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Vendredi 01 Juin, 2018 +33

Reportage

SE VENGER OU PARDONNER A CHARLIE HEBDO : Les ‘ ’Ibadous’’ partagés

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SE VENGER OU PARDONNER A CHARLIE HEBDO : Les ‘ ’Ibadous’’ partagés
Charlie Hebdo déchaîne encore des passions dans le monde. Des sermons ont porté, lors de la prière de vendredi, sur ce sujet d’actualité. De jeunes Sénégalais, très à cheval sur les principes de la Charia, épousent des positions diverses. Entre réponses pacifiques et obligation de tuer l’ennemi, les points de vue de ces ‘’ibadous’’ sont révélateurs.
 

« Quand le Prophète (Psl) est insulté, la loi exige que l’on tue l’auteur. De son vivant, le messager de Dieu a exhorté au pardon. Mais au lendemain de son décès, des savants ont souligné que si le meilleur pouvait s’arroger cette sage décision, les musulmans, de simples mortels, ont le devoir de riposter face aux différentes attaques ». Cette précision est d’Abdoulaye Dramé, directeur d’un établissement scolaire rencontré à la grande mosquée de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, avant-hier.

L’homme précise qu’il est titulaire d’une Maîtrise en charia islamique obtenue en Arabie Saoudite. Il est très prolixe sur le sujet, son regard traduit un intérêt manifeste pour la question. Mais, loin d’appeler à la violence, il tient à recadrer son propos. « Pour ne pas créer le désordre, encore moins semer l’anarchie dans le monde, il est uniquement permis aux dirigeants de la communauté islamique de tuer la personne qui s’attaque à leur foi et blasphème sur le Prophète (Psl) ».

Notre interlocuteur se dit indigné par les multi-récidives et tendances irrévérencieuses de ce journal satirique, malgré des menaces de représailles formulées depuis des années. Il manifeste, comme d’autres, son indignation par rapport à la présence du chef de l’Etat Macky Sall à la marche de Paris. « Il nous a trahis et déçus », lâche-t-il. Sur ce point, Zacharia Diaw, étudiant en année de Doctorat à la faculté des Sciences juridiques à l’Ucad, estime que la lutte contre le terrorisme doit se mener sur un autre terrain. « Il n’y a pas pire terrorisme que le fait de blesser la sensibilité de plus deux milliards de musulmans pendant des années, sans que cela n’émeuve. Ils se permettent de bafouer, de façon récurrente, la foi, alors que le Prophète est sacré pour les musulmans. On lui voue un amour qui dépasse l’affection portée à nos parents ».

Toutefois, l’étudiant à la mise vestimentaire conforme aux prescriptions de la charia, pense qu’une réponse pacifique est la meilleure arme, face à ce type d’agressions récurrentes. « Il aurait fallu adopter un comportement très responsable. Car, on ne doit pas tuer au nom de l’islam ». Et Zacharia Diaw dénonce « l’hypocrisie » des dirigeants africains qui ne font que courber l’échine devant leurs pairs occidentaux. « Combien de musulmans sont piétinés et tués dans le monde, sans qu’ils ne réagissent. En Syrie, Palestine, Centrafrique, entre autres pays, des populations sont tuées et malmenées au nom d’un terrorisme qui ne dit pas son nom, mais aucune réaction ».

Loin de ce discours d’apaisement, Mouhamed Lamine Diagne, jeune professeur de Mathématiques et de Physique-Chimie, soutient ‘’qu’il fallait tout faire pour ne pas arriver à ce stade ». Il se réjouit des fortes convictions religieuses de ceux qui prônent l’application de la loi du Talion. Il vit profondément sa religion, tient à la liberté de culte et au respect du droit d’irréligion, mais il ne supporte pas qu’on atteigne sa fibre religieuse.

Il s’explique : « Selon des hadiths, le meilleur des croyants est celui qui aime le Prophète (Psl) plus que tout autre être sur terre. De ce fait, il est du devoir du vrai musulman de le défendre, de l’exalter et de le protéger sur tous les plans. Tous les actes posés dans ce sens témoignent d’une foi profonde ». Pour notre interlocuteur, comme d’autres, l’islam n’est pas voué à encaisser des coups sans les rendre. Il trouve « légitime de verser du sang dans pareilles situations, car notre religion se défend d’attaquer qui que ce soit, mais il a le droit et le devoir de se défendre ». Lui comme d’autres « ibadous » se démarquent du combat de « Boko Haram » qui regorgerait plus de criminels que de musulmans. « Ils n’ont aucunement le droit de tuer des innocents. Ne serait-ce qu’au nom des valeurs d’humanisme », renchérit un de ses coreligionnaires.

« Il faut répondre par l’indifférence »

Un peu plus loin, sur l’avenue Bourguiba, dans une maison d’éducation islamique ou encore au niveau d’une boutique spécialisée dans la vente de matériels d’informations, le discours est empreint de sagesse chez des jeunes catalogués ’’Ibadous’’. Ils donnent l’air de musulmans radicaux, en raison de leur style vestimentaire, mais leur discours est modéré et réfléchi. Leur credo, c’est d’incarner l’exemplarité, à travers un comportement irréprochable. Ils vouent aux gémonies les attaques meurtrières au nom de l’islam.

« Même si c’est un grand péché d’insulter le messager de Dieu, celui-ci nous a exhortés à endurer, à user de capacité de transcendance et à rendre le mal par le bien. Ainsi, dit-il, votre pire ennemi deviendra un ami chaleureux », estime Abou Ahmad Fall, spécialisé dans la vente d’appareils informatiques, devant sa boutique sise sur cette avenue. Il regrette que ces « djihadistes » aient cédé à la campagne ourdie contre la religion musulmane, depuis des années. « Il fallait s’y attendre, car les auteurs de ces provocations savaient que les sensibilités sont diverses et que tout le monde ne peut faire preuve de retenue, face à ces attaques contre le Prophète (Psl) ».

Même rengaine du côté de Baldé Alassane, un étudiant guinéen inscrit à l’Ucad. Il partage les mêmes valeurs qu’Abou Fall. D’ailleurs, ils ont formé, avec d’autres jeunes de différentes origines, un groupe qui vise à révéler, à la face du monde, l’image authentique de l’islam : une religion de paix et de tolérance. Ils ont investi, à cet effet, les réseaux sociaux et diffusent des vidéos sur ‘Youtube’’. Pour autant, Baldé Alassane est convaincu que « ces injures cadrent avec des stratégies développées par ceux qui cherchent à combattre l’islam.

C’est une religion qui n’arrange pas le système laïc qui vit de la consommation de l’alcool, de la prostitution, des pratiques qui n’honorent pas l’humain. Un mauvais procès est intenté contre notre religion pour détourner par différents moyens des musulmans et des non-musulmans.  Il faut répondre par l’indifférence.’’

Dans ce même ordre d’idées, Soumana Diouf, responsable dans un collège islamique, cite des vidéos et autres documentaires truffés de contrevérités repris par les médias et autres sites d’informations. ‘’Ils manipulent, à souhait, les informations pour ternir l’image de l’Islam. Récemment, sur Youtube, j’ai vu un arabe revendiquer l’assassinat d’un policier. Quelques jours après, j’apprends sur une télévision britannique, que ce même policier, sur la vidéo, était renversé par une voiture et qu’il est mort sur le coup…’’ 



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