamadou Sow, un ouvrier trouvé dans un chantier à Dakar. « Le métier d’avocat me passionne beaucoup. Ils sont éloquents et il paraît que la profession paie bien. Mais moi, lorsque je serais avocat, je choisirais les causes que je vais défendre. Je ne vais pas me constituer pour  un violeur, un voleur, une lesbienne, un criminel, etc. », a énuméré cette étudiante en Droit qui a requis l’anonymat.


Bassirou Ndiaye, lui, interroge le Droit islamique. A l’en croire, si l’on s’appuie sur la « charia », un homme qui tue un autre doit être tué. « Il n’y a pas à chercher de midi à quatorze heures, les textes du Droit islamique sont clairs. Et aucun avocat ne peut le défendre. Mais malheureusement « la charia » n’est pas  en vigueur au Sénégal qui est un pays laïque », a regretté M. Ndiaye. Ousmane Ndiaye, lui, sort du lot. Selon cet étudiant tous ceux qui disent qu’il y a certaines causes qui ne méritent pas défense ou sont indéfendables n’ont jamais été dans une telle situation. « Quand on a un frère, un oncle ou n’importe quel membre de notre famille qui commet une infraction, quelle que soit la gravité, la première chose à laquelle  on pense, c’est d’aller chercher un avocat pour l’assister. Qu’il soit de bonne ou de mauvaise moralité, on l’assiste parce qu’il est membre de la société », a soutenu Ousmane. Il ajoute, en outre, que généralement ce sont les avocats qui sont au côté des opprimés. « La société est égoïste, mais nous devons respect et considération aux robes noires », pense Ousmane Ndiaye.



Me Baba Diop, avocat à la cour  : « Il n’y a pas de cause qui ne puisse être défendue »


Les avocats sont parfois mis dans le box des accusés par les populations. Pas mal de personnes pensent que ce qui intéresse l’avocat est moins d’aider la cour à faire jaillir la vérité que de tirer son client d’affaire. Me Baba Diop, avocat au barreau de Dakar, apporte dans cet entretien des éclairages. Selon Me Diop, l’indéfendable n’existe pas chez l’avocat car toute cause mérite d’être défendue. Mais en tant qu’auxiliaire de justice, il le fait dans le respect des lois et règlements.


Beaucoup de personnes pensent qu’un avocat est un défenseur de toutes les causes, aussi ignobles qu’elles soient. Qu’en est-il réellement ?
Effectivement un avocat défend toutes les causes, qu’elles soient honorables ou répugnantes. L’avocat ne choisit pas sa cause. Nous avons juré de défendre les gens dans le respect des lois et règlements. L’avocat est un auxiliaire de justice. Donc il se doit, en défendant son client, d’aider la justice à dire la vérité. Il n’y a pas de cause qui ne puisse être défendue. 


Les gens se méprennent souvent en pensant que l’avocat ne peut pas défendre certaines causes qu’ils qualifient d’ignobles. Par exemple, si quelqu’un commet un crime, les gens ont du mal à comprendre qu’il puisse avoir une défense. Mais ce qu’ils ignorent peut-être, c’est que l’avocat ne vient pas raconter des contrevérités à la cour sur des choses abjectes. Dans certains cas, nous expliquons à la cour les circonstances de l’infraction et demandons pardon pour notre client. Nous ne sommes pas obligés de dire que notre client n’est pas coupable. Si c’est vrai qu’il n’est pas fautif et que nous avons des arguments pour cela, nous plaidons non coupable. Si nous avons des éléments dans le dossier qui sont en défaveur de notre client, nous plaidons coupable et nous demandons pardon pour notre client. C’est pourquoi j’ai dit qu’il n’y a pas de cause qui ne puisse être défendue.


Ne vous arrive-t-il  pas d’être mal à l’aise en défendant certaines causes comme le viol, l’inceste, les crimes de sang, etc. ?
Toutes ces fautes sont commises par des humains et nous sommes tous des humains. Aucun homme n’est parfait. C’est vrai que des personnes se trompent parfois en commettant des infractions, mais on ne doit pas dire qu’on ne défend pas un violeur ou  un voleur. Tous les prévenus sont égaux devant la loi et méritent d’être défendus. Ils vont être défendus sur la base de ce qu’ils ont fait. Nous défendons tous les jours des violeurs, mais cela n’empêche pas les tribunaux de les condamner. 


Mais l’essentiel c’est qu’ils soient défendus parce qu’ils sont des humains et tout être humain mérite d’être défendu. L’indéfendable n’existe pas chez l’avocat. Tout dépend des dossiers qui nous sont soumis. Si nous avons un dossier  qui accable notre client, nous pouvons le tirer d’affaire en faisant en sorte que la peine soit réduite ou en l’évitant d’autres sanctions pénales. Nous pouvons aussi plaider coupable en faisant en sorte que le minimum de la peine soit appliqué. Tout dépend de l’angle d’approche qu’on a choisi.


Est-ce qu’en tirant d’affaire certains clients réputés être des criminels, vous ne mettez pas la société en danger ?
Ces personnes font partie de la société. Elles pouvaient être de bonnes personnes mais ils ont dévié. Pourquoi ont-ils dévié ? Cela mérite réflexion. On peut aussi commettre un crime de sang par accident. Et s’il n’y a pas un avocat pour expliquer tout cela à la cour, cette personne risque d’être sacrifiée alors qu’elle a été correcte toute sa vie durant. Il y a aussi des gens qui n’ont pas commis d’infractions mais qui sont pires que ceux qui en ont commis. Je pense que ces personnes qui ont commis des fautes font partie de la société et méritent que la justice essaie de les comprendre. A l’origine, la peine de prison a été établie pour permettre à la personne de s’amender. On  met la personne en prison pour lui permettre de préparer sa réinsertion sociale.


Quels sont les dossiers les plus brûlants qui vous ont marqué dans votre carrière ?


Il y en a beaucoup. J’ai fait 13 ans de barre et  défendu pas mal de personnalités. Mon premier dossier qui m’a beaucoup marqué est celui de Madiambal Diagne en 2002-2003 quand il a été poursuivi par l’Etat du Sénégal pour avoir publié des procès-verbaux d’enquêtes préliminaires. Il y a aussi le dossier Bakary Traoré-Madiop Bitèye qui a été un dossier très compliqué. J’ai moi-même  pris Bakary Traoré à la main lorsqu’il est venu à mon cabinet pour le ramener devant le commissaire Assane Ndoye (Ndlr : ancien chef de la Division des investigations criminelles). Il était recherché à l’époque. Je lui disais que la justice reste la justice et il ne fallait pas se laisser arrêter. Après on a plaidé et cela s’est bien passé. Il y a aussi les dossiers Idrissa Seck, Yankhoba Diattara et récemment Khalifa Sall. Le métier d’avocat est un métier très intéressant parce que l’on parvient à rendre le sourire à nos semblables. Mon plus grand soulagement dans  cette profession, c’est quand  mon client retrouve le sourire après avoir plaidé son dossier. Ce n’est pas une question d’argent, mais un sacerdoce.

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4 Commentaires

  1. Auteur

    Anonyme

    En Avril, 2015 (17:03 PM)
    J'aime bien ce travail mais hélas, je n'ai toujours pas la chance de réussir au concours.

  2. Auteur

    Anonyme

    En Avril, 2015 (17:15 PM)
     :bindeu: 
    Auteur

    Anonyme

    En Avril, 2015 (18:54 PM)
    Auteur

    Anonyme

    En Mai, 2015 (08:25 AM)
     :brawoo: 

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