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Politique

Sale temps pour les conseillers en communication de la Présidence : Quand le Président Macky Sall cherche des boucs-émissaires

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Sale temps pour les conseillers en communication de la Présidence : Quand le Président Macky Sall cherche des boucs-émissaires

Le président de la République, M. Macky Sall, l’a dit : il n’est pas content de sa communication, et donc de ses spins doctors et autres communicants. Il les rend, certainement à tort, responsables de la dégradation de son image médiatique et de la baisse vertigineuse de sa cote d’estime. Le fait n’est pas nouveau puisque son prédécesseur Abdoulaye Wade tenait régulièrement la même rengaine. Combien de conseillers en communication avaient élu domicile à la Présidence avant d’en être dénichés souvent avec fracas par l’insatiable président ?Il est vrai que Wade, omnipotentet omniscient,se disait lui plus un communicateur que les hommes de l’art pour avoir édité plusieurs titres et dirigé moult organes de presse. Sobre comme un chameau,Abdou Diouf était sans doute plus attentif à ses conseillers. Il avait, semble-t-il, plutôt fait le choix de l’attitude mutique laissant ses porte-voix s’épancher dans les médias. Il est vrai que ses conseillers en communication, toutes générations confondues, étaient plus des hommes de l’ombre, n’intervenant publiquement que de manière séquentielle, que stars des tréteaux.Les média d’Etat dirigés par des journalistes « camarades socialistes » se chargeaient du reste.

En donneur de leçons,le président Senghor faisait trembler ses conseillers et autres journalistes de la vieille garde. Il passait le plus clair de son temps à souligner et à redresser leurs erreurs grammaticales et syntaxiques qu’à écouter leurs préconisations. Pour son image, il laissait la presse panafricaine et la presse française s’en charger. L’exclusivité de ses grandes interviews était souvent réservée aux médias occidentaux, en général, et français en particulier. Comment oublier que c’est le prestigieux journal Le Monde qui a annoncé au peuple sénégalais incrédule, son départ prématuré de la présidence de la République et l’application de l’article 35 au profit de son successeur constitutionnel ? L’histoire retiendra que le valeureux confrère feu Gabriel Jacques Gomis, champion toutes catégories de la revue de presse, avait été vertement tancé à la RTS pour avoir repris cette information dans son « journal des journaux. »


De Senghor à Macky …


De Senghor à Wade en passant par Abdou Diouf, les rapports entre les présidents et leurs « conseillers de presse » sont toujours houleux. Senghor avait un ascendant politique et intellectuel sur ses communicants et se comportait davantage comme un chef de parti devant ses militants, que comme un « produit » qu’il fallait vendre comme une savonnette. Son ère ne coïncidait ni avec le pluralisme médiatique débridé de nos jours, ni avec le rôle accru que la communication joue dans tous les secteurs de la vie. Ne dit-on pas de nos jours que la communication n’est plus au cœur des enjeux, mais le cœur même de ces enjeux ? Senghor nourrissait un certain mépris pour les journalistes et faisait très peu appel à leur compétence qu’il ne reconnaissait que très moyennement. En revanche « ses » journalistes le craignaient, l’adoubaient et l’adulaient. Ils le citaient souvent alors que le poète-président ne faisait que peu référence à leur talent réel. Et pourtant, certains en recelaient certainement.


Le président Diouf était discret et peu communicatif. Sa grande capacité d’écoute lui servait de pare-feu contre les dérapages médiatiques. Ses conseillers ne subissaient pas trop ses humeurs changeantes et ses foudres. Et lui-même se suffisait des média d’Etat dans un contexte de pluralisme limité, et de quelques réseaux dans la presse privée.


Conseillers et amis ne riment pas toujours


Pour le Président Macky Sall, il en était autrement. Lui comme Wade sont assez redevables à la presse de leur élection, pour devoir s’en détourner. Ses conseillers en communication ont souvent cheminé avec lui dans ses parcours politiqueset connaissent autant l’homme social que l’homme politique. En dehors du respect qu’ils doivent au chef de l’Etat, leurs rapports sont directs, amicaux et d’alliés. Si le président n’exerce sur eux aucun ascendant intellectuel, eux non plusne justifient pas à suffisance d’expériences et de vécu pour livrer au Président les conseils et avis dont il aurait besoin dans un contexte marqué par l’explosion des libertés, d’une communication débridée, à l’image d’Internet. Les médias d’Etat au contenu trop convenu et à la tonalité édulcorée ne suffisent plus de nos jours, faute de crédibilité, à relayer avec efficacité le message présidentiel. Leur dépérissement est inscrit dans l’ordre des choses.


Noyauter la presse privée assoiffée d’indépendance n’est plus de rigueur et les stratégies de manipulation et d’achat de consciences ont montré leur limite. La propagande médiatique est passée de mode, la diversité de l’offre médiatique est telle qu’en réalité le marché des contenus obéit plus à une logique de demande qu’à celle de l’offre. C’est le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur qui cherchent et trouvent ce qu’il veut et les médias sont obligés de s’y conformer ou de disparaître.


L’incompréhensible colère du Président


La colère de Macky Sall envers ses conseillers n’est donc pas compréhensible. Il oublie une donnée essentielle dans la gestion des affaires : la communication n’est pas l’action. Elle bonifie l’action quand celle-ci comporte une vraie valeur. Elle constitue le prisme qui l’agrandit, le sur-dimensionne et l’amplifie. A condition que la part de rêve que doit recéler toute communication positive coïncide avec la réalité du discours. La communication électorale est une communication d’annonce et de promesses, qui a aussi sa part de rêve. Un candidat aussi valeureux que M. Macky Sall a bénéficié de la présomption de compétence et a suscité naturellement de l’espérance pendant la campagne jusqu’à récolter une victoire éclatante et le ralliement de 65 % des électeurs. Il se trouve qu’avec Macky président, l’espérance tarde à se manifester. Elle a même du plomb dans l’aile.


Son programme Yoonu Yokuté (la voie de la prospérité) fait long feu et ne fait pas rêver les Sénégalais. Les dix mois de présidence Macky ressemblent plus à une période de transition ou les symboles de l’ancien pouvoir sont encore prégnants qu’à la rupture qu’il avait annoncée. Rien n’a vraiment changé à part les hommes, et les pratiques(du Wade sans Wade) sont presque à l’identique.


Un bilan mitigé n’est pas communicable


Les vagues de violences ont certes cessé, mais l’insécurité dans les banlieues et les quartiers résidentiels n’a jamais été aussi présente. Le coût de la vie augmente et les promesses de baisse des prix des denrées n’ont pas encore pris corps. La création de 500 000 emplois, la couverture médicale universelle, la baisse des impôts, la fin des délestages dans l’électricité, la fin de la crise scolaire, la baisse des loyers, la construction de logements sociaux, et tant d’autres promesses ne s’inscrivent pas dans une trajectoire de matérialisation. Les Sénégalais ont bien compris que le régime ne peut pas tout faire tout de suite et qu’il faut lui donner du temps. Mais leur sentiment est qu’il reste beaucoup à faire et les signaux rassurants tardent à poindre à l’horizon. Or un bilan mitigé n’est pas communicable. C’est comme du « oui mais », il sème le doute, le cultive et récolte le scepticisme.

Le problème,c’est qu’il y a un tel fossé entre ces promesses et les premiers actes posés par le gouvernement que l’espoir n’est même pas permis. Comment bien communiquer devant les errements dans la campagne agricole, les retards de paiement des salaires des enseignants, les erreurs dans le calcul des impôts des militaires invalides, les couacs juridiques dans le traitement des dossiers de la traque des biens mal acquis par la CREI ?


Comment comprendre les nominations de complaisance, le poids de la famille dans la gestion des affaires publiques, l’encouragement et la prime à la transhumance et la liquidation des proches comme Alioune Badara Cissé, Mbaye Ndiaye ou encore Ibrahima Sall (qui a au moins eu le mérite, avec les partenaires sociaux, de sauver le Sénégal de l’année blanche ?). Et les états généraux de l’Education promis pour le mois de janvier ?


Quand Karim Wade, il y a peu de temps encore houspillé, honni et voué aux gémonies, rasant les murs, est acclamé et affublé de l’outrecuidant titre de « Président, » c’est le symbole le plus vibrant de la désaffection du public à l’égard de son Président.


On a comme l’impression que le Président Macky Sall se croit toujours en campagne électorale et qu’il prend ses promesses pour des paroles d’Evangile. Il semble bien ignorer que communiquer dans l’entreprise comme en politique c’est faire savoir son savoir-faire, ses acquis et surtout sa capacité à créer de l’espérance. Mais le moral des Sénégalais est si bas qu’il serait illusoire de croire que la communication peut à elle seule valoriser l’inexistant ou effacer leurs angoisses existentielles. C’est comme si on demandait aux salariés d’une entreprise de se partager une richesse imaginaire. A vrai dire, ce n’est pas la qualité des conseillers du Président qui est en cause. Ce sont certainementdes hommes et femmes de valeur à la compétence incontestée.


Même si on peut leur reprocher d’avoir souvent joué aux marchands d’illusions, d’avoir donné dans l’incantation et la logique déclaratoire, en voulant défendre forcément sans conviction l’indéfendable. Combien de fois ont-ils squatté les médias audiovisuels, signé des éditos à la place des ayant-droits, suscité des reportages commandés sur-mesurepour amplifier des messages anodins et soporifiques auxquels ils étaient les seuls à croire ? Mais, le fait est qu’ils étaient dans leur rôle, oubliant peut-être qu’en communication, l’asymétrie entre ce qui est dit et ce qui est fait s’avère plus dangereuse que le silence. Elle décrédibilise le message, son diffuseur et son commanditaire.


Une communication efficace est toujours rattrapée par la morale et la réalité si elle ne s’entoure pas de précaution éthique. C’est-à-dire avoir le courage de rechercher la vérité et la dire. Etre bon communicateur c’est aussi savoir se taire, observer des temps de pause, accorder la primauté à l’action, et attendre les résultats, avant de communiquer … sur le réel et non le virtuel. Cela s’appelle donner du temps au temps. Et cela, le président feint de l’ignorer :le temps médiatique n’est pas le tempsdu politique.Le temps du bâtisseur, n’est pas le temps de l’annonceur. La communication, loin s’en faut,n’est pas un exercice de magie. Communiquer, c’est certes, parler, montrer, faire-savoir, convaincre, persuader, faire, agir, divertir, influencer. Mais c’est, avant tout, avoir quelque chose à dire, à montrer et à valoriser.


Le problème, pour le Président, c’est de comprendre que ses promesses et ses discours sont pris maintenant pour des miroirs aux alouettes et que, pour l’heure, leur contenu n’est pas encore validé par la réalité des actes que les Sénégalais attendent de lui. Il n’a pour l’heure qu’une alternative, c’est se doter d’équipe gouvernementale compétente et se mettre réellement au travail en tenant un discours de vérité, au lieu de chercher des boucs-émissaires. Ses résultats parleraient plus pour lui que ce qu’il peut attendre de ses conseillers, qui ont trop souvent plus versé dans l’entropie, l’excès de paroles et d’informations de faible intérêt que dans le management responsable de sa communication. Quand un président affirme urbi et orbi qu’il ignore tout du retard des salaires des enseignants, il doit soit consulter un spécialiste en ORL, et un ophtalmologue ou limoger ses ministres de l’Education, des Finances et de la Fonction publique avant de s’en prendre à ses pauvres conseillers en communication. 



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