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Politique

Ces contrats léonins à des étrangers : Le pipeau des multinationales au Sénégal Dossier réalisé par Babacar Gueye

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Ces contrats léonins à des étrangers : Le pipeau des multinationales au Sénégal Dossier réalisé par Babacar Gueye
Sde, Securiport Llc, Eiffage, Necotrans, Shnedai, etc., la liste de compagnies étrangères qui se sont vus attribuer, ou plutôt offrir gracieusement des contrats au Sénégal est longue. Que cachent donc de tels contrats qui obèrent les maigres ressources du secteur privé national et plombent l'économie du pays en ces temps dits pompeusement de rupture ? Ces contrats sont à tout casser des aberrations dans un environnement économique mondial morose. Et pourtant, Monsieur 20% (suivez notre regard ! ) est derrière les barreaux depuis bientôt un an. Petit round-up de ces aberrations dans quelques domaines-clés, en attendant de revenir sur d'autres, tout aussi stratégiques, comme les télécoms, l'énergie, etc.

Sde, Eiffage, China Road and Bridge Corporation : Sur le trajet sinueux des exploitants de l'économie sénégalaise
La pénurie d'il y a deux mois et qui avait privé la capitale sénégalaise, Dakar, et sa banlieue, d'eau pendant plus d'un mois, avait remis sur la sellette les contrats liant l'Etat du Sénégal a des multinationales. La Sénégalaise des Eaux du Sénégal (Sde) avait alors été pointée du doigt, même timidement, par la Directrice générale de la Société nationale des Eaux du Sénégal (Sones), mettant en cause un " incident d'exploitation " qui expliquerait cette pénurie. Or, comme on le sait, si la Sones gère le patrimoine hydraulique du Sénégal, la Sde en assure l'exploitation. Le Sénégal, via la Sones, met donc en place les infrastructures et la Sde les exploite. Ainsi, tout incident d'exploitation est du ressort de celle-ci. Mais tout le monde a pu constater le flou qu'il y a eu dans cette affaire ou on ne sait toujours pas qui a été responsable de quoi entre la société étatique (Sones) et la société privée (Sde), en attendant l'audit technique de la panne ayant entraîné la pénurie. Mais ils ont été nombreux à s'accorder sur le fait que c'est la nature même du contrat liant l'Etat du Sénégal à la Sde qui est à l'origine du problème. Rappelons que la Sde est une société privée dans laquelle l'Etat sénégalais détient 5%, le privé national 39%, les employés 5%, les 51% appartenant au groupe français Bouygues. Le capital majoritaire de l'usine de distribution d'eau du Sénégal est donc détenu par une compagnie étrangère. Or, depuis 2008, près de la moitié de ce capital a déjà été cédée à un fonds d'investissement américain, comme l'a révélé le Forum civil. Ce qui veut dire qu'un secteur aussi stratégique que la distribution de l'eau au Sénégal est entre les mains de financiers étrangers, qui n'ont, bien évidemment, cure que de leur profit. Toujours est-il qu'à la suite du contrat d'affermage liant le Sénégal à la Sde (nonobstant les résultats obtenus par cette dernière), le capital de la société de distribution de l'eau au Sénégal a emprunté les sombres arcanes du monde des finances, rendant ainsi quasi impossible son contrôle.
Si le contrat avec la Sde a signé au terme d'un appel d'offres international, ce qui n'excuse en rien ses aspects nébuleux, le cas de l'attribution du marché de l'autoroute à péage à la société Eiffage s'est fait par entente directe, tout comme celui du tronçon Thies / Touba qui est un prolongement de ladite autoroute. Tout le monde se demande aujourd'hui au nom de quelle logique, cette société, la dernière arrivée des maîtres d'œuvre de l'autoroute à péage, se voit confier la gestion de ce péage sur une durée de trente (30) ans. Et pourtant, dans ce partenariat Public/Privé, l'Etat du Sénégal a injecté trois cent dix neuf (319) milliards de F Cfa, et le groupe Eiffage seulement vingt virgule huit (20,8) F Cfa, compte non tenu des financements obtenus auprès de ses partenaires (Boad, Bad, Cbao, Ifc). Or, le Directeur général d'Eiffage a révélé attendre de l'exploitation quelque quinze (15) millions F Cfa par jour. Qu'est-ce que l'Etat a donc à gagner d'un tel partenariat ? Cerise sur le gâteau, le tronçon Diamniadio / Aéroport de Diass a été confié, par entente directe pour un montant de quatre vingts (80) milliards, au même groupe Eiffage. Selon les révélations du coordonnateur de l'Agence pour les Investissements (Apix), cela a été fait sur la base d'un Bot (building, operate and transfer). Interpellé sur ce gré à gré, le directeur général de l'Apix, Diene Farba Sarr à l'époque, avait évoqué une procédure d'urgence. Devenu ministre de la Promotion des Investissements et du Partenariat, le même Diene Farba Sarr a clame il y a un peu plus d'un mois sa nette préférence pour Eiffage dans la construction du tronçon Thies / Touba lors d'un forum organisé par le groupe français. Or, ledit marché avait été déjà octroyé, toujours par gré à gré à un groupe chinois pour un montant d'un peu plus de quatre cents (400) milliards (des experts des Bâtiments et Travaux publics y voient une sur facturation de près cent (100) milliards). Dans ce cas, pourquoi les autorités sénégalaises n'ont pas simplement lancé un appel d'offres pour ouvrir la compétition à tous, ce qui amoindrirait grandement l'impact des commissions et autres dessous de table qui pourraient accompagner le gré à gré ou entente directe ?

Securiport Llc, Iris Technologies Corporation, Schnedai : Ces sous-traitants de la sécurité nationale
L'heure est à la traque des biens mal acquis après l'arrivée du nouveau pouvoir au terme de la présidentielle de février 2012. Dans le lot des personnalités de l'ancien régime mis à l'index, l'ancien tout-puissant ministre de l'Intérieur du Sénégal, Me Ousmane Ngom. Et pour cause, en septembre 2007, le bonhomme signe un marché pour l'instauration des passeports numérisés avec une société malaisienne, Iris Technologies Corporation, d'un montant de cent dix huit (118) milliards sur une durée de vingt (20) ans. Il est curieusement fait obligation aux Malaisiens la confection de cinq cent mille (500 000 000) passeports par an. Or, de 2004 à 2007, seuls quatre cent cinquante mille (450 000) passeports avaient été confectionnés au Sénégal. Mais le plus curieux dans cette affaire, c'est le ministre de l'Intérieur de l'époque à procédé à l'octroi dudit marché sans obtenir, au préalable, l'autorisation de la Commission nationale des Contrats de l'Administration (Cnca), qui ne l'a délivré que que quinze (15) jours après, soit le 18 septembre 2007. Le Premier ministre de l'époque, dont les ministres des Forces armées et de la Justice devaient donner leur aval préalablement à la signature dudit marché en raison de ces implications sécuritaires, n'a apposé sa signature sur le contrat que le 28 septembre de la même année. Me Ngom est ainsi sur la sellette de la Cour de Répression de l'Enrichissement illicite (Crei) ressuscitée par le nouveau régime pour la circonstance. 
Aussi, lorsqu'en mai 2012, quelques jours après l'installation de Macky Sall à la présidence de la République, les nouvelles autorités ont mis fin (officiellement) au traité liant le Sénégal à Securiport Llc, les observateurs ont applaudi des deux mains. En effet, le Sénégal, après institution de la Redevance pour le Développement des Infrastructures aéroportuaires (Rdia) en novembre 2008, avait affecté une partie de cette taxe à la sécurité aéroportuaire et confié sa collecte à Securiport Llc, une société basée  à Washington. A charge pour celle d'installer un matériel de détection biométrique des passagers dont le coût, selon les spécialistes interrogés, n'excède guère cent cinquante (150) millions de francs Cfa. En contrepartie, Securiport Llc récoltait la moitié de la taxe sur la sécurité aéroportuaire (12 dollars par passager). A signaler que dans le bureau de Dakar, Securiport Llc ne comptait pas plus de trois (3) employés, mais pouvait engranger pas moins de trois (3) milliards de nos francs par an. Il reste que Securiport Llc a toujours pignon sur rue à l'aéroport Léopold Sedar Senghor et on ne sait guère selon quel régime de collaboration avec les nouvelles autorités.
Mais alors, comment expliquer l'attribution par entente directe, ou gré à gré, du marché de la confection de visas à la société Schnedai de l'Ivoirien Adama Bictogo dont le pedigree ne mentionne que le pays de la lagune d'Ebrie comme expérience probante ? Or, pour ledit marché, l'homme d'affaires ivoirien (ancien ministre de l'Intégration africaine de Côte d'Ivoire sous Alassane Dramane Ouattara, viré pour malversations financières, soit dit en passant), n'investit pas plus de un milliard deux cent vingt cinq millions (1 225 000 000) et récolte annuellement un peu moins de quatre (4) milliards. Or, le marché s'étale sur sept (7) ans. A vos calculettes !

Dubaï Ports World, Necotrans, Bollore : Dans les eaux glauques du Port autonome de Dakar (Pad)
En matière de passation de marché non orthodoxes, c'est le Port autonome de Dakar qui ravit la vedette par ces temps qui courent. On se souvient déjà qu'en 2007, l'attribution du terminal à containers à la multinationale Dubaï Ports World par le clan des Wade (l'ancien président de la République) avait fait beaucoup grincer les dents. En effet, dans l'avis d'appel d'offres même, les sociétés sénégalaises qui s'activaient dans la manutention étaient éliminées d'office du fait des conditions requises : avoir déjà, par le passé, une expérience de mille (1000) tonnes de manutention. Avec cette concession sur le terminal Ro-Ro, Dubaï Ports World était tenu de rétrocéder 15% de ses activités dans le Pad au privé national, ce qui n'a jamais été fait. Les nouvelles autorités ont aussi imputé à la multinationale dubaïote d'autres manquements sur lesquels nous ne reviendrons pas, mais qui témoignent de la légèreté dans laquelle ce contrat de concession a été signé.
Mais l'attribution, dernièrement, de la concession du vraquier du môle 8 à la multinationale française Necotrans a été la goutte de trop. En effet, après avoir annoncé que ladite concession, sur une superficie de quatre vingt onze mille (91 000) mètres carrés ferait l'objet d'un appel d'offres, le Pad fait volte-face et annonce que le marché est finalement attribué à Necotrans. Sur quelle base ? Mystère et boule de gomme ! Une concession qui s'étale sur vingt (20) ans et pour laquelle Necotrans s'engage à investir à hauteur de quarante huit milliards de francs Cfa après dix huit (18) mois d'activités. Quand on sait que Necotrans va engranger en moyenne vingt cinq (25) milliards par an et qu'elle ne compte pas injecter de fonds propres, on s'imagine la plus-valeur que va entraîner pour elle cette concession. Mais, comme l'ont dit en chœur les manutentionnaires et transporteurs du Pad, plus qu'une simple concession domaniale, la concession accordée à Necotrans est une concession des activités des entreprises du privé national qui s'activent sur le môle 8. La manutention et le trafic routier des marchandises débarquées sur ledit môle, et dont s'acquittaient déjà fort bien les entreprises du privé national, sont désormais entièrement du ressort de Necotrans qui, pourtant, est inconnu dans , le domaine du transport de pondéreux. On a ainsi ôté le pain de la bouche d'entreprises sénégalaises pour le donner gracieusement, sans raison objective, à une multinationale française... 
Dans la même foulée, les autorités portuaires se sont livrées à un autre micmac inqualifiable. En effet, après avoir attribué le marché du terminal roulier au groupement Somicoa Smith & Kraft / Grimaldi (la première est une société sénégalaise employant des Sénégalais) en novembre 2011, le Pad revient pour annoncer l'octroi de la concession dudit terminal au groupe français Bollore. Certes, ce dernier était le mieux disant après le groupement suscité, mais les conditions d'attribution laissent sans voix. Dans l'appel d'offres émis par le Pad pour le terminal roulier, la concession était d'une durée de quinze (15) ans. Dans la concession accordée à Bollore, la concession s'étale sur vingt cinq (25) ans. Ce qui nécessitait un autre appel d'offres. 
Dernièrement, pour calmer les ardeurs des acteurs portuaires du privé national, les autorités du Pad leur ont jeté en pâture des parts des trois terminaux, de 25, 20 et 15%. De la gnognote au regard de ce que gagnent indûment les multinationales. Et il se dit que le Pad ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et devrait procéder de la même manière pour l'octroi de la concession du terminal céréalier et la gestion de la plateforme logistique... Et dire que dans le programme " Yonou Yokkoute " qui a mené le candidat Macky Sall à la magistrature suprême, il était prévu qu'au moins 25% des activités économiques évite draient au privé national.
" Our mother Africa has been milked until she's almost dry ", disait Jomo Kenyatta, un des pères de l'indépendance africaine, dans les années soixante. Apparement, la vache malingre qu'est devenue notre chère Afrique, est toujours à traire. Ceux qui, dans notre pays, s'attendaient à une rupture avec les méthodes du passé, devront assurément prendre leur mal en patience.


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